Du brut pour les brutes
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #39
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
— Elle a balbutié, je crois, « Epinay »… Puis elle a dit : « Partir avec vous chez maman. »
— Elle débigochait ?
— Probable…
— On n’a rien sur elle aux sommiers ?
— Rien.
— Tu possèdes son identité ?
— J’ai trouvé sa carte, oui, dans son sac à main…
Tout en causant, je sors la pièce d’identité et la dépose sur la table. Le Gros, doctoral, s’en empare tandis que Pinaud s’étrangle avec une arête. Il lit tout haut, comme s’il cherchait une signification profonde dans ce texte d’état civil :
— Annette Piedchaud, née le 18 mars 1938 à Montmirail (Marne).
— Tu connais ? ricané-je.
— Pas la gonzesse, mais Montmirail… J’y suis passé avec mon beau-frère l’année qu’on a fait une virée en Champagne. Ce qu’on a pu écluser comme roteux c’te fois-ci. Mon beau-frère, tu le connais ? Félix ? Le père de mon neveu qui fait de la boxe, j’ai dû t’en causer…
Je ne prête pas l’oreille à ses divagations. Je suis morose. Le lapin des champs qu’on vient de nous servir, et qui devait savoir marcher sur les toits, me paraît fade comme un rendez-vous manqué.
Le Pinaud s’est versé trois verres de champ’ coup sur coup pour balayer son arête. Il examine l’étiquette de la bouteille.
— C’est pas un cru très connu, dit-il, mais faut reconnaître qu’il se laisse boire.
Et tout de go, il glapit :
— Dis voir, San-A. Je pense…
— Tu as l’impression, rétorqué-je, mais tu sais bien que ça n’est pas possible !
Il tourne l’étiquette de la bouteille face à moi…
« Champagne Denaigre, Epernay », lis-je.
— Et alors ? je fais au Vioque, ça te fait penser à quoi ?
Il hoche la tête.
— Je me dis que t’as peut-être mal compris. Au lieu d’Epinay, c’est peut-être Epernay qu’elle a murmuré, la poule.
Il m’agace, le gâteux.
— Possible, et alors ?
— Non, je te dis ça parce qu’elle est née à Montmirail et que Montmirail c’est près d’Epernay, tu comprends ?
J’ai des symptômes, les mecs. Dans les grandes circonstances, une petite musiquette s’élève dans mon âme. Et c’est à cet indicatif que je reconnais les moments importants de ma vie.
Je repousse mon assiette.
— Pinaud, sais-tu que ta déduction n’est pas tellement bête !
— Je sais, fait-il en profitant de l’émotion générale pour s’octroyer un quatrième godet.
Bérurier désigne mon assiette.
— Tu finis pas, San-A. ?
— Plus faim.
— Tu permets alors ?
Sans attendre mon acquiescement, il verse le contenu de mon auge dans la sienne. Tandis qu’il se colmate les brèches, je vais demander au taulier de la gargote la permission de me servir de son téléphone. J’appelle le commissariat d’Epernay.
La communication est presque instantanée. Une voix rogue me demande ce que je veux. Je me nomme et je demande s’il existe à Epernay une dame nommée Piedchaud qui serait la mère d’une fille Annette âgée de vingt-huit printemps. L’autre me répond qu’il va se mettre en contact avec la mairie. J’insiste pour qu’il se manie le rond et je lui dis de me téléphoner la réponse au restaurant où nous festoyons. C’est O.K., je n’ai plus qu’à attendre. Je profite de ce que j’ai l’appareil en main pour demander à la routière des nouvelles de la DeSoto. On vient de la retrouver, abandonnée quai de la Tournelle. Embroktaviok n’est pas allé loin. Sans doute est-il allé retrouver un complice ?
Mes coéquipiers en sont au dessert (crème de marrons-Chantilly) lorsque je les réhonore de ma présence.
— Qu’est-ce que ça donne ? ânonne Pinaud, presque naze, car le champagne a réveillé sa cuite de la nuit.
— On va le savoir…
Bérurier, lui, examine le menu. L’air tourmenté, il appelle le loufiat.
— Dites-moi, fait-il, y a pas gourance, je lis bien huîtres et filets de sole.
— Oui, monsieur.
— C’est pas OU filets de sole, c’est bien ET filets de sole ? gronde la Gonfle. Alors pourquoi que vous nous avez pas servi les huîtres ?
Le serveur me désigne.
— Monsieur m’a dit d’apporter les filets, j’ai cru que vous ne vouliez pas d’huîtres.
— Elle est bonne, celle-là, aboie le Gros. Je les adore, moi ! Amenez-les-moi, puisque c’est compris dans le menu.
— Mais, monsieur, bredouille le pauvre serveur, vous…
— Je ?…
— Vous venez de manger le dessert.
— Et alors ? demande calmement Bérurier en déposant son chapeau sur la banquette afin de s’oxygéner la courgette. Et alors ? Pourquoi qu’on ne boufferait pas des huîtres derrière de la crème de marrons.
La stridente sonnerie du téléphone m’arrache à ce sketch vertigineux.
— On vous demande d’Epinay, fait le taulier… (Il rectifie) : Je veux dire d’Epernay !
— Tu vois, me lance Pinaud, on confond facilement les deux noms.
Cette fois, c’est le commissaire en personne qui me parle. Il démarre dans un préambule interminable. Il est heureux de collaborer avec moi. Il est très honoré (comme Balzac). Il est à ma disposition. Il a fait diligence (il postillonne ferme en disant ça, et je reçois des gouttes dans les feuilles). Bref, il existe effectivement une dame Piedchaud à Epernay. Elle a cinquante-six ans. Elle est veuve. Elle a une fille prénommée Annette qui vit à Paris (là je pense que l’imparfait s’impose) et elle crèche rue des Berceaux.
— Devons-nous entrer en rapport avec elle ? s’inquiète mon confrère.
— Gardez-vous-en bien ! hurlé-je. Ne vous occupez pas de ça, mon vieux, c’est mes oignons.
Je l’ai vexé, mais peu m’importe. Je n’ai pas envie de lui voir saccager cette nouvelle piste. Si piste il y a.
Je rassemble mes troupes. Comprenant qu’il n’aura pas le temps de déguster ses mollusques lamellibranches à coquille bivalve, le Gros ordonne :
— Faites-moi z’en un paquet, ma femme les adore aussi.
CHAPITRE XVII
J’EN APPRENDS DE BELLES… ET DE MOINS BELLES !
Sur la fin de la journée, le gars moi-même et ses deux fins limiers atteignent la coquette cité d’Epernay, de réputation mondiale et même internationale. Tout le long du trajet, j’ai échafaudé mille hypothèses au point que je redoute de les voir me choir sur la hure. La question primordiale est celle-ci : ne faisons-nous point chou blanc en venant ici ? Existe-t-il un rapport entre la mère de feue Annette et la bande d’espions que je traque inlassablement depuis bientôt trois jours ? Ces ultimes paroles de la gosse étaient-elles vraiment « pensées » ou ne sont-elles que le fruit gâté de son délire ?
— Tu n’as pas l’air joyce, remarque le Gros, comme nous touchons au port.
— Il faut avoir comme toi le désert de Gobi à la place du cerveau pour se tenir détendu…
— Je croyais que la vioque de la môme habitait Marseille ?
— C’était du bidon, probable…
J’avise un gardien de la paix et je lui demande la rue des Berceaux. Généreux, il me la donne. A l’orée de cette venelle étroite je stoppe mon char.
— On va y aller prudemment, fais-je à mes complices. Supposez que la piste soit bonne ; il ne faut pas leur donner le temps de s’esbigner. Attendez-moi ici.
Je parcours la rue à grandes enjambées, histoire de repérer la maison qui m’intéresse. Celle-ci est située dans le centre de la courte ruelle. Elle comporte des fenêtre à petits carreaux, munies de barreaux. La porte est vieille, bardée de gros clous en fer forgé. Tout ça fleure bon la province, le vieillot. Je suis sûr que, derrière cette porte, je trouverai des parquets encaustiqués sur lesquels on ne marche qu’avec des patins de feutre, des meubles rustiques ayant chacun leur histoire pour les habitants du logis…