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Du brut pour les brutes

Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:

Boris Alliachev, vous connaissez ?
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
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— Oui… Oui…

— Quel genre de monde ?

— Du monde.

— Combien de personnes ?

Il réfléchit, y a de la surcharge dans son transformateur, je vous le jure. Il va se faire péter le disjoncteur dans un moment.

Il lève la main, baisse un doigt, hésite, en baisse un autre…

— Trois ?

Il fait un signe d’acquiescement.

— Il sait compter ? demandé-je au docteur.

— Jusqu’à trois, peut-être, fait le toubib sans enthousiasme.

— Bon ; admets-je, trois personnes… Des hommes ou des femmes ?

Le demeuré s’abîme dans ses pensées confuses.

— Deux monsieurs, une madame, il dit…

— Tu es sûr ?

Alors il se fout à chialer comme un pauvre veau qu’on expédierait dans une manufacture de chaussures.

Je n’insiste pas.

— Rentrons à Paris, dis-je à mes hommes. Brigadier, chargez-vous des formalités. Mettez les scellés au château, faites transporter le cadavre de la jeune fille à la mairie, le médecin légiste viendra pratiquer l’autopsie… Compris ?

— Bien, monsieur le commissaire.

— Autre chose : le cadavre du comte gît dans le puits de son parc. Qu’on n’y touche pas avant l’arrivée de mes collègues. Placez un de vos hommes en faction et qu’il ne s’endorme pas, hum ?

L’apoplectique, ne pouvant rougir, pique un fard.

J’adresse un geste rond, légèrement théâtral dans le sens de la hauteur à l’assistance, je serre la paluche du maire, celle du curé, celle du docteur et je regagne ma tire.

CHAPITRE XV

« METTEZ-MOI DU SUPER »

Un huissier cacochyme à la démarche éléphantesque nous conduit jusqu’au vaste burlingue où œuvre le cousin Hector.

La pièce est immense, pourvue de hautes fenêtres à travers lesquelles on arrive à distinguer le ciel de Paris, malgré l’épaisse couche de poussière qui recouvre les vitres. Je songe avec mélancolie à tous les pauvres mecs qui vivent à quatorze dans une mansarde, ce qu’ils voudraient se régaler si le ministre des Travaux en Cours leur livrait ses locaux. Des locaux de cornichons à en juger par la faune qui y végète.

Le guide franchit à gué un immense delta, nous longeons des rives bordées de dossiers verdâtres, nous croisons une pirogue montée par un vieillard oublié puis un bateau à aubes (à chaque aube je meurs) à bord duquel ont pris place trois vieilles filles rances atteintes de cécité because la poussière des archives et la lumière étoilée de leurs lampes de burlingue, mais, dans un ministère, pour les vieux fonctionnaires, la cécité fait loi (il est mauvais mais vous l’avalerez quand même !). Nous continuons de descendre ces fleuves impassibles, guidés par notre haleur, lequel geint à chaque pas. Et nous abordons à la toute extrémité du local. Nous n’apercevons d’abord qu’une falaise de documents empilés. Cela ressemble au grand cañon du Colorado (je n’ai jamais vu le grand cañon du Colorado, le petit non plus du reste, ce qui rend la comparaison plus évidente).

— Voilà, murmura l’huissier.

On pourrait croire qu’il va restituer son dernier soupir, mais non, il le garde pour la bonne bouche. L’homme se prend les bronches à pleines mains et, courageusement, organise une nouvelle expédition pour rejoindre sa base.

Je contourne la pyramide de paperasses et j’aperçois enfin mon cousin au visage pâle. Il ne nous a pas entendus venir, car il est accaparé de bas en haut pour une opération minutieuse. Cette dernière entre dans une phase tellement décisive que nous retenons notre respiration, Béru, Pinoche et moi. Jugez-en : Hector a évidé un bouchon de liège au moyen d’une lime à ongles. Il a planté des épingles en rangs serrés pour constituer une minuscule grille devant l’ouverture. Et, à l’instant précis où nous arrivons, il s’efforce d’introduire une mouche habilement capturée dans le bouchon, avant de piquer le dernier barreau. La mouche qui le prend pour un sodomite proteste et essaie de s’enfuir. Mais rien ne peut réduire la volonté d’Hector, pas même un Indien Jivaro.

Il finit par embastiller sa mouche. Vivement, il abaisse le barreau. Puis il reprend souffle. De la sueur ruisselle sur son front étroit. Il est assouvi, Hector. Il a la noblesse du gladiateur vainqueur. Le calme quasi sidéral de l’homme courageux qui a rempli sa mission.

— Tu fais l’élevage, Totor ? je questionne.

De saisissement il en bave sur sa cravate.

— Toi ! Toi ! Toi ! répéta-t-il quatre fois de suite (je ne l’ai écrit que trois fois pour vous laisser le soin d’imaginer le dernier « toi ». Au cas où votre débilité mentale vous refuserait cet effort, je dépose le quatrième « toi » au bas de la page)[3].

Pris en flagrant délit, il a perdu ses moyens, le cousin.

Pinaud prend le bouchon-cage et examine la mouche à travers la grille.

— C’est bien fait, approuve mon collègue. Faut de la patience pour réussir ça.

Hector avale sa pauvre salive.

— Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu viens faire ici ?

— La maison Bouglione qui m’envoie. Il leur manque un dompteur ; le leur s’est fait décapiter par un lion de l’Atlas. Une imprudence : il s’était mis de la brillantine avant de coller sa pipe dans le râtelier du fauve… Je suis sûr que ton numéro de mouches ferait de l’effet. Si un jour tu veux renouveler ta ménagerie, préviens-moi : j’ai un ami à l’U.M.D.P.

Il se drape dans sa dignité.

— Je t’en prie. Tes sarcasmes ne m’atteignent pas ! Que veux-tu ?

— Hier, j’ai fait une omission. J’ai oublié de te demander l’adresse du garage où tu me dis avoir rencontré Monique de Souvelle.

— Que cherches-tu à faire ? s’inquiète l’homonocule.

— Je t’écrirai mes projets, tu les recevras demain matin par pneumatique. J’attends le renseignement.

Mais il fait des giries, Hector. Il veut reprendre de l’autorité.

— Je n’ai pas envie de causer des ennuis à cette jeune fille. Sa vie n’est certes pas exemplaire, il n’empêche que je n’ai pas à m’en mêler…

— Des ennuis, fais-je doucement, ni toi ni personne ne peut plus lui en causer. Elle est morte.

— Que dis-tu ?

— Etranglée. Et étranglée par un type qui roulait dans une bagnole américaine. Alors tu piges mes intentions, cousin ?

— C’est pas vrai ? bée Hector.

Bérurier intervient.

— Tout ce qui y a de plus véridique, renchérit le Chéri. Même que c’est moi qu’ai découvert le poteau rose.

Un peu confus, il ajoute en me mendiant du regard :

— En somme, hmmm ?

Hector fait craquer ses jointures.

Il s’empare d’un crayon à la mine bien affûtée et se met à nous dessiner un plan de Paris et de sa banlieue pour nous montrer l’emplacement du garage.

J’empoche la feuille et je lui mets une affectueuse bourrade qui lui dévisse l’omoplate.

— T’es un cousin germain, lui dis-je. Pour te récompenser, je demanderai à la Commère de t’envoyer du miel pour ta mouche.

Nous le quittons sur cette excellente repartie (que tous mes lecteurs ne comprendront pas hélas, mais qui, néanmoins, comme disait nostalgiquement Cléopâtre, signifie quelque chose).

Le pompiste en combinaison bleue vient à nous.

— Qu’est-ce que je vous mets ? demande-t-il.

— De super, fais-je.

Béru me désigne la coquille Saint-Jacques qui orne la casquette du préposé.

— Il aurait été boxeur que ça ne m’étonnerait pas, fait-il.

Tandis que le transvaseur d’huile noire branche son pipe-line, je m’approche du box vitré derrière lequel un monsieur en blouse blanche lit un roman espagnol intitulé « Mercedes a une injection directe ».

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Toi (A votre service).

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