Du brut pour les brutes
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #39
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
Je contourne le pâté de maisons et rejoins les Stupid’s brothers. Le Gros vient d’ouvrir une huître avec ma clé de contact et il la gobe en faisant un bruit de succion qui rappelle celui d’un lavement placé sur son orbite.
— La dégustation est finie, oui ? je rouscaille.
Il jette les coquilles sur le trottoir.
— On y va, Tonio. T’as pris les mesures ?
— Ecoute, Gros, c’est toi qui vas t’annoncer le premier. Tu sonneras et baratineras la personne qui — je l’espère — viendra t’ouvrir.
— Qu’est-ce que j’y raconte ?
— Ce que tu voudras ; attends…
Je chope dans ma boîte à gants une mètre pliant.
— Tiens ça à la main, ça fait plus habillé. Tu vois, il y a une voiture presque devant la porte.
« Demande si elle appartient à quelqu’un de la maison. Tu dis qu’on va commencer des travaux dans la rue et que tu voudrais qu’on la déplace… »
— Çasse ! fait Pinaud.
— Quoi ?
— Qu’on la déplaçasse !
Béru est déjà en route pour la gloire. Les vagues de son costard à carreaux gonflées d’huîtres le font ressembler à un âne fortement bâté. Avec le pan de chemise qui s’échappe de son futal troué, il a vraiment grand allure.
— Amène tes vieux os, enjoins-je au Pinuchet.
Il soupire et s’extrait de la guinde.
Nous restons à la bonne distance du Gros. Celui-ci gravit les deux marches du seuil et se suspend à la sonnette de Mme Piedchaud. Nous le voyons de profil. Le mètre déplié lui constitue une sorte de queue longue de deux mètres (car il s’agit d’un double mètre).
On lui ouvre, je pige à son air brusquement tendu. Le voilà parti dans de grandes salades. Il met le paquet, décrit des moulinets avec le mètre (qui, comme le gras est double, il n’est pas superflu de le rappeler). Il en rajoute, montre l’auto, parlemente, se donne…
La personne qui lui fait face mord à l’hameçon et se penche pour regarder l’auto. Ce n’est pas une vieille dame, mais un grand vilain pas beau en qui je reconnais Ferdinand, le valet de chambre de la veuve Godemiche ; celui qui, hier, m’estourbit de si belle manière.
J’ai le cœur qui fait une cabriole dans ma poitrine (d’ailleurs où voudriez-vous qu’il la fit, cette cabriole, hein ? bande de déjetés). Nous tenons le bon bout. Nous avons renoué le fil cassé. Les dieux sont avec nozigues !
— Acré ! fais-je à Pinuche, il ne s’agit pas de rater notre entrée, on se ferait siffler !
En rasant le mur, je m’approche de la porte. Est-ce une prémonition ? Ou bien fais-je plus de bruit que je ne souhaiterais ? Toujours est-il que Ferdinand Dinette se détranche de mon côté. Il a un sursaut.
— Pioche-le ! hurlé-je au Gros.
Faut voir un peu comme il a du réflexe, le Béru. Je n’ai pas plutôt dit ça qu’il a sauté sur les cannes du mecton. L’autre bascule en arrière. C’est la ruée. Nous sommes trois à le maîtriser. L’assaut n’a pas duré deux minutes que nous sommes dans la place. Je referme la porte. Comme je m’y attendais, la maison est vieillotte, cirée de bas en haut, luisante… Elle sent le douillet. Il y a de vieux bahuts, des plantes vertes dans des cache-pot de cuivre et des lustres garnis de perles.
Le Ferdinand fait une triste figure. Il a l’air consterné du monsieur qui, au moment de se coucher, trouverait une crocodile dans son lit à la place de sa bergère.
— Eh ben, Ferdinand, fais-je, on se retrouve, tu vois…
« Mets-lui les poucettes ! » ordonné-je à Pinaud.
On s’annonce dans une salle à manger qui pue le vieux et aussi le tabac. La valeton-assommeur a dû beaucoup fumer depuis qu’il est ici…
— Où est cette brave Mme Godemiche ? lui demandé-je.
Il ne répond rien. Je commence à en avoir class des muets. Je lui colle une mandale qui renverserait un clocher.
— Il va falloir répondre à nos questions, mon grand, lui dis-je. L’heure H de la vérité V a sonné ; si tu ne l’as pas entendu, c’est que tu as de la cire à cacheter dans les étagères à mégots.
Il bredouille :
— Madame est à la cave…
— On va voir… Tu le tiens à l’œil, Béru ?
— Tu parles, fait le Gros en flanquant une torgnole à Ferdinand, en guise d’échantillon.
Accompagné du gentil seigneur Pinuchet, je gagne le sous-sol. La cave n’est pas grande, mais elle est bien remplie. Je découvre deux fauteuils près d’un tas de charbon, et dans ces fauteuils deux femmes sont ligotées et bâillonnées. L’une a des cheveux blancs et un air terrorisé, je la suppose être Mme Piedchaud ; l’autre c’est la veuve Godemiche.
J’en suis baba. Moi qui la prenais pour une « personne en gratin » (comme dit Béru) de l’organisation, je ne puis admettre qu’elle soit une victime. C’est un rôle dans lequel je ne l’imaginais guère.
Nous délions les prisonnières, Mme Piedchaud se met dare-dare à vociférer :
— La police ! Vite, la police ! Je porte plainte ! C’est t’honteux !
Je lui montre ma carte.
— Rassurez-vous, chère madame, la police, c’est nous…
— Ah ! bon, monsieur le détective, il faut que je vous dise. Le fiancé de ma fille est arrivé cette nuit de la part d’Annette. Je l’ai bien reçu. Il m’a dit qu’il était avec sa patronne, et que Mme Godemiche était à l’hôtel voisin…
Elle s’étouffe en parlant. Je préfère interviewer la belle rousse. Celle-ci a été molestée et porte des ecchymoses sur le visage. Cela n’altère pas sa beauté épanouie. Je me dis en aparté (je parle couramment cette langue) que je lui ferais volontiers le coup du papillon soudanais (modèle breveté, quinze ans d’expérience, médaille d’or aux jeux olympiens d’Athènes). Mais ça n’est pas le moment. Je leur fais boire à toutes les deux un verre de rhum et j’obtiens de la rouquine flamboyante le compte rendu suivant :
— Hier, lors de votre visite, j’étais très courroucée en constatant que vous me soupçonniez. Mon valet de chambre devait écouter notre conversation derrière la porte. Il a compris que vos questions allaient me mettre la puce à l’oreille au sujet de ses activités et il a inventé ce coup de téléphone…
« Si vous vous souvenez, il vous a assommé… »
— Je m’en souviens parfaitement, certifié-je en me massant l’occiput.
— Aussitôt après, il m’a menacée d’un revolver et m’a ordonné de le suivre. Il a ajouté qu’il faisait partie, ainsi qu’Annette, d’une bande organisée, et que si je ne lui obéissais pas, il m’arriverait malheur. J’ai obéi, moins à cause de moi qu’à cause de ma famille, imaginez le scandale si on apprend… J’espère que vous serez gentleman, commissaire, et que…
C’est bien les souris ! Elle vient de vivre une aventure terrifiante, elle a pris des gnons, elle a moisi dans une cave et, à peine délivrée, elle s’occupe de son standinge. Ah ! je vous jure… C’est à se cogner le dargif sur un morceau de glace jusqu’à ce que ça produise de l’électricité !
— Comptez sur moi, chère madame.
— Merci. On comprend tout de suite que vous n’êtes pas un policier comme les autres…
— Ensuite ?
— Il m’a forcée à conduire l’auto. Nous sommes allés du côté de la gare d’Austerlitz…
— Rue des Frères-Zonêtes ?
— Oui. Mon Dieu, ce que vous êtes bien informé !
— Et alors ?
— Là, il y avait un affreux homme qui m’a ligotée. Et figurez-vous que cette petite peste d’Annette est survenue peu après… Ils m’ont enfermée dans une vilaine cuisine, j’étais couchée à même le carreau ! Les brutes !