Du brut pour les brutes
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #39
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
— Sûrement pas. Cette panne a tout fichu dans le merdier, soupire Ferdinand.
Je réfléchis.
— Que s’est-il passé ensuite avec Monique ?
— Un drôle de truc. Alliachev n’avait pas les documents. Les patrons l’ont un peu bricolé, et il a fini par avouer que c’était Monique qui les détenait. Monique, on la croyait ficelée, puisque la M.G…
Je rigole.
— Vous avez dû pousser une drôle de bouille quand vous vous êtes aperçus de votre méprise ?
— Vous pensez. Mais dans un sens, ça nous arrangeait, car il fallait qu’on mette la main sur les documents.
— Alors vous avez emmené Monique rue des Frères-Zonêtes ?
— Oui.
— Et elle vous a dit qu’elle avait planqué la bonne marchandise chez son père à la cambrousse ?
— Oui.
— Et par manque de pot, le vieux, écœuré par la vie en général et celle de sa fille en particulier, venait de se suicider. Ça compliquait les recherches. Mais vous êtes tout de même allés à Courmois-sur-Lerable, de nuit. La maison était vide ; vous avez pu récupérer les documents. Vous avez ensuite étranglé la gosse. Vous l’avez mise dans le cercueil de son dabe. De cette manière, elle disparaissait sans laisser de trace et, vis-à-vis des gens de Barcelone, c’était elle qui portait le chapeau. Les autres croiraient qu’elle avait disparu avec les documents…
— En effet…
— Quand on découvrirait la carcasse du vieux, beaucoup plus tard, pas une seconde on ne penserait qu’il s’agissait de celle du comte puisque celui-ci avait été enterré normalement !
Ferdinand a un mauvais sourire.
— Je vois que vous pigez tout.
Le Gros lui vote une nouvelle torgnole.
— Pour qui tu te prends, macaque ! fait-il. Tu t’imagines que not’ intelligence vaut pas la vôtre !
— Ce qui vous a perdus, dis-je, vraiment perdus, ç’a été la visite d’Annette à La Petite Sibérie. Qu’était-elle allée fiche au restaurant ?
Il sourit.
— Les femmes, toujours…
— Misogyne ? je ricane.
— Votre visite du matin lui a fait peur. Elle s’est dit que vous alliez découvrir le pot aux roses. D’autant plus que Mme Godemiche était très tourmentée et faisait que nous questionner. Alors elle s’est envoyé un télégramme, comme quoi il fallait qu’elle aille auprès de sa mère…
— A Marseille ?
— Elle croyait que dans une grande ville, il lui serait plus facile de se planquer. Elle est allée trouver les patrons pour leur demander du fric… Un coup de chantage, quoi !
— Ils lui en ont donné ?
— Ils n’étaient pas là, c’est Igor, le maître d’hôtel, qui lui a fait une avance. Elle est partie. Seulement Igor s’est rendu compte que vous l’aviez repérée. Il a téléphoné à Embroktaviok. Celui-ci lui a ordonné de rattraper la gosse coûte que coûte au train. C’était trop risqué de la laisser filer…
Cette fois j’ai tous les éléments. Enfin presque tous !
— Que fichez-vous dans cette maison ?
Ferdinand renaude.
— Une idée d’Annette. Quand on lui a remis la main dessus, elle nous a parlé de cette maison. Elle a prétendu qu’on y serait mieux pour cacher Madame et nous planquer. Comme les choses se gâtaient, Embroktaviok a accepté. Toutefois il a voulu qu’Annette demeure avec lui. Il avait peur qu’elle flanche tout à fait…
— Pourquoi Embroktaviok n’est-il pas parti de Paris en même temps que vous ?
— Parce qu’il attendait une réponse de Berlin au sujet des documents. Il les a proposés à un organisme germano-russe. Si l’affaire se fait, il ira les porter en Allemagne pour ramasser le gros paquet…
J’enrage. Dans le fond, on a détruit toute l’organisation, sauf son chef. Et c’est le chef qui a en sa possession la camelote qui nous intéresse.
— Programme ? demande le Gros éternellement soucieux de son avenir immédiat.
Les événements répondent à ma place. Je perçois une sorte de remue-ménage au-dessus. Je m’élance. Décidément mes jours dans les caves ne me sont pas profitables, car il se passe toujours des trucs au rez-de-chaussée pendant ce temps.
Je débouche dans le corridor. D’un coup d’œil j’embrasse la scène : la porte donnant sur la rue est ouverte. Pinaud gît sur le carreau, assommé d’un coup de crosse de pétard, estimé-je. Son bada est à l’autre bout du couloir et une vilaine plaie zigzague sur son cuir… Il a son feu à la main. Je le saisis pour remplacer le mien dont le magasin est vide.
Je me rue dans la rue. Une bagnole décarre… C’est une Simca Bertone, rouge sang.
« Cette fois, me dis-je, mon San-Antonio chéri, tu n’as pas le droit de louper ta cible. »
Je vise les boudins arrière de la charrue.
Zoum ! Pif ! Boum ! Paf !
Quatre pruneaux…
Les deux pneus arrière de la Simca éclatent l’un après l’autre. L’auto décrit une embardée terrible et s’écrase contre un mur où un colleur d’affiches célébrait les mérites du dernier sorti des yaourts Bédiglas : le velouté du pétrole. Le mec tombe assis dans son pot de colle et se met à baver de frousse sur son pinceau. Pendant ce temps, Embroktaviok (car c’est lui) s’extrait de la voiture sinistrée et défouraille.
Les pralines sifflent à mes oreilles. Je continue de foncer. Comprenant qu’il va être râpé, le zigoto prend des longues jambes à son long cou et s’emmène promener dans Epernay, charmante petite cité célèbre pour ses caves, son musée du champagne et son buffet gastronomique.
Je me rappelle opportunément que j’ai obtenu une médaille d’argent aux derniers jeux olympiques et je m’élance… C’est la grande corrida. Je ne gagne pas de terrain, mais je n’en perds pas non plus… On prend une rue, deux rues, trois rues et l’on s’adjuge un bol d’air.
Cet enviandé a eu une sale inspiration (pour lui), il a pris une voie très passante.
Je mugis :
— Arrêtez-le !
Aussitôt, c’est plein d’honnêtes citoyens assoiffés de décorations posthumes qui barrent la route à Embroktaviok.
Celui-ci se voit foutu. Son revolver ne lui étant plus d’aucun secours, il le jette et fonce sous un porche monumental.
Moi itou.
Il traverse une cour où sont amoncelés des fûts.
Moi de même.
Une porte de cave… Il s’élance.
Moi aussi.
Nous voilà partis dans un labyrinthe bizarre creusé dans la craie de Champagne. Ça descend en pente raide, puis ça redevient plat. Nous sommes dans les caves immenses de la maison Cormoran et Champion, l’eau des champagnes de table. C’est frais, obscur, immense… J’ai lu quelque part une notice documentaire sur la boîte. Des kilomètres de galeries…
Les pas d’Embroktaviok se répercutent dans le labyrinthe.
J’arrive à des croisements. Les échos déforment les bruits, brouillent leur source.
J’écoute, identifie le bon chemin et je continue…
Heureusement, une main secourable actionne le commutateur général et les galeries s’éclairent. Je cours le long de millions de bouteilles vertes soigneusement empilées. Des murailles de champagne ! Un cauchemar de champagne.
La silhouette d’Embroktaviok se dessine au bout d’une galerie. J’ai encore trois dragées dans le composteur de Pinuche.
— Arrête ou je tire ! hurlé-je.
Ma voix sonore roule dans les profondeurs du sous-sol. Une voix moyenâgeuse…
L’autre s’en fout. Je tire un peu trop vite. Je fracasse un flacon et ça glougloute dans le secteur…
Embroktaviok vire sec. Soudain le bruit de sa galopade cesse.
Je continue néanmoins de foncer. Je me dis que je suis armé et pas lui… J’ai tort. Il est armé d’un esprit d’à-propos qui vaut mon revolver. Ce salopard vient d’arracher la barre soutenant une pyramide de bouteilles. A l’instant où je me présente, tout s’écroule. Je suis pris dans une avalanche de bouteilles. Ça m’entraîne, me roule, me broie, m’étourdit, m’anéantit, m’engloutit. Je suis entraîné, malaxé, broyé, assommé.