Du brut pour les brutes
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #39
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
« Du temps a passé. J’ai entendu des cris de femme. J’ai cru que c’était Annette qu’ils molestaient, mais non. Il s’agissait d’une autre personne, car, pendant cette séance ma bonne est venue me voir un instant…
« Puis du temps a passé. J’ai perdu la notion de l’heure. Dans la nuit, Ferdinand et l’autre homme m’ont transportée dans une auto et mon ex-valet de chambre m’a amenée dans cette maison.
« Quand cette dame… »
Elle montre la mère Piedchaud qui chiale dans un coin.
— Quand cette dame a vu que j’étais victime d’un kidnapping, elle a poussé des cris. Ferdinand l’a alors frappée jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse, la malheureuse. Et nous avons été enfermées à la cave…
« Voilà, monsieur le commissaire, tout ce que je sais.
« Quand je pense que j’ai pris à mon service deux voyous… j’en suis malade. Je comprends pourquoi ils ont voulu rentrer du Midi avant moi. Ces bandits utilisaient ma maison pour leurs louches combines. Si mon père apprend ça, le cher homme en fera une maladie. Sa fille ayant pour domestique d’affreux gangsters ! »
Je vais dans le vestibule où m’attendent Béru et Ferdinand.
— Descends ce monsieur à la cave, dis-je au Gros. Ça va être son tour de villégiaturer dans le charbon.
Nous descendons tous à la cave, moi, Ferdinand, le Gros et ses onze huîtres.
CHAPITRE XVIII
J’EN APPRENDS DE MOINS EN MOINS BELLES
Voilà-t-il pas que M. Ferdinand, ex-videur de pot de chambre de la belle veuve Godemiche, se met à faire des manières ? Voilà-t-il pas que môssieur minaude, renaude et prétend jouer les carpes du Roi-Soleil ! Après tout ce qui s’est passé, il a tort, le frelot !
Béru me consulte d’un noir regard.
Alors le gars San-A. se lance dans le sérieux.
J’ouvre la porte supérieure de la chaudière du chauffage central. Je ceinture mon larbin et je fais signe à Bérurier le preux de lui choper les flûtes. Voilà M. « Madame est servie » à l’horizontale.
— Ecoute, julot, lui dis-je. Ou tu te mets à table, ou je te fais bronzer le cuir dans cette chaudière.
— Vous n’allez pas faire ça, qu’il soupire, le copain.
En guise de réponse, j’approche sa frime du foyer. Il sent la chaleur s’intensifier et ses crins se mettent à roussir.
— Voyons, Ferdinand, lui susurré-je, il y a des moments où il faut comprendre de quel côté se trouve son intérêt. Amicalement, je peux te dire qu’il n’est pas à l’intérieur de cette Idéal-Classique…
— Assez causé ! bougonne le Gros en poussant de son côté.
La lueur du feu empourpre son beau visage à Béru. Ses huîtres restituent l’eau de mer qu’elles contiennent et un filet de flotte dégouline de ses poches.
— Toujours pas décidé ? demandé-je au larbin. O.K., tu l’auras voulu.
Il pousse alors un grand cri qui nous déchire le tympan dans le sens de la largeur :
— Arrêtez !
On le colle dans l’un des fauteuils, Béru s’empare d’un tisonnier qu’il plonge dans les braises rougeoyantes. L’autre regarde, hébété. Cette fois, il pige qu’il se trouve devant des gens qui prennent la vie très au sérieux. Il est désenchanté. C’est scié. Il n’a plus qu’à s’affaler. L’espoir, ça sera pour après…
Alors, en termes hachés, il nous raconte l’histoire. Et nous l’écoutons religieusement.
Il a toujours mené une existence de traîne-galoche, Ferdinand. C’est un de ces êtres bons à nibe qui se figurent que le fric est fait pour être piqué dans les poches des autres.
Après bien des périphéries (comme dit Béru), il a fait la connaissance de l’équipe Embroktaviok-Félareluir.
Ces messieurs arrivaient d’Allemagne où ça sentait le brûlé pour leurs pommes. Ils organisaient un petit groupe spécialisé dans le négoce des documents et ils avaient racheté ce restaurant ruski pour avoir une façade.
Car ils tenaient beaucoup à ce que tous les membres de l’organisation aient officiellement une vie irréprochable. C’est pourquoi, par exemple, lui, Ferdinand, marnait chez Mme Godemiche.
— Annette faisait partie de l’organisation ? coupé-je.
— Ces derniers temps, oui. Je l’ai connue en service. Je suis devenu son amant et j’ai fini par la mettre dans le coup.
— Tu lui as rendu un fier service, soupiré-je, en songeant à la pauvre gosse allongée sur les pavetons de l’impasse.
L’autre ne sourcille pas et continue son historiette. La bande Embroktaviok était en cheville avec celle d’Alliachev à Barcelone. Aussi, lorsque Alliachev venait à Paris, fréquentait-il La Petite Sibérie…
Lors de son dernier voyage, il avait procédé comme d’ordinaire, bien que ça ne soit pas avec la bande de Ferdinand qu’il ait affaire pour l’achat des documents volés au ministère.
Je pige tout ! Et, vous savez comment je suis, j’éprouve le besoin d’épater l’assistance.
— Alliachev a fait des confidences aux gars de ton groupe. Ceux-ci ont eu l’idée d’une opération sans bavures : lui chouraver les plans. Exact ?
— Exact, acquiesce l’escogriffe.
— Continue, tu m’intéresses…
— Alliachev avait une maîtresse, en France…
— Monique de Souvelle ?
— Juste ! On s’est dit qu’il fallait opérer en souplesse pour ne pas se mettre à dos les patrons d’Alliachev… C’est vous, en quelque sorte, qui nous en avez fourni l’occasion.
— Eurêka ! clamé-je.
Le Gros qui n’avait pas lâché son tisonnier pousse un cri en s’apercevant que le fer est un bon conducteur de la chaleur. Ses pauvres huîtres finissent de s’égoutter…
— Eurêka, répété-je, je viens de tout saisir…
— Ah oui ? ricane l’endoffé.
— Oui, mon bijou. Alliachev s’est rendu compte que je le filais. Vous lui avez alors proposé une combine pour me neutraliser. Sa poule et Félareluir me jouaient la comédie. Pendant ce temps, lui s’esbignait. Il a accepté avec reconnaissance, pensant que vous étiez sincères. Ça vous permettait de le liquider après lui avoir scrafé les documents. Vous, vous pouviez opérer peinardement, vous étiez débarrassés à la fois de la poule et du flic…
— Bravo, commissaire, fait le Ferdinand qui reprend de l’assurance.
Béru le remet dans l’ambiance d’une mornifle qui lui fait éclater le pif…
— Soyons sérieux, dit le Gros, doctoral, en essuyant sa main éclaboussée.
— Il était convenu avec Monique qu’elle me conduirait chez la mère Godemiche dont la propriété était disponible. Ça offrait l’avantage de nous éloigner plus longtemps de Paris…
— Toujours exact, approuve le domestique marron.
— C’est la suite que je ne pige pas bien…
— C’est pourtant facile. Embroktaviok avait décidé de mettre la môme en l’air ; elle était intelligente et aurait pu trouver bizarre la disparition de son Boris.
— Alors vous avez tendu une embuscade à Enghien pour canarder sa M.G. quand elle rentrerait à Paris ?
— Oui. Seulement le sort s’en est mêlé. Votre voiture à vous est tombée en panne. Monique a eu peur des complications.
— Quelles complications ?
— Elle devait aller chercher Alliachev rue des Frères-Zonêtes pour l’emmener à Marseille. Si vous ne partiez pas de la nuit, c’était fichu, du moins pour son optique à elle. Elle a pris peur ; une gonzesse, vous savez comment c’est ! Alors elle vous a refilé sa chiotte.
— Et c’est moi qui ai été canardé à sa place, dis-je.
— Hélas oui.
— Dire que j’ai cru, ensuite, qu’on avait intentionnellement bricolé ma propre voiture.