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Du brut pour les brutes

Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:

Boris Alliachev, vous connaissez ?
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
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Je voudrais bien défourailler dans les pneus, seulement la môme Annette s’intercale entre la bagnole et mégnace.

Si j’envoie le potage, elle risque de morfler.

— Couchez-vous ! hurlé-je…

L’auto démarre. L’autre truffe glapit que c’en est une bénédiction. Elle se sent molle des cannes en constatant que son coéquipier ne l’attend pas. Elle continue de courir sans tenir compte de mes injonctions. C’est trop bête. Je ne vais tout de même pas laisser filer ce julot au moment où il est à la portée de mes prunes.

Alors je m’arrête, je lève mon arme en visant à droite de la gosse. Et je distribue la bonne marchandise à tout va.

Manque de pot, Annette fait une embardée sur la droite au moment où je téléphone la purée. Je vois tout, comme dans un ralenti cinématographique… Elle s’est tordu le pied, c’est ce qui lui a fait décrire cette fâcheuse embardée. Elle culbute et s’abat sur les pavetons inégaux de l’impasse.

J’ai le champ dégagé pour canarder la DeSoto, mais hélas, ma quincaillerie est vide. Epuisement des stocks, les gars ! De quoi piquer une crise. La guinde déboule de l’impasse et fonce à tombeau ouvert dans le boulevard.

Si au moins mes Laurel et Hardy de la Rousse avaient la bonne idée de se trouver là et de prendre le relais. Je tends l’oreille, espérant ouïr une salve. Zéro. Je l’ai dans le dossard.

Alors je m’approche de la fille qui gît en travers de l’impasse. Ses doigts aux ongles carminés raclent le sol. Je réprime une grimace. Elle a intercepté toutes mes valdas, la pauvrette. Je vise juste. Les six balles sont groupées dans sa poitrine. C’est gênant pour faire les pieds au mur.

Elle a les yeux révulsés, une plainte imperceptible fuse de ses narines pincées. Je comprends qu’elle ne supportera pas le transport à l’hosto. Si je veux l’interviewer, faut faire vite.

— Annette, vous m’entendez, mon petit ?

Elle ne bronche pas… Son souffle est de plus en plus saccadé. De toute part, des fenêtres s’ouvrent. Des nanas et des julots poussent des cris d’orfèvre à la vue de cette petite frangine allongée dans une flaque de raisin…

— On va vous emmener à l’hôpital. On vous soignera, lui promets-je, mais par pitié répondez-moi. Où sont les documents ?

M’a-t-elle seulement entendu ? On ne le dirait pas. Elle s’affaiblit rapidement. Je vois la vie s’en aller d’elle comme l’eau s’enfuit d’un panier.

Et puis j’ai l’impression qu’elle remue les lèvres. Je me jette à plat bide près d’elle pour essayer d’esgourder.

Je crois distinguer « Epinay ».

Je n’en suis pas certain. J’implore :

— Je vous en supplie, Annette, répétez… Dites-moi. Il faut que je sache. On va vous soigner.

M’est avis que je perds un peu les pédales tant mon angoisse est grande. Y a un drôle de suspense, les potes. Hitchcock peut y venir ! J’écoute avec tout mon individu. J’oublie la rumeur de Paris qui gronde alentour ; je chasse de ma tête les cris des gens, leurs piétinements sur les pavés…

— Parlez, Annette !

Je suis prêt à lui promettre n’importe quoi même la vie, en sachant bien que personne ne pourrait la lui donner.

Je suis presque certain d’avoir compris « Epinay ». Mais c’est vague, il m’en faut davantage. Je VEUX savoir !

Elle articule encore :

— Partir avec vous chez maman.

Crotte turque ! La voilà qui délire. Je suis feinté.

Elle a encore deux petites convulsions et elle meurt gentiment.

Je me redresse. L’impasse est pleine de badauds. Au premier rang de la fine équipe, le tandem de choix, les rois du rire, les duettistes de réputation internationale, le couple roi : Pinaud et Bérurier.

Le Gros a une main sur son futal entamé dont l’orifice bave un pan de chemise innommable.

— Tu l’as buttée ?

— C’est accidentel, dis-je. Elle s’est jetée devant moi au moment où je poivrais la bagnole.

— Ce sont des choses qui arrivent, admet Pinaud.

Un quidam qui fait son plein d’émotions fortes, un petit maigrichon à l’œil torve, s’écrie :

— Il faut prévenir la police.

Le Gros lui vomit un ricanement insolent à bout portant.

— Ta gueule, moustique, dit-il poliment, la police c’est nous.

Sur ces entrefaites les archers du commissariat voisin, déjà alertés, s’annoncent. Je leur explique le topo et ils s’arrangent de la môme tandis que je retourne dans la maison.

— Gros, fais-je à l’homme au pantalon fendu, donne l’ordre d’appréhender une DeSoto grise immatriculée 432 WB 75… Il nous faut retrouver cette charrette dans les deux heures qui suivent…

— Ce sera pas duraille, fait le Béru. Je t’admire d’avoir eu le temps d’enregistrer le numéro.

Son compliment me va droit au cœur, sans épargner toutefois mon visage inondé par les postillons du Vain.

Je procède alors à une fouille minutieuse de l’appartement. Mais les gens qui l’habitaient ne l’utilisaient que comme pied-à-terre. Il pue l’inhabité. Quelques fringues d’homme, une valise avec des effets de femme (ceux de la défunte Annette, je présume) et c’est tordu. A part ça, des conserves et du gruyère… Je laisse le Gros user du bigophone pour alerter les gars de la routière, ensuite de quoi je profite de ce que l’écouteur est chaud pour tuber au Vieux. Il n’a pas l’air tellement mécontent.

— C’est la déroute chez l’ennemi, dit-il. Comment était l’homme à la DeSoto ?

Je lui fais une description approximative du personnage qu’hélas je n’ai fait qu’entrevoir.

— Pas de doute, dit le boss, il s’agit d’Embroktaviok. Vous êtes sur la bonne piste, San-Antonio.

Et il raccroche.

Il est gentil, le Tondu, la bonne piste ! Elle me paraît un peu sectionnée encore une fois. C’est curieux, dès que je trouve un filon, il se tarit…

— Qu’est-ce qu’on fout ? interroge Béru dont les yeux sont pareils à deux gueules de carnassier inassouvi.

Je lui donne tout apaisement :

— Oui, Gros, on y va…

Un restaurant aimable nous accueille. Au menu, il y a des filets de sole au champagne. Comment la Gonfle résisterait-il à cette tentation ? On passe la commande. Se pose alors le difficile problème des vins. Pinuche prêche pour le muscadet (son vice) et le Gros affirme que, poisson ou pas poisson, il n’y a de vrai que le solide picrate, la première qualité d’un vin, même blanc, étant d’être rouge.

Je mets tout le monde d’accord en commandant une bouteille de champ’.

Foin de cette coutume idiote consistant à fêter les succès par des libations. Ce sont les échecs qu’on doit ainsi sanctifier. Moi, le champ’ me dope, et même me biodope.

Chacun se met à mastiquer en silence. Je réfléchis aux derniers événements. Il s’en passe des choses ! Quelle hécatombe ! Je récapitule : Alliachev, le comte de Souvelle, sa fille, Félareluir, Annette ; plus Mathias grièvement blessé ; plus mes bosses et plus le falzard à carreaux du Gros !

Ayant morfalé sa sole et franchi le premier la ligne d’arrivée, Bérurier exhale une incongruité qui fait chanceler le serveur. Il se cure les dents de la pointe de son couteau, rassemble les aliments ainsi récupérés sur le bord de son assiette, puis, l’inventaire achevé, les consomme une seconde fois.

— Dommage que t’aies pas pu y causer à la morne, rêvasse-t-il.

C’est précisément ce que j’étais en train de déplorer in petto. Ce parallélisme de nos réflexions est édifiant, ne trouvez-vous pas ? Ce sont des remarques de ce tonneau qui me font sentir l’efficacité du Gros.

— Elle a rien bonni du tout ? insiste-t-il en déposant sur mon visage avenant un regard gluant comme une sucette au miel.

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