Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
— Rien…
— Exactement.
— … rien d’autre que ce que vous m’avez demandé de faire. Je ne cherche pas à ce que les choses se passent comme je voudrais. Je ne me plains pas. » Il ajouta, les yeux fixés sur Beth : « Et je n’ai essayé d’appeler personne. »
Beth s’empourpra et se précipita sur lui — Cassie s’interposa —, mais Leo la retint en posant la main sur son épaule. « Allons, dit-il. Discutons-en. »
Cela signifiait qu’il voulait parler à Beth en privé. Aussi Cassie sortit-elle avec Thomas, leurs vestes à la main, en annonçant qu’ils allaient dîner et qu’ils seraient de retour à vingt et une heures.
Une fois sortis du café-restaurant — la serveuse les avait plus ou moins poussés dehors afin de pouvoir fermer « avant le début des réjouissances » —, Cassie prit son petit frère par la main pour gagner le parc au centre de la ville.
Le parc Henry Wallace, ainsi nommé en hommage à un ancien président, joignait la mairie à la poste centrale et commençait déjà à se remplir. Cassie le trouva joli, à sa manière modeste… même s’il se présentait sans doute sous son meilleur jour en été, quand les chênes chinquapins avaient toutes leurs feuilles et que cela embaumait l’herbe tondue. Ce soir-là, les branches squelettiques et le crépuscule créaient une atmosphère plus sombre que l’humeur de la foule. Mais il n’y avait là rien de surprenant. La fête de l’Armistice, depuis qu’elle avait remplacé Thanksgiving comme fête nationale de fin novembre, avait toujours été une manière de défier les premiers froids de l’hiver, même dans ce climat plutôt clément du sud de l’Illinois. On avait accroché des lanternes colorées autour de l’aire de jeux. Derrière un amas de tables de pique-nique, des hommes en chemise de flanelle et tablier voyant distribuaient joyeusement des hot dogs cuits sur un gril fumant. Une banderole au-dessus du kiosque à musique indiquait 1914 — ARMISTICE — 2014 et des enfants en uniforme d’écolier agitaient des drapeaux frappés de la couronne de lauriers.
Depuis 2007, Cassie nourrissait envers cette célébration des sentiments partagés. Ses cours d’histoire au lycée avaient semblé couverts d’une invisible (et littéralement indicible) ironie. Bien entendu, le « siècle de paix et de progrès » n’avait pas été aussi paisible que tout le monde se plaisait à le prétendre. La Grande Guerre et ses horreurs avaient bel et bien permis d’accoucher de toutes ces ennuyeuses mais louables défenses contre la guerre qu’étaient le Pacte du Benelux, la Communauté européenne du charbon et de l’acier et le Traité de Rome ; elles avaient aussi permis l’apparition de générations d’hommes d’État européens dont les noms resteraient à jamais associés, dans l’esprit de Cassie, à l’odeur de craie et de retaille de crayon : Lord Lansdowne, René Plevin, Benedetto Croce. Mais il y avait eu la guerre civile russe, qui avait couvé et fermenté presque dix ans avant que le parti des Petits Propriétaires finisse par déposer la monarchie brutale et branlante de la nation. Il y avait eu les innombrables différends frontaliers qui menaçaient toujours de dégénérer… Trieste, la Sarre, la région des Sudètes. Les « purifications » ethniques qui s’étaient poursuivies malgré la signature de l’Accord européen sur les droits de l’homme. Et même quand les nations européennes s’étaient installées dans la détente, durant les années 1930 et 1940, leur réticence à abandonner leurs empires avait suscité nombre de rébellions en Afrique et en Asie. Cela n’avait été le siècle de la Paix qu’en comparaison avec les précédents.
Mais sous-jacent à tout cela, il y avait le sujet de l’hypercolonie, dont on ne pouvait parler. Durant sa dernière année de lycée, à l’occasion d’une dissertation sur les mouvements sociaux et politiques européens avant l’Armistice, Cassie avait été impressionnée par l’arrogance avec laquelle certains hommes célèbres (Hegel, Marx, Treitschke) avaient affirmé aller dans le sens de l’histoire, mot auquel ils mettaient souvent une majuscule comme si l’histoire était une force physique tout aussi prévisible et irrésistible que les marées. Le vingtième siècle ne s’en laissait pas compter. Du moins d’après les manuels. Il avait écarté l’idée naïve qu’elle possédait une destination intrinsèque.
Mais l’histoire était précisément ce que l’hypercolonie avait détourné à son profit. Elle s’était emparée de la viande crue et sanglante de l’histoire humaine pour la façonner conformément à ses propres intérêts. Quels qu’ils puissent être.
Cassie commençait à trouver qu’il y avait trop de monde dans le parc. Elle traversa la rue avec Thomas pour s’installer sur la grande étendue d’herbe devant la poste : on pouvait y assister au feu d’artifice sans se faire remarquer. Le ciel était à présent sombre, les premières étoiles scintillaient. Thomas frissonna et se réfugia dans les bras de Cassie. « Qu’est-ce que t’en dis ? demanda-t-elle en suivant le fil de ses pensées. Tu lui fais confiance ?
— À qui ?
— À Leo. »
Thomas réfléchit à la question. Cassie appréciait en lui cette habitude de prendre son temps pour répondre. Sa propre impulsivité lui avait valu une réputation de vivacité d’esprit, les hésitations de Thomas conduisant quant à elles certains à le croire lent… aucune de ces deux impressions n’était véritablement conforme à la réalité. Cassie parlait parfois sans réfléchir. Et son frère, soupçonnait-elle, réfléchissait souvent sans rien dire.
« Ça dépend, finit-il par répondre. Il n’est pas méchant. Il anticipe. Mais ça ne veut pas dire qu’il a toujours raison. Comme quand… tu sais.
— Quand il a tiré sur ce type, devina Cassie.
— Ouais.
— Mmm, bon… désolée que tu aies dû voir ça.
— Pourquoi est-ce que je n’aurais pas dû le voir ? »
Parce que connaître la vérité ne te rend pas toujours plus fort. « Parce que t’as douze ans, nom d’un chien.
— Mais il faut que je m’y habitue.
— Que tu t’habitues à quoi ? À ce que des gens se fassent tuer ? Quelle idée horrible ! »
Thomas la regarda avec dureté. « Tu ne crois pas que ça arrivera encore ? Je sais que Leo prenait le type pour un sim. Il n’a jamais eu l’intention de tuer une vraie personne. Mais l’agent du service des Parcs ? Peut-être que Beth lui a brisé le crâne. Et que c’était ce qu’elle voulait faire. Il aurait pu mourir. Il est peut-être mort, d’ailleurs… on n’en sait rien.
— On ne peut pas se laisser capturer. Sinon on perd et personne ne gagne.
— Je n’ai pas dit qu’il ne fallait pas. Juste que ça pourrait encore arriver. Ou quelque chose d’autre du même genre. Que ça arrivera sans doute encore, si on fait comme veut Leo.
— Eh bien… » Elle ne pouvait pas honnêtement dire le contraire. « Possible.
— À Buffalo, quand tout ce que j’avais à faire était de me lever le matin pour aller à l’école, mes douze ans pouvaient avoir de l’importance. Mais ils n’en ont aucune pour les sims. Ni pour l’hypercolonie. Je ne veux pas qu’on me protège, Cassie. Je veux me battre. »
Thomas était un enfant replet à peu près aussi belliqueux qu’un quaker. Les disputes avaient tendance à le faire fuir. Mais il arborait à présent une expression implacable, quasi menaçante. Il voulait vraiment se battre.
« J’imagine que ça ressemblait à ça quand… »
Le feu d’artifice interrompit le garçon. Une fusée jaillit en grésillant du parc pour éclater en un brocart d’étoiles argentées. Le bruit se répercuta avec la dureté d’un poing sur la façade de pierre taillée de la poste centrale.