Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
La mort du petit cheval - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La mort du petit cheval

Электронная книга - «La mort du petit cheval». Краткое содержание книги:

« Vous le savez, je n'ai pas eu de mère, je n'ai eu qu'une Folcoche. Mais taisons ce terrible sobriquet dont nous avons perdu l'usage et disons : je n'ai pas eu de véritable famille et la haine a été pour moi ce que l'amour est pour d'autres. »
1 ... 28 29 30 31 32 33 34 35 36 ... 53
Перейти на страницу:

— Jean, fit soudain Monique, j'ai une question à vous poser.

— Allez-y.

Je la voyais venir, sa question ! Nous étions si bien. Pourquoi tomber dans le pieux, dans le « poème qui n'a pas quatre mots », dans la guimauve ?

— Avez-vous pensé que nous aurions des enfants ?

— J'espère bien.

Demande inattendue. Réponse inattendue, instinctive. Certes, Monique aurait pu, aurait dû dire : « Voulez-vous avoir des enfants ? » Je n'ai pas l'intention d'en avoir pour me conformer à une tradition, à un ordre, mais pour… Pourquoi, au juste ? Il faut y regarder de plus près. Parce que je n'aime pas tricher : ni avant, ni après, Parce qu'il me déplairait de rester un descendant et de ne pas devenir un ancêtre. Parce que (nous brûlons) l'expérience semble curieuse, intéressante. Parce qu'ainsi (nous y voilà) je pourrai connaître le visage qui m'a été interdit…

— Des enfants heureux, quelle revanche !

Zut ! il ne fallait pas le dire, Monique.

XXIV

L'hiver était revenu : le premier qui eût pour moi les grâces du printemps. Depuis quatre mois, nous étions fiancés officieusement ; depuis quinze jours, nous l'étions officiellement, en vertu de ce faire-part qui faisait fi de tout protocole : Monique Arbin et Jean Rezeau ont le plaisir de vous annoncer… etc. Le plaisir… même pas l'honneur ! Il est vrai que notre bonheur à nous, c'était notre joie. Bien entendu, je n'avais reçu de personne les félicitations d'usage. Je n'avais même rien reçu du tout, sauf une carte de Fred, postée de Dakar : Bravo ! Alors, c'est en vendant cet article que tu as trouvé chaussette à ton pied ? J'avais fait peu de cas de ce trait, bien digne du matelot Chiffe, mais l'allusion m'avait au moins informé d'une chose : on restait très au courant de mes faits et gestes dans la famille. En partie du moins : j'étais déjà plus journaliste que forain. Si je vendais effectivement de la socquette et du demi-bas sur tous les marchés qui ont ou n'ont pas droit de cité dans l'indicateur Lahure, je tenais toujours ma chronique, je commençais à donner des nouvelles à divers hebdomadaires de second rang et quelques papiers à des gazettes mal pensantes. Plus discrètement, j'assurais le relais d'un maître fatigué qui daignait signer à ma place et m'abandonnait le quart de ses piges. Enfin, plus discrètement encore, j'expédiais des contes à une maison d'édition qui trustait à l'époque l'industrie de la presse enfantine (sales mômes ! faut-il vous avouer que je les écrivais pourtant avec une satisfaction inexplicable ? Il n'y a que vous pour avoir, avec grâce, l'enthousiasme du stupide et la foi dans la justice des dénouements). Émigrant loin de la rue Galande, je m'étais installé dans un logement du treizième, que j'avais sommairement meublé (le crédit, très peu pour moi ! Un objet, comme une femme, doit vous appartenir d'un seul coup. L'achat à tempérament ne convient qu'à ceux qui n'en ont pas). Une table et quatre chaises, un cosy et une armoire, un buffet et deux tabourets — le tout dans cet excellent bois blanc qui pompe si bien des litres de brou de noix et devient noirâtre ici, jaunâtre là, café crème ailleurs — suffisaient largement à monter mon ménage. La ronce de noyer qui se décolle, la palissandre qui se fendille ou le rustique qui ne l'est guère, nous aurions tout le temps d'en comparer les mérites, plus tard, après notre mariage enfin prévu pour la mi-janvier. Nous aurions pu nous marier un peu plus tôt, mais le père de Monique, les P.T.T. et le notaire s'étaient coalisés pour nous faire attendre le consentement malgache. Pour ma part, je regretterai beaucoup la suppression récente des sommations, dites « Actes respectueux » : j'aurais été ravi d'exprimer ainsi mes respects à M. et Mme Rezeau.

Je venais de rentrer du marché de Saint-Ouen et j'étais en train d'écrire Les Mystères de l'Ile Verte, quand ma sonnette grésilla. Je n'attendais personne. Sans amis (j'étais trop pauvre pour en avoir), sans relations (sauf quelques fraîches relations d'affaires), je ne recevais jamais de visites. Monique n'avait osé venir qu'une seule fois, lors d'une brève apparition de sa tante. Était-ce Paule, la disparue, qui n'écrivait même pas ? J'allai ouvrir, certain de trouver la concierge ou l'employé du gaz. Mais je restai médusé… Le chapeau haut perché sur le crâne, le pantalon godant sur la bottine, la cravate largement nouée autour du col cassé et transpercée par l'épingle d'or à tête de sanglier, le parapluie sur le bras et le ruban violet fleurissant le col de loutre de sa pelisse, M. Rezeau souriait à pleines bajoues.

— Pas facile de te joindre, mon petit.

Déjà, les grandes moustaches blanches, posées devant la bouche paternelle comme une colombe aux ailes déployées, s'envolaient vers moi pour me donner le baiser de paix. Puis M. Rezeau et son parapluie s'avancèrent.

— Ah ! ah ! dit-il encore, après mûre réflexion.

Comme j'observais avec crainte la porte entr'-ouverte, il s'empressa d'ajouter d'une voix qui exprimait toute son autorité, toute sa bien connue liberté d'action :

— Non, non, je suis seul.

J'allais demander : « Quel bon vent vous amène ? » avec une aimable hypocrisie, quand je me souvins des convenances : les gens distingués n'avouent pas le but de leur visite avant quelque échange de balivernes.

— Tu habites un quartier impossible, geignait M. Rezeau. J'ai dû prendre le métro et je déteste ce mode de locomotion. D'ailleurs je déteste cette vie trépidante. Mes contemporains me fatiguent. J'aurais voulu…

Que chantait-il là ? Nul besoin pour lui de changer de contemporains, selon le vœu de Montherlant. Il vivait au siècle précédent, il habitait la maison « de ses ancêtres », il se servait de leur code, de leurs églises, de leurs rentes, de leurs préjugés. Un contemporain, d'ailleurs, qu'est-ce à dire ? Sommes-nous les contemporains d'un Papou, en retard de trois mille ans, ou d'un Américain, en avance de deux cents ? Mais M. Rezeau continuait de gémir.

— Je viens d'être très malade. L'urémie ! Ta grand'mère, ton oncle en sont morts ; c'est le mal de famille. J'ai bien failli les rejoindre, je ne ferai pas de vieux os. Je ne suis plus que juge honoraire : j'ai dû en effet donner ma démission, rentrer à La Belle Angerie. C'est ta mère qui s'occupe de tout : je lui ai donné une procuration. Elle est pourtant bien fatiguée, elle aussi. Nous n'avons plus qu'une femme de journée. Impossible de trouver une bonne dans la région : les petites paysannes ne veulent plus se placer, et si par hasard on en trouve une, elle est d'une insolence ! et d'une paresse ! Exigeante avec ça… Oh ! cette génération !

Voilà qui fournissait la transition souhaitable. Pas de doute. La génération allait en entendre de rudes.

— Je le vois bien dans ma propre famille. Je ne viens pas ici en ennemi, crois-le bien, mais il faut tout de même que je te dise : vous exagérez ! Fred va sortir de la marine sans la moindre ficelle, sans la moindre situation. A qui pourrons-nous le marier, je te le demande ? Toi, tu t'amouraches d'une petite sotte, tu fiches le camp parce que nous t'empêchons de l'épouser, tu finis par te débrouiller et, au moment où l'on te croit rangé, tu récidives ! Marcel se tient, je le reconnais, mais il prend des petits airs distants et supérieurs : ma parole, il se figure, celui-là, que la bourgeoisie est un moyen d'arriver. Il est vrai que vous, vous la considérez…

1 ... 28 29 30 31 32 33 34 35 36 ... 53
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)