Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
La mort du petit cheval - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La mort du petit cheval

Электронная книга - «La mort du petit cheval». Краткое содержание книги:

« Vous le savez, je n'ai pas eu de mère, je n'ai eu qu'une Folcoche. Mais taisons ce terrible sobriquet dont nous avons perdu l'usage et disons : je n'ai pas eu de véritable famille et la haine a été pour moi ce que l'amour est pour d'autres. »
1 ... 29 30 31 32 33 34 35 36 37 ... 53
Перейти на страницу:

Coup d'œil sévère, par-dessus la moustache.

— … comme une caste à détruire…

Puis l'œil montant au ciel :

— … alors qu'il s'agit d'une dignité !

Et toc ! J'en avais pour dix minutes de gloses sur cette dignité qui, aidée par la tradition, assure le maintien des élites et la pérennité de l'idéal… Ce ramas familier, ce ramas confus de locutions toutes faites, je l'avais oublié. Je n'étais plus du tout dans le bain, j'éprouvais l'impression pénible — pour mon père — de le voir agiter sous mon nez un vieux boa de plumes. Depuis quelques années, sous le même étendard, on faisait beaucoup mieux, on se modernisait, on rajeunissait les formules, on n'avait plus que le mot social à la bouche, on embauchait le rouge, au nom du blanc, pour le passer au bleu, comme de juste. Ça, vraiment, ce n'était même plus ridicule, c'était amusant, voire intéressant au titre archéologique, comme le sont les graffiti politiques des murs de Pompéi.

— Note que je comprends ton état d'esprit, assurait mon père. Dans un sens, il procède de cette haute compréhension dont nos familles ont toujours fait preuve envers le peuple. Nous ne sommes pas d'affreux capitalistes, nous ! C'est un sinistre abus de langage que de nous lancer à la tête ce mot de « bourgeois », injure suprême de ces primaires qui confondent tout. Je te l'ai déjà dit cent fois, je ne te le répéterai jamais assez : il y a bourgeoisie et bourgeoisie. Nous faisons partie de cette admirable bourgeoisie spirituelle, la seule vraie, la seule juste. On le voit bien en Allemagne, encore que cet Hitler ait quelques bonnes idées : l'écrasement de notre classe y donne libre cours à la dictature de l'égoïsme. Depuis la Révolution, nous sommes contre tous les abus, contre tous les privilèges gratuits ; nous défendons seulement un ordre basé sur la situation acquise, donc sur le mérite… Que disais-je ? Ah ! oui… Tu ne te trompes pas de fin, tu te trompes de moyen. Notre disparition, ce serait la ruine de ce pays, qui vit essentiellement de son commerce de luxe. Notre disparition… Je ne peux pas te décrire en quelques phrases le désastre national, ce triomphe certain de l'arbitraire et de l'injustice, cette nuit…

— Une autre nuit du quatre août, peut-être ?

Les épaules de M. Rezeau se soulevèrent, sa tête oscilla au-dessus du sanglier d'or, son regard évalua mes meubles, mes valises de chaussettes, puis moi-même, avec pitié.

— Les gens qui s'en prennent à l'ordre établi, reprit-il, sont avant tout des gens qui refusent de s'en prendre à eux-mêmes. Croit-on vraiment rendre service à ce pays en prétendant que tous les gens du peuple sont admirables par droit de naissance, tandis que nous serions tous, aussi naturellement, des profiteurs ?

C'était la première phrase sensée qu'il proférait. Mais tout cela n'avait qu'un lointain rapport avec le but de sa visite. A quoi bon discuter, du reste ! Je connaissais mon père, type de l'imperméable, du monsieur qui se méfie des idées d'autrui sans jamais se méfier des siennes, du juste pour qui l'injustice n'existe pas tant qu'elle est traditionnelle et surtout tant qu'il en est le bénéficiaire. Ce juste fulminait encore :

— Ah ! quand j'ai su que tu écrivais dans un journal de gauche, mon vieux sang vendéen n'a fait qu'un tour !

Ce Vendéen parlait à l'instant de la Révolution… Je me décidai à couvrir d'une large paume un bâillement considérable, et M. Rezeau retoucha l'arc de sa moustache, en soupirant. Dans la quasi-nudité de la pièce, le radiateur avait l'air d'un squelette antédiluvien. De ses douze éléments, étirés comme des côtes, montait la respiration de l'air chaud. Un moulin à café ronronnait dans l'appartement voisin.

Le moulin à café s'arrête, et mon père ronronne à son tour, se met à broyer de petites nouvelles, grain par grain. Micou est mariée… Oui, mariée. Il insiste, car j'ai tiqué. Elle attend un bébé. Cette fois, avouons-le, je n'ai pas retenu une grimace. Micou, ma légère, quel immonde satyre t'a donné ce gros ventre ? Ah ! si l'on souillait ainsi Monique, j'étranglerais le… Mais ne grimaçons plus, puisque nous pensons à Monique. Micou est mariée, Micou est enceinte, soit ! Il paraît que ceci prouve l'inanité des amourettes et même de l'amour, quand il n'est pas sanctifié par l'unanime consentement des familles. Le protonotaire a depuis peu droit aux boutons violets. Le père Perrault, le père Barbelivien, la vieille Fine sont morts : Ce que c'est que de nous ! Le cardinal de Kervadec est également mort. On se demande pourquoi Dieu n'épargne point ses grands serviteurs et les rappelle à la fleur de l'âge, quand leur présence serait encore si nécessaire sur la terre. Mais la petite nièce du cardinal, Solange Guyare de Kervadec, et un petit-neveu du grand-oncle, en la personne de Marcel, songent à s'épouser : plus exactement, la baronne de Selle d'Auzelle y songe pour eux. Riche, la petite de Kervadec ! M. Rezeau n'ignore point que les filles riches sont généralement ruineuses et que nulle dot ne résiste longtemps aux dévaluations socialistes, mais les Kervadec sont largement pourvus d'excellents principes et d'excellentes terres. Un Marcel Rezeau, garçon intelligent, n'épouse pas une fille de rien et qui n'a rien. Ceci dit sans animosité, car M. Rezeau ne pense pas qu'une fille qui n'a rien soit automatiquement une fille de rien.

Et M. Rezeau continue, mitraillant de loin mes positions sans chercher à les enfoncer. Je commence à comprendre, à deviner les consignes : « Raisonnez-le, Jacques, mais ne le heurtez pas de front, soyez diplomate. » Madame ma mère se couvre. Ce mariage est son plus cher désir, le meilleur moyen pour me torpiller, pour m'assurer une existence mineure, pour écarter de moi tous legs et toutes relations. Lors de l'affaire Micou, il s'agissait de provoquer une rupture, afin de pouvoir me couper les vivres, afin de me mettre dans une situation telle que ma carrière en fût compromise. Le plan n'a qu'à moitié réussi et, cette fois-ci, Mme Rezeau entend se servir de mes propres intentions. Une mésalliance lui devient nécessaire pour détruire parmi les nôtres l'espoir que peut leur inspirer ma demi-réussite. Elle se résigne à mon bonheur présent, parce qu'elle est bourgeoisement persuadée qu'il sera en fin de compte l'instrument de mon échec final. Il faut pourtant se prononcer contre ce mariage, officiellement, afin de pouvoir dire : « J'ai tout tenté pour l'empêcher. » Il faut faire quelque chose et ce quelque chose est la visite paternelle, la protestation du « chef de famille ». Ainsi la face sera sauvée. Ainsi (ma mère me connaît bien) ma résolution se trouvera confirmée, si par hasard j'hésitais encore. Il est certain, au surplus, que la soumission ne me permettrait pas pour autant de rentrer en grâce. J'entends déjà Madame Mère : « Ce garçon n'a pas de caractère. Il ne sait jamais ce qu'il veut. »

— Tu es licencié maintenant, assure M. Rezeau. Tu peux, grâce à nous, entrer dans un journal honorable, tu peux épouser une fille convenable. Si tu as tellement besoin d'une femme…

Petit dégoût dans la bouche : l'amour, pour un Rezeau, se confond avec la sensualité.

— Nous te la trouverions assez vite. Allons ! Laisse cette dactylo et nous t'ouvrons les bras.

Ils sont croisés, ces bras, et Papa me regarde par-dessus son grand nez. Il a l'air très convaincu et aussi très ennuyé. Affaissé, vraiment vieux, vraiment touché, il semble respirer difficilement.

— Tu n'as pas fait l'imbécile, j'espère ? Ce mariage ne devient pas… obligatoire ? Ta mère le craint.

1 ... 29 30 31 32 33 34 35 36 37 ... 53
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)