Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
d) Une erreur de lecture qui à la fois m'agace et me fait rire est celle que je commets souvent en me promenant pendant les vacances dans les rues d'une ville où je suis de passage. Je lis sur toutes les enseignes que je rencontre le mot antiquités. Cette illusion trahit la passion aventurière du collectionneur.
e) Dans son intéressant livre Affektivität, Suggestibilität, Paranoïa (1906, p. 121), Bleuler raconte «Un jour, au cours d'une lecture, j'eus comme le sentiment intellectuel de voir mon nom imprimé deux lignes plus bas. À mon grand étonnement, je ne trouve, une fois arrivé à la ligne en question, que le mot Blutköpperchen (« globules sanguins»). Sur les milliers d'erreurs de lecture du champ visuel, central ou périphérique, analysées par moi, cette erreur était la plus grossière. Les autres fois, lorsque je croyais voir mon nom, le mot qui servait de prétexte à l'erreur présentait avec lui une ressemblance qui, jusqu'à un certain point, pouvait justifier cette erreur, et dans la plupart des cas il fallait que toutes les lettres du nom se trouvent à proximité de mon champ visuel pour que l'erreur se produise [44]. Mais, dans le cas dont je parle, la fausse relation et l'erreur s'expliquent var le fait que je lisais précisément la fin d'une remarque sur une sorte de mauvais style qui règne dans certains travaux scientifiques et dont je me sentais moimême coupable dans une certaine mesure.»
f) H. Sachs:«Devant ce qui frappe les autres, il garde, lui, une rigide impassibilité».(Steifleinenheit). Ce dernier mot m'étonna et, en regardant de plus près, je vis que le mot imprimé était nonSteifleinenheit, mais Stielfeinheit (finesse, sentiment de style). Ce passage faisait partie d'un panégyrique exagérément enthousiaste, qu'un auteur que j'estimais beaucoup consacrait à un historien qui ne m'était pas sympathique, parce qu'il possédait à un degré très prononcé les traits spécifiques du «professeur allemand».
g) Le Dr Marcell Eibenschütz rapporte un cas d'erreur de lecture au cours d'un travail philologique (Zentralbl f Psychoanal, 1, 5/6): «Je m'occupe de l'édition critique du «Livre des Martyrs», recueil des légendes de la Haute et Moyenne Allemagne, qui doit paraître dans les «Textes Allemands du Moyen Âge», publiés par l'Académie des Sciences de Prusse. L'ouvrage, encore non imprimé, était très peu connu; il n'existait là-dessus qu'un seul mémoire de J. Haupt: «Ueber das mittelhochdeutsche Buch der Märtyrer», publié dans Wiener Sitzungsberichte, 1867, Tom. 70, pp. 101 et suiv. Haupt, en écrivant son mémoire, avait sous les yeux, non le manuscrit original, mais une copie (XIXe siècle) du manuscrit C (Klosterneuburg), copie qui est conservée à la Bibliothèque Royale.
Cette copie se termine par la suscription suivante:
«Anno Domini MDCCCL in vigilia exaltacionis sancte crucis ceptus est iste liber et in vigilia pasce anni subsequentis finitus cum adjutorio omnipotentis par me Hartmanum de Krasna tunc temporis ecclesio niwenburgensis custodem.»
Or, tout en reproduisant exactement cette suscription dans son mémoire, avec la date 1850 en chiffres romains, Haupt montre à plusieurs reprises que, d'après lui, cette phrase latine fait partie du manuscrit C et il lui assigne, comme à celui-ci, la date de 1350.
La communication de Haupt fut pour moi une cause de perplexité. Jeune débutant dans l'austère science, je me trouvais au début tout à fait sous l'influence de Haupt et, comme lui, je lus longtemps dans la suscription, clairement et nettement imprimée, que j'avais sous les yeux la date 1350, au lieu de 1850. Mais ayant eu l'occasion de consulter le manuscrit principal, j'ai constaté qu'il n'y existait pas trace d'une suscription quelconque, et j'ai pu m'assurer que pendant tout le XIVe siècle il n'y avait pas à Klosterneuburg de moine du nom de Hartmann. Et lorsque le voile tomba définitivement de mes yeux, j'ai compris immédiatement toute la situation, et des recherches ultérieures n'ont fait que confirmer ma supposition: la fameuse suscription ne se trouve que dans la copie qu'avait utilisée Haupt, elle est de la main de celui qui a fait cette copie, c'est-à-dire du père Hartmann Zeibig, né à Krasna, en Moravie, maître de chapelle de l'église des Augustins, à Klosterneuburg. C'est lui qui, en qualité de trésorier du chapitre, a copié le manuscrit C et, après avoir terminé son travail, il a, selon l'ancienne coutume, ajouté la phrase dans laquelle il se faisait connaître par son nom. Le style moyenâgeux et la vieille orthographe de la suscription ont certainement contribué à faire naître chez Haupt le désir de donner sur l'ouvrage dont il s'occupait le plus de renseignements possibles et, par conséquent aussi, de dater le manuscrit C: ainsi, il lisait constamment 1350 au lieu de 1850 (motif de l'acte manqué).»
h) Dans les Idées spirituelles et satiriques de Lichtenberg, on trouve une remarque qui provient d'une observation et qui résume presque toute la théorie des erreurs de lecture: à force de lire Homère, dit-il, il a fini par lire Agamemnon, toutes les fois où il rencontrait le mot angenommen (accepté).
Dans la majorité des cas, en effet, c'est le désir secret du lecteur qui déforme le texte dans lequel il introduit ce qui l'intéresse et le préoccupe. Pour que l'erreur de lecture se produise, il suffit alors qu'il existe entre le mot du texte et le mot qui lui est substitué, une ressemblance que le lecteur puisse transformer dans le sens qu'il désire. La lecture rapide, surtout avec des yeux atteints d'un trouble d'accommodation non corrigé, facilite sans doute la possibilité d'une pareille illusion, mais n'en constitue pas une condition nécessaire.
i) Je crois que la guerre, qui a amené chez tout le monde certaines préoccupations fixes et obsédantes, a favorisé d'une façon toute particulière les erreurs de lecture. J'ai eu l'occasion de m'en assurer un grand nombre de fois, mais malheureusement je n'ai retenu, parmi toutes les observations que j'ai faites, que quelques-unes, peu nombreuses. Un jour, j'ouvre un des journaux de l'après-midi ou du soir et j'y trouve, imprimée en gros caractères, la manchette suivante: La paix de Görz. Mais non, la manchette annonçait seulement: Les Ennemis devant Görz (Die FONDE vor Görz, et non der FRIEDE von Görz). À celui qui avait deux fils combattant sur le front, il était permis de commettre une erreur de ce genre. Un autre lit dans une phrase les mots «vieille carte de pain» (alte BROTKARTE), mais s'aperçoit aussitôt qu'il s'est trompé et qu'il s'agissait en réalité d'un «vieux brocart» (alter BROKATE). Il convient d'ajouter qu'il avait l'habitude de céder ses cartes de pain à une dame dans la maison de laquelle il était toujours reçu en ami. Un ingénieur, qui ne se trouvait pas suffisamment équipé pour résister à l'humidité d'un tunnel dont il dirigeait la construction, lit un jour, à son grand étonnement, une annonce de journal concernant des objets en «cuir de mauvaise qualité» (SCHUNDleder). Mais les marchands sont rarement si honnêtes; ce qui était à vendre, c'était des objets en «peau de phoque» (SEEHUNDleder).