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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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e) Je cite, d'après M. W. Stekel, le cas suivant dont je garantis également l'authenticité: «Un exemple tout simplement incroyable d'erreur de lecture et d'écriture s'est produit dans la rédaction d'un hebdomadaire très répandu. La direction de ce périodique avait été publiquement accusée de «vénalité». Il s'agissait donc d'écrire un article de réfutation et de défense. C'est ce qui fut fait, avec beaucoup de chaleur et de passion. Le rédacteur en chef et, naturellement, J'auteur ont relu plusieurs fois l'article manuscrit, puis les épreuves, et tout le monde s'est montré satisfait. Et voilà que soudain le correcteur se présente et attire l'attention sur une petite erreur qui a échappé à l'attention de tout le monde. Il était dit notamment: «nos lecteurs nous rendront cette justice que nous avons toujours défendu le bien général de la façon la plus intéressé». Il va sans dire que l'auteur avait voulu écrire de la façon la plus désintéressée. Mais la pensée véritable s'était fait jour avec une force élémentaire à travers le texte passionné.»

f) Madame Kata Levy, lectrice de Pester Lloyd, a relevé un aveu involontaire du même genre dans une information télégraphique que ce journal reçut de Vienne le 14 octobre 1918:

«Étant donné la confiance absolue qui, pendant toute la durée de la guerre, a régné entre nous et notre allié allemand, il paraît incontestable que les deux Puissances prendront, quels que soient les événements, une décision unanime. Il est inutile d'insister sur le fait que, dans la phase actuelle, il existe également entre les diplomaties alliées une entente active et «pleine de lacunes» (lückenhaft; au lieu de lückenlos, «sans lacunes»).

«C'est seulement quelques semaines plus tard qu'on put s'exprimer librement, sans recourir au lapsus calami (ou au lapsus typographique), sur cette «confiance absolue».

g) Un Américain, venu en Europe par suite de mésentente avec sa femme, écrit à cette dernière pour lui exprimer son désir de réconciliation et l'inviter à venir le rejoindre à une date déterminée. «Ce serait bien, si tu pouvais, comme moi, faire la traversée sur le Mauretania.» Il renonce cependant à expédier la page sur laquelle figure cette phrase. Il préfère la recopier, car il ne veut pas que sa femme constate qu'il avait d'abord écrit le nom Lusitania, pour le rayer ensuite et le remplacer par Mauretania.

Ce lapsus calami est tellement évident qu'il n'a pas besoin d'explication. Mais les faveurs du hasard nous permettent d'ajouter quelques détails: sa femme a fait son premier voyage en Europe avant la guerre, après la mort de sa sœur unique, et si je ne me trompe, le Mauretania est le seul paquebot survivant de la série à laquelle appartenait le Lusitania, torpillé pendant la guerre.

h) Après avoir examiné un enfant, le médecin prescrit une ordonnance dans laquelle doit figurer de l'alcool. Pendant qu'il écrit, la mère l'accable de questions stupides et inutiles. Il fait un effort pour ne pas montrer sa mauvaise humeur, mais en écrivant il commet un lapsus – il écrit le mot achol [50], à la place du mot «alcool» (en allemand: alkohol).

J'ajoute encore un cas analogue, rapporté par E. Jones et A. A. Brill. Celui-ci, bien que totalement abstinent, se laisse un jour entraîner par un ami à boire un peu de vin. Le lendemain matin, il se lève avec un mal de tête qui lui fait regretter sa faiblesse de la veille. Ayant à inscrire le nom d'une malade qui s'appelait Ethel, il écrit Ethyl [51]. Il faut dire aussi que cette dame avait l'habitude de boire plus qu'il ne convenait.

Comme les erreurs qu'un médecin peut commettre en formulant des ordonnances ont une portée qui dépasse de beaucoup l'importance pratique des actes manqués ordinaires, je profite de l'occasion pour rapporter en détail la seule analyse publiée jusqu'à ce jour, d'un lapsus calami de ce genre (Internation. Zeitschr. f. Psychoanalyse, I, 1913).

Un cas de lapsus à répétition dans la rédaction d'ordonnances

(communiqué par le Dr Hitschmann).

«Un collègue m'a raconté qu'il lui est arrivé à plusieurs reprises, au cours de l'année, de se tromper de dose en prescrivant un certain médicament, et chaque fois il s'agissait de malades du sexe féminin, d'un âge avancé. Par deux fois il a prescrit une dose dix fois trop forte et, s'en étant souvenu ensuite et craignant un accident pour la malade et des ennuis pour lui-même, il a été obligé de se précipiter chez celle-ci pour retirer l'ordonnance. Cette action symptomatique singulière mérite d'être analysée de près, et nous allons le faire en donnant les détails de chaque cas.

1er CAS: A une pauvre femme déjà âgée, atteinte de diarrhée spasmodique, le médecin prescrit des suppositoires de belladone contenant une dose dix fois trop forte du médicament actif. Il quitte la polyclinique et une heure après, alors qu'il est chez lui en train de déjeuner et de lire son journal, il se souvient tout à coup de son erreur angoissé, il se rend d'abord à la polyclinique, pour s'enquérir de l'adresse de la malade, et se précipite ensuite chez cette dernière, qui habite assez loin. Il trouve la vieille femme, qui n'a pas encore eu le temps de faire exécuter son ordonnance, fait la correction nécessaire et rentre chez lui tranquillisé. Il s'excuse lui-même, non sans raison, par le fait que, pendant qu'il écrivait son ordonnance, le chef de la polyclinique, qui est bavard, se tenait derrière lui et lui parlait: cela ne pouvait que le troubler et distraire son attention.

2e CAS: Le médecin est obligé de couper court à la consultation qu'il donnait à une jolie patiente, coquette et piquante, pour aller voir en ville une autre patiente, un peu âgée. Limité par le temps, à cause d'un rendez-vous amoureux dont l'heure approche, il saute dans une automobile. En examinant la malade, il constate l'existence de symptômes exigeant l'emploi de la belladone. Il prescrit ce médicament avec la même erreur que dans le premier cas, c'est-à-dire en ordonnant une dose dix fois trop forte. La malade lui raconte quelques détails se rapportant à son cas, mais le médecin manifeste de l'impatience, tout en l'assurant du contraire, et il prend congé de la malade assez à temps pour se trouver à l'heure exacte au rendez-vous. Douze heures plus tard environ, le médecin se réveille et se rappelle avec effroi l'erreur qu'il a commise; il charge quelqu'un de se rendre chez la malade et de lui rapporter l'ordonnance, au cas où elle n'aurait pas encore été exécutée. Au lieu de l'ordonnance, on lui rapporte le médicament déjà préparé; avec une résignation stoïque et l'optimisme d'un homme expérimenté, il va trouver le pharmacien qui le rassure en lui disant qu'il a naturellement (peut-être également par erreur?) corrigé le lapsus du médecin et mis la dose normale.

3e CAS: Le médecin veut prescrire à sa vieille tante, sœur de sa mère, un mélange de teinture de belladone et de teinture d'opium à des doses inoffensives. L'ordonnance est aussitôt portée chez le pharmacien. Peu de temps après, le médecin se rappelle qu'à la place de teinture il a prescrit de l'extrait de ces médicaments; il reçoit d'ailleurs un coup de téléphone du pharmacien qui le questionne à ce sujet. Il s'excuse en prétendant que l'ordonnance lui a été enlevée des mains, avant qu'il ait eu le temps de la terminer et de la revoir.

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