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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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«Dans un monologue où elle parle de ses chagrins, Klara s'exprime ainsi: «Si un homme noble pouvait me voir telle que je suis et ne pas dédaigner de me venir en aide! Oh! m'évader de cette prison pleine d'épines et de broussailles! Je suis impuissante à me frayer le chemin toute seule. Je suis une lâche. Je crois qu'un simple signe du doigt suffirait à me changer. Je pourrais m'échapper vers un camarade, les chairs ensanglantées, poursuivie par le mépris et des cris de réprobation… Konstantia a rencontré un soldat. Elle a peut-être prié, et sa prière a été exaucée. Elle n'a pas bien fait. Oh, mais combien je l'aime pour ce qu'elle a fait! Son nom était Harry Oxford… Elle n'a pas hésité, elle a fait sauter les chaînes, elle est allée ouvertement vers l'autre. Courageuse jeune fille, que doistu penser de moi? C'est que moi, je n'ai pas un Harry Whitford, je suis seule.»

«La soudaine révélation qu'elle a prononcé le nom Whitford, à la place de celui d'Oxford, a été pour elle un coup terrible et a fait monter tout son sang au visage.

«Il est évident que la terminaison ford, commune aux deux noms, a dû faciliter la confusion et fournir à beaucoup une explication suffisante du lapsus. Mais le poète nous en fait voir la vraie raison, la raison profonde.

«Le même lapsus se reproduit dans un autre passage. Il est suivi de cette perplexité spontanée, de ce changement brusque du sujet que la psychanalyse et les travaux de Jung sur les associations nous ont fait connaître et qui ne se produisent que lors de l'intervention d'un complexe demi-conscient. En parlant de Whitford, Patterne dit sur un ton protecteur: «Fausse alerte! Le brave vieux Vernon est tout à fait incapable de faire quelque chose d'extraordinaire.» Et Klara de répondre: «Mais si Oxford…Whitford… voyez donc vos cygnes qui traversent le lac. Comme ils sont beaux, lorsqu'ils sont en colère! Que voulais-je donc vous demander? Ah, oui: ne croyez-vous pas que ce soit décourageant pour un homme de voir que1qu'un être l'objet d'une admiration universelle et visible?» Ce fut pour Willoughby une révélation subite, et il se leva plein de morgue.

«Dans un autre passage encore Klara trahit par un autre lapsus son secret désir d'union intime avec Vernon Whitford. Parlant à un jeune garçon, elle dit: «dis ce soir à Mr Vernon… dis ce soir à Mr Whitford… etc. [40]».

La manière de considérer le lapsus que nous préconisons ici, résiste à toutes les épreuves et trouve sa confirmation même dans les cas les plus insignifiants. J'ai eu plus d'une fois l'occasion de montrer que les erreurs de langage, même les plus naturelles en apparence, ont un sens et se prêtent à la même explication que les cas les plus frappants. Une malade qui, contrairement à mon avis, veut de sa propre initiative entreprendre une brève excursion à Budapest, cherche à se justifier devant moi, en me disant qu'elle ne part que pour trois jours, mais commet un lapsus et dit: «que pour trois semaines.» Elle me montre ainsi qu'en dépit de mes objections elle aime mieux rester trois semaines que trois jours dans une société qui, à mon avis, ne lui convient pas. – Je veux m'excuser un soir de n'être pas venu chercher ma femme au théâtre. Je dis: «J'étais devant le théâtre à dix heures dix.» On me corrige:«tu voulais dire à dix heures moins dix.» Il est évident que c'est là ce que je voulais dire, car si j'étais venu à dix heures dix, je n'aurais pas d'excuse. On m'avait bien dit que la fin de la représentation était annoncée pour avant dix heures. Lorsque je suis arrivé devant le théâtre, les lumières du vestibule étaient éteintes, et il n'y avait plus personne. l'a représentation s'était terminée plus tôt, et ma femme était partie sans m'attendre. En regardant ma montre, j'avais constaté qu'il était dix heures moins cinq. Mais je me suis proposé de présenter à la maison mon cas sous un aspect plus favorable et de dire qu'il était dix heures moins dix. Le lapsus a malheureusement neutralisé mon intention et révélé mon petit mensonge, en me faisant avancer une faute plus grave que celle dont j'étais réellement coupable.

De ces troubles de la parole, on passe à d'autres qui ne peuvent plus être décrits comme de simples lapsus, parce que, tels le bredouillement et le bégaiement, ils portent non sur tel mot isolé, mais sur le rythme et le mode de prononciation du discours tout entier. Mais dans les cas de cette catégorie, comme dans ceux de la première, c'est le conflit intérieur qui nous est révélé par le trouble de la parole. Je ne crois vraiment pas que quelqu'un puisse commettre un lapsus au cours d'une audience auprès de Sa Majesté, dans une sérieuse déclaration d'amour ou lorsqu'il s'agit de défendre devant les jurés son honneur et son nom, bref dans tous les cas où, comme on le dit avec juste raison, on est tout entier à ce qu'on fait et dit. Nous devons (et nous avons l'habitude de le faire) introduire, jusque dans l'appréciation du style dont se sert un auteur, le principe d'explication qui nous est indispensable, lorsque nous voulons remonter aux causes d'un lapsus isolé. Une manière d'écrire claire et franche montre que l'auteur est d'accord avec lui-même, et toutes les fois où nous rencontrons un mode d'expression contraint, sinueux, fuyant, nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, que nous nous trouvons en présence d'idées compliquées, manquant de clarté, exposées sans assurance, comme avec une arrière-pensée critique [41].

Depuis la première publication de ce livre, des amis et collègues étrangers ont commencé à prêter attention aux lapsus qu'ils pouvaient observer dans leurs pays respectifs. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, ils ont découvert que les lois du lapsus sont les mêmes dans toutes les langues. Aussi ont-ils pu recourir avec succès aux mêmes interprétations que celles dont j'ai usé moi-même dans mes propres exemples. Je ne citerai ici qu'un exemple entre mille:

«Le Dr A. A. Brill (de New York) raconte: «A friend described to me a nervous patient and wished to know whether I could remove benefit him. I remarked, I believe that in time I could remove all his symptoms by psych analysis because it is a durable case wishing to say «curable!» «(A contribution to the Psychopathology of Everyday Life», in Psychotherapy, vol. III, N 1, 1909).

Pour conclure, je vais ajouter pour les lecteurs qui ne craignent pas un effort et sont quelque peu familiarisés avec la psychanalyse, un exemple qui montre jusqu'à quelles profondeurs de l'âme peut conduire l'analyse d'un lapsus.

L. Jekels (Internat. Zeitschr. f. Psychoanalyse, I, 1913):

«Le 11 décembre une dame de nos amies m'interpelle en polonais sur un ton quelque peu provoquant et insolent: «Pourquoi ai-je dit aujourd'hui que j'avais douze doigts?»

«Elle reproduit, sur mon invitation, la scène au cours de laquelle elle a fait cette observation. Elle se disposait à sortir, pour faire une visite, avec sa fille, une démente précoce en état de rémission, à laquelle elle ordonne de changer de blouse, ce que celle-ci fait dans une pièce voisine. Lorsqu'elle vient rejoindre sa mère, elle la trouve occupée à se nettoyer les ongles. Et le dialogue suivant se déroule:

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