Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
b) Comment m'arriva-t-il de lire un jour dans un journaclass="underline" «En tonneau (lm FASS) à travers l'Europe», au lieu de: «À pied (zu Fuss) à travers l'Europe»? La première idée qui me vint à l'esprit à propos de cette erreur était la suivante: il s'agit sans doute du tonneau de Diogène, et tout récemment j'ai lu dans une Histoire de l'Art quelque chose sur l'art à l'époque d'Alexandre. Il était tout naturel de penser alors à la fameuse phrase d'Alexandre: «si je n'étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène». J'eus en même temps une vague idée concernant un certain Hermann Zeitung qui avait voyagé enfermé dans une malle. Je ne pus pousser l'association plus loin, et il ne m'a pas été possible de retrouver dans l'Histoire de l'Art la page où figurait la remarque sur l'art à l'époque d'Alexandre. J'avais donc cessé de penser à cette énigme lorsque, quelques mois plus tard, elle s'imposa de nouveau à mon attention, mais cette fois accompagnée de sa solution. Je me suis souvenu d'un article de journal qui parlait des moyens de transport singuliers que les gens choisissaient pour se rendre à l'exposition universelle de Paris et qui, pour autant que je me le rappelle, racontait en plaisantant qu'un monsieur avait l'intention de se faire rouler dans un tonneau jusqu'à Paris par un camarade ou ami complaisant. Il va sans dire que ces gens ne cherchaient qu'à se faire remarquer par leurs excentricités. Hermann Zeitung était en effet le nom de celui qui a donné le premier exemple de ces modes de voyage extraordinaires. Je me suis rappelé alors que j'avais eu autrefois un patient auquel les journaux inspiraient une angoisse morbide, par réaction contre l'ambition morbide qu'il avait de voir son nom imprimé et célébré dans les journaux. Alexandre de Macédoine était certainement l'homme le plus ambitieux qui ait jamais existé. Il se plaignait de ne pas trouver un Homère capable de chanter ses exploits. Mais comment pouvais-je ne pas me rappeler qu'un autre Alexandre m'était beaucoup plus proche, puisque mon frère cadet s'appelait Alexandre! Et aussitôt le nom de mon frère évoqua en moi l'idée choquante qui y était associée et que je m'efforçais de réprimer, et en même temps que cette idée, le souvenir de l'occasion qui l'avait fait naître. Mon frère est expert en matière de tarifs et de transports et il devait même, à un moment donné, être promu professeur dans une école supérieure de commerce. J'étais proposé, depuis plusieurs années, pour la même promotion universitaire, sans pouvoir l'obtenir [42]. Notre mère avait alors exprimé sa mauvaise humeur devant l'éventualité de voir le plus jeune de ses fils arriver au professorat avant l'aîné. Telle était la situation à l'époque où je ne pouvais trouver la solution de mon erreur de lecture. Depuis, les chances de mon frère d'accéder au professorat avaient diminué, elles étaient même moins probables que les miennes. Et voilà que j'eus la subite révélation du sens de mon erreur: ce fut comme si la diminution des chances de mon frère avait écarté l'obstacle qui m'empêchait d'entrevoir ce sens. Je m'étais comporté comme si j'avais lu dans le journal la nomination de mon frère, et m'étais dit: «il est bizarre qu'on puisse figurer dans les journaux (c'est-à-dire être nommé professeur) pour des bêtises pareilles (c'est-à-dire pour une spécialité comme celle de mon frère)». Je retrouvai alors sans peine le passage sur l'art grec à l'époque d'Alexandre et constatai, à mon grand étonnement, que j'avais, pendant mes précédentes recherches, lu à plusieurs reprises la page contenant ce passage, mais que je l'avais sauté chaque fois, comme sous l'influence d'une hallucination négative. Ce passage ne contenait d'ailleurs rien qui fût susceptible de m'apporter un élément d'explication, rien qui méritât d'être oublié. Je crois que le fait de n'avoir pu retrouver ce passage (que j'avais pourtant eu à plusieurs reprises sous les yeux) doit être considéré comme un symptôme destiné tout simplement à m'égarer, à orienter l'association de mes idées dans une direction où un obstacle devait s'opposer à mes investigations, bref à me conduire à une idée concernant Alexandre de Macédoine, afin de détourner d'autant plus sûrement mon attention de mon frère qui s'appelait également Alexandre. Et c'est ce qui arriva en effet: j'ai employé tous mes efforts à retrouver dans l'Histoire de l'Art le fameux passage.
Le double sens du mot Beförderung [43] constitue dans ce cas le pont d'association, pour ainsi dire, entre deux complexes: le complexe moins important, suscité par la note du journal, et le complexe plus intéressant, mais choquant et déplaisant qui m'a inspiré mon erreur de lecture. On voit, d'après cet exemple, qu'il n'est pas toujours facile d'expliquer des accidents dans le genre de cette erreur. On est parfois obligé de remettre la solution de l'énigme à un moment plus favorable. Mais plus la solution est difficile, plus sûrement il faut s'attendre à ce que notre pensée consciente trouve l'idée perturbatrice, une fois découverte, bizarre et en opposition avec son contenu normal et son orientation normale.
c) Je reçois un jour, des environs de Vienne, une lettre qui m'annonce une très triste nouvelle. J'appelle aussitôt ma femme et je lui apprends que la pauvre Guillaume M. est très gravement malade et que les médecins ont renoncé à l'espoir de la sauver. Mais il devait y avoir une fausse note dans les paroles par lesquelles j'exprimais mes regrets, car ma femme devient méfiante, me prie de lui montrer la lettre et se dit persuadée que je me trompe, car personne n'appelle une femme du prénom de son mari et que cela pouvait d'autant moins être le cas dans les circonstances présentes, que l'auteur de la lettre connaissait bien le prénom de la femme de Guillaume M. Je n'en persiste pas moins à affirmer avec assurance qu'il s'agit de la pauvre Guillaume M. et je tente de réfuter les objections de ma femme, en lui rappelant que beaucoup de femmes mettent sur leurs cartes de visite le prénom de leur mari. Je suis cependant obligé de recommencer la lecture de la lettre et je constate en effet qu'il s'agit «du pauvre G. M.», et même, chose qui m'avait complètement échappé, «du pauvre Dr G. M.». Mon omission constitue donc une tentative pour ainsi dire mécanique de tranférer du mari à la femme la triste nouvelle que je venais de recevoir. Le titre de docteur (Dr), intercalé entre l'article et l'adjectif d'un côté, et le nom de l'autre, suffisait déjà là lui seul à montrer qu'il ne s'agissait pas d'une femme. C'est d'ailleurs pourquoi il m'avait échappé à la lecture. La cause de mon erreur ne doit cependant pas être cherchée dans le fait que la femme m'aurait été moins sympathique que son mari; le sort du pauvre G. M. avait tout simplement éveillé en moi des préoccupations relatives à une autre personne, qui m'était très proche et qui souffrait d'une maladie à certains égards analogue à celle de G. M.