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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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«Dép. Lattmann (national allemand): Dans cette question de l'adresse, nous devons nous placer sur le terrain de l'ordre du jour de nos travaux. Aussi le Reichstag a-t-il le droit de faire parvenir à l'Empereur une adresse de ce genre. Nous croyons que l'unité des désirs et des idées du peuple allemand exige aussi que nous soyons d'accord sur les vérités que nous voulons faire connaître à l'empereur et, si nous devons le faire en tenant compte de nos sentiments monarchiques, nous sommes également en droit de le faire l'échine courbée (rückgratlos). (Hilarité bruyante qui dure plusieurs minutes.) Messieurs, je voulais dire non (d'échine courbée» (rückgratlos), mais «sans ménagements» (rückhaltlos) et nous voulons espérer que, dans les moments pénibles que nous traversons, l'Empereur voudra bien prendre en considération cette manifestation franche et sincère de son peuple.»

Le journal Vorwaerts n'a pas manqué, dans son numéro du 12 Novembre 1906, de relever la signification psychologique de ce lapsus:

«L'échine courbée devant le trône impérial.»

«Jamais un député n'a aussi bien caractérisé, par un aveu involontaire, sa propre attitude et l'attitude de la majorité parlementaire à l'égard du monarque, que le fit l'antisémite Lattmann qui, le deuxième jour de l'interpellation, déclara dans un accès de pathos solennel que lui et ses amis voulaient dire la vérité au Kaiser, l'échine courbée (rückgratlos).

«La bruyante hilarité qu'avaient provoquée ses paroles a étouffé la suite du discours de ce malheureux qui se mit à balbutier, pour s'excuser et assurer qu'il voulait dire «sans ménagements» (rückhaltlos)».

Nous trouvons dans Wallenstein (Piccolomini, I, 5) un joli exemple de lapsus ayant pour but, moins de souligner l'aveu de celui qui parle, que d'orienter l'auditeur qui se trouve hors de la scène. Cet exemple nous montre que le poète qui se sert de ce moyen connaissait bien le mécanisme et la signification du lapsus. Dans la scène précédente, Max Piccolomini avait passionnément pris parti pour le duc, en exaltant les bienfaits de la paix, dont il a eu la révélation au cours du voyage qu'il a fait pour accompagner au camp la fille de Wallenstein. Il laisse son père et l'envoyé de la cour dans la plus profonde consternation. Et la scène se poursuit:

QUESTENBERG. – Malheur à nous! Où en sommes-nous, amis? Et le laisserons-nous partir avec cette chimère, sans le rappeler et sans lui ouvrir immédiatement les yeux?

OCTAVIO (tiré d'une profonde réflexion). – Les miens sont ouverts et ce que je vois est loin de me réjouir.

QUESTENBERG. – De quoi s'agit-il, ami?

OCTAVIO. – Maudit soit ce voyage!

QUESTENBERG. – Pourquoi? Qu'y a-t-il?

OcTAvio. – Venez! Il faut que je suive sans tarder la malheureuse trace, que je voie de mes yeux… Venez! (Il veut l'emmener.)

QUESTENBERG. – Qu'avez-vous? Où voulez-vous aller?

OCTAVIO (pressé). – Vers elle!

QUESTENBERG. – Vers…

OCTAVIO (se reprenant). – Vers le duc! Allons! etc.

Ce petit lapsus: «vers elle», au lieu de «vers lui», est fait pour nous révéler que le père a deviné la raison du parti pris par son fils, pendant que le courtisan se plaint de «ne rien comprendre à toutes ces énigme».

M. Otto Rank a trouvé dans le Marchand de Venise, de Shakespeare, un autre exemple d'utilisation poétique du lapsus. Je cite la communication de Rank d'après Zentralbl.f Psychoanalyse, I, 3:

«On trouve dans le Marchand de Venise, de Shakespeare (troisième acte, scène II), un cas de lapsus très finement motivé au point de vue poétique et d'une brillante mise en valeur au point de vue technique; comme l'exemple relevé par Freud dans Wallenstein, il prouve que les poètes connaissent bien le mécanisme et le sens de cet acte manqué et supposent chez l'auditeur sa compréhension. Contrainte par son père à choisir un époux par le tirage au sort, Portia a réussi jusqu'ici à échapper par un heureux hasard à tous les prétendants qui ne lui agréaient pas. Ayant enfin trouvé en Bassanio celui qui lui plaît, elle doit craindre qu'il ne tire lui aussi le mauvais lot. Elle voudrait donc lui dire que même alors il pourrait être sûr de son amour, mais le vœu qu'elle a fait l'empêche de le lui faire savoir. Alors qu'elle est en proie à cette lutte intérieure, le poète lui fait dire au prétendant qui lui est cher.

«Je vous en prie: restez; demeurez un jour ou deux, avant de vous en rapporter au hasard, car si votre choix est mauvais, je perdrai votre société. Attendez donc. Quelque chose me dit (mais ce n'est pas l'amour) que j'aurais du regret à vous perdre… Je pourrais vous guider, de façon à vous apprendre à bien choisir, mais je serais parjure, et je ne le voudrais pas. Et c'est ainsi que vous pourriez ne pas m'avoir; et alors vous me feriez regretter de ne pas avoir commis le péché d'être parjure. Oh, ces yeux qui m'ont troublée et partagée en deux moitiés: l'une qui vous appartient, l'autre qui est à vous… qui est à moi, voulais-je dire. Mais si elle m'appartient, elle est également à vous, et ainsi vous m'avez tout entière.»

«Cette chose, à laquelle elle aurait voulu seulement faire une légère allusion, parce qu'au fond elle aurait dû la taire, à savoir qu'avant même le choix elle était à lui tout entière et l'aimait, l'auteur, avec une admirable finesse psychologique, la laisse se révéler dans le lapsus et sait par cet artifice calmer l'intolérable incertitude de l'amant, ainsi que l'angoisse également intense des spectateurs quant à l'issue du choix.»

Étant donné l'intérêt que présente cette adhésion de grands poètes à notre manière d'envisager le lapsus, je crois opportun de citer, d'après M. E. Jones [38], un troisième exemple de ce genre:

«Dans un article récemment publié, Otto Rank [39] attire l'attention sur un joli exemple dans lequel Shakespeare fait commettre à un de ses personnages, Portia, un lapsus par lequel elle révèle sa pensée secrète à un auditeur attentif. Je me propose de rapporter un exemple analogue, emprunté à l'un des chefs-d'œuvre du romancier anglais George Meredith, intitulé The Egoist. Voici, brièvement résumée, l'action du roman: Sir Willoughby Patterne, un aristocrate très admiré par ses pairs, devient le fiancé d'une Miss Konstantia Durham. Elle découvre chez lui un égoïsme extraordinaire qu'il a cependant toujours réussi à dissimuler devant le monde et, pour échapper au mariage, elle se sauve avec un capitaine nommé Oxford. Quelques années plus tard, le même aristocrate devient le fiancé de Miss Klara Middleton. La plus grande partie du livre est consacrée à la description détaillée du conflit qui surgit dans l'âme de Miss Klara Middleton, lorsqu'elle découvre dans le caractère de son fiancé le même trait dominant. Des circonstances extérieures et le sentiment d'honneur l'enchaînent à la parole donnée, alors que le fiancé lui inspire un mépris de plus en plus profond. Elle se confie en partie à Vernon Whitford (qu'elle finira d'ailleurs par épouser), cousin et secrétaire de son fiancé. Mais celui-ci, par loyauté à l'égard de Patterne et pour d'autres raisons, se tient sur la réserve.

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