Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
La fille. – Tu vois bien: je suis déjà prête, et toi, tu ne l'es pas encore.
La mère. – C'est que tu n'as qu'une blouse et moi, j'ai douze ongles.
La fille. – Comment?
La mère (impatiente). – Mais naturellement, puisque j'ai douze doigts.
«À un collègue qui assiste à ce récit et qui lui demande quelle idée éveille en elle le nombre douze, elle répond aussi promptement que résolument: «Le nombre douze ne constitue pas pour moi une date (significative).»
«Doigts éveillent, après une légère hésitation, cette association: «Dans la famille de mon mari, on a six orteils aux pieds. Dès que nos enfants venaient au monde, on s'empressait de s'assurer s'ils n'avaient pas six orteils.» Pour des raisons extérieures, l'analyse n'a pas été poussée plus loin ce soir-là.
«Le lendemain matin, 12 décembre, la dame revient me voir et me dit, visiblement émue: «Imaginez-vous ce qui m'est arrivé: c'est aujourd'hui l'anniversaire de l'oncle de mon mari; depuis 20 ans, je ne manque pas de lui écrire la veille, 11 décembre, pour lui adresser mes vœux; cette fois j'ai oublié de le faire, ce qui m'a obligé à envoyer un télégramme.»
«Je me rappelle et je rappelle à la dame avec quelle assurance elle a répondu la veille à mon collègue que le «douze» ne constituait pas pour elle une date significative, alors que sa question était de nature à lui rappeler le jour de l'anniversaire de l'oncle.
«Elle avoue alors que cet oncle de son mari est un oncle à héritage, qu'elle a toujours compté sur cet héritage, mais qu'elle y songe plus particulièrement dans sa situation actuelle, très gênée au point de vue financier.
«C'est ainsi qu'elle a tout de suite pensé à son oncle et à sa mort, lorsqu'une de ses amies lui a prédit, il y a quelques jours, d'après les cartes, qu'elle aurait bientôt beaucoup d'argent. L'idée lui vint aussitôt que l'oncle était le seul de qui elle et ses enfants pouvaient recevoir de l'argent; et elle se rappela instantanément au cours de cette scène que déjà la femme de cet oncle avait promis de laisser quelque chose à ses enfants; mais elle était morte, sans laisser de testament, et il était possible qu'elle ait chargé son mari de faire le nécessaire.
«Son désir de voir l'oncle mourir devait être intense puisqu'elle dit à l'amie qui lui tirait les cartes: «Vous êtes capable de pousser les gens au meurtre.»
«Pendant les quatre ou cinq jours qui se sont écoulés entre la prédiction et l'anniversaire de l'oncle, elle a cherché dans les journaux de la ville où réside ce dernier, un avis faisant part de son décès.
«Rien d'étonnant qu'en présence de cet intense désir de mort, le fait et la date de l'anniversaire de l'oncle aient subi un refoulement tellement fort que la dame a non seulement oublié un geste qu'elle accomplissait régulièrement depuis des années, mais que son souvenir n'a pas été réveillé par la question de mon collègue.
«Le douze refoulé s'est frayé la voie à la faveur du lapsus «douze doigts» et a ainsi contribué à déterminer l'acte manqué.
«Je dis contribué, car la bizarre association évoquée par le mot «doigt» nous laisse soupçonner d'autres motifs encore; elle nous explique aussi pourquoi le chiffre douze était venu fausser la phrase si inoffensive dans laquelle il devait être question de dix doigts.
«Voici quelle était cette association: dans la famille de mon mari on a six doigts aux pieds.
«Six orteils constituent une certaine anomalie; un enfant qui a six doigts est donc un enfant anormal et deux fois six (douze) doigts font deux enfants anormaux.
«Tel est en effet le cas de cette dame.
«Mariée jeune, elle a eu de son mari, qui était un homme excentrique, anormal et qui se suicida peu d'années après le mariage, deux enfants que plusieurs médecins ont reconnus comme ayant une hérédité chargée et comme étant anormaux.
«La fille aînée vient de rentrer à la maison, après un grave accès catatonique; peu de temps après, la plus jeune, à l'âge de la puberté, se trouve atteinte à son tour d'une grave névrose.
«Le fait que l'état anormal des enfants se trouve rapproché du souhait de mort à l'égard de l'oncle, pour se fondre avec cet élément plus fortement refoulé et possédant une valence psychique plus grande, nous permet d'entrevoir dans le souhait de mort à l'égard de ces enfants anormaux une autre cause déterminante du lapsus.
«L'importance prédominante du chiffre douze à propos du souhait de mort, ressort encore du fait que, dans la représentation de la dame, l'anniversaire de l'oncle est étroitement associé à l'idée de la mort. Son mari s'était suicidé le 13, donc le lendemain de l'anniversaire du même oncle, dont la femme a dit à celle qui était devenue si subitement veuve: «Et dire qu'hier encore, en venant présenter ses vœux, il était si cordial et aimable; tandis qu'aujourd'hui!…»
«J'ajouterai encore que la dame avait plus d'une raison réelle de souhaiter la mort des enfants qui ne lui procuraient aucune joie, mais étaient pour elle une source de chagrins et une cause de contrainte, puisque leur présence lui imposait un veuvage obligatoire et le renoncement à toute liaison amoureuse.
«Cette fois encore, elle se donnait une peine inouïe pour éviter à sa fille, avec laquelle elle se proposait de faire une visite, tout prétexte de mauvaise humour; et l'on sait ce que cela représente de patience et de dévouement, lorsqu'il s'agit d'une démence précoce, et combien de mouvements de révolte il faut réprimer pour ne pas faillir à la tâche.
«Le sens du lapsus dont nous nous occupons serait donc celui-ci:
«Que l'oncle meure, que les enfants anormaux meurent (bref, que toute la famille anormale disparaisse), mais que j'hérite de leur argent.
«Cet acte manqué présente, à mon avis, certains caractères qu'on ne retrouve pas souvent dans la structure d'un lapsus, à savoir:
1º L'existence de deux déterminantes, condensées en un seul élément.
2º L'existence de ces deux déterminantes se reflète dans le dédoublement du lapsus (douze ongles, douze doigts).
3º Une des significations du chiffre douze, à savoir l'idée des douze doigts exprimant l'état anormal des enfants, correspond à une représentation indirecte; l'anomalie psychique est représentée ici par une anomalie physique, le supérieur par l'inférieur.
6. Erreurs de lecture et d’écriture
Il existe, entre les lapsus, d'une part, les erreurs de lecture et d'écriture, d'autre part, une affinité telle que les points de vue adoptés et les remarques formulées concernant les premiers s'appliquent parfaitement à ces dernières. Aussi me bornerai-je à rapporter quelques exemples de ces erreurs, soigneusement analysés, sans embrasser l'ensemble des phénomènes.
A. Erreurs de lecture
a) Je feuillette au café un numéro des Leipziger Illustrierte, que je tiens obliquement devant moi, et je lis au-dessous d'une image couvrant une page entière la légende suivante: «Un mariage dans l'Odyssée (IN DER ODYSSEE)». Intrigué et étonné, je rapproche la revue et je corrige: «Un mariage sur la Baltique (AN DER OSTSEE).». Comment ai-je pu commettre cette absurde erreur? Je pense aussitôt à un livre de Ruth «Recherches expérimentales sur les fantômes musicaux, etc.», qui m'avait beaucoup intéressé ces derniers temps, parce qu'il touche aux problèmes psychologiques dont je m'occupe. L'auteur annonce la publication d'un livre qui aura pour titre: Analyse et lois fondamentales des phénomènes relatifs aux rêves. Rien d'étonnant si, venant de publier une «Science des rêves», j'attends avec la plus grande impatience la parution du livre annoncé par Ruth. Dans la table des matières de son ouvrage sur les «fantômes musicaux», je trouve un paragraphe relatif à la démonstration détaillée du fait que les mythes et légendes de la Grèce antique ont leur source dans des fantômes du sommeil, dans des fantômes musicaux, dans des phénomènes se rattachant aux rêves et dans des délires. Je consulte aussitôt le texte, afin de m'assurer si l'auteur fait également remonter à un simple rêve de nudité la scène où Ulysse apparaît devant Nausicaa. Un ami avait attiré mon attention sur le beau passage de Henri le Vert, dans lequel G. Keller décrit cet épisode de l'Odyssée comme une objectivation des rêves du navigateur errant loin de sa patrie, et j'ai, de mon côté, ajouté à cette interprétation la relation qui existe à mon avis entre cette scène et le rêve ayant pour contenu l'exhibition d'une nudité (5e édit., p. 170). Chez Ruth, je n'ai rien trouvé d'une telle explication. Il est évident que ces questions me préoccupaient tout particulièrement dans ce cas.