Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
b) Je reçois les épreuves d'un article destiné au Jahresbericht für Neurologie und Psychiatrie et dois naturellement revoir avec le plus grand soin les noms d'auteurs, parmi lesquels il y a beaucoup de noms étrangers, particulièrement difficiles à déchiffrer et à composer. Je trouve, en effet, pas mal de corrections à faire, mais, chose étonnante, un des noms a été corrigé par le compositeur lui-même, à l'encontre du manuscrit, et bien corrigé. Il a notamment composé Burckhard, à la place du nom Buckrhard qui figurait dans le manuscrit. Mon article contenait un éloge mérité à l'adresse d'un accoucheur, M. Burckhard, pour un travail qu'il avait fait sur l'influence de l'accouchement sur la production des paralysies infantiles. C'était d'ailleurs tout ce que je savais au sujet de cet auteur. Mais Burckhard était également le nom d'un écrivain viennois dont la critique inintelligente de mon livre sur la Science des rêves m'avait fortement mécontenté. Ce fut comme si, en écrivant le nom de Burckhard l'accoucheur, j'avais voulu exhaler mon mécontentement contre Burckhard l'écrivain, car la déformation de noms signifie très souvent le mépris, ainsi que je l'ai fait remarquer à propos des lapsus [48].
c) Cette remarque trouve une confirmation dans une belle observation que M. A. J. Storfer a faite sur lui-même et dans laquelle l'auteur met à nu, avec une franchise louable, les motifs qui l'ont poussé à reproduire inexactement et à écrire incorrectement le nom d'un concurrent présumé (Internat. Zeitschr. f. Psychoanalyse, Il, 1914).
Déformation obstinée d'un nom
«En décembre 1910, j'aperçus dans la vitrine d'une librairie zurichoise le livre nouvellement paru du Dr Édouard Hitschmann sur la théorie freudienne des névroses. Je travaillais alors précisément à une conférence que je devais faire dans une association académique, sur les fondements de la psychologie freudienne. Dans l'introduction, que je venais de terminer, j'insistais sur les rapports historiques qui existent entre la psychologie freudienne et les recherches expérimentales, sur les difficultés qui, de ce fait, s'opposent à un exposé synthétique des fondements de cette théorie et sur le fait qu'aucun exposé synthétique de ce genre n'existait encore. En voyant dans la vitrine le livre de E. Hitschmann (qui était alors pour moi un auteur inconnu) je n'avais pas pensé tout d'abord à l'acheter. Mais lorsque je m'y décidai quelques jours plus tard, le livre n'était plus dans la vitrine. En demandant au libraire le livre en question, je lui donnai comme nom d'auteur:«Dr Édouard Hartmann.» Le libraire me corrigea: «vous voulez dire Hitschmann», et m'apporta le livre.
Le motif inconscient de mon erreur était évident. Je me faisais jusqu'à un certain point un mérite d'avoir conçu un exposé synthétique des théories psychanalytiques, et le livre de Hitschmann, qui me semblait de nature à diminuer mon mérite, m'inspirait de la jalousie et de la contrariété. La déformation du nom est une expression d'hostilité interne, me suis-je dit, d'après la Psychopathologie de la vie quotidienne. Et cette explication m'avait suffi sur le moment.
«Quelques semaines plus tard, je revins sur cet acte manqué. À cette occasion, je me suis demandé pourquoi j'avais transformé Édouard Hitschmann en Édouard Hartmann. Était-ce à cause de la simple ressemblance avec le nom du célèbre philosophe? Ma première association fut le souvenir d'un jugement que j'avais entendu formuler un jour par le professeur Hugo Metzl, un partisan enthousiaste de Schopenhauer: «Édouard Y. Hartmann n'est qu'un Schopenhauer défiguré, retourné.» La tendance affective qui a déterminé chez moi la substitution du nom de Hartmann au nom oublié de Hitschmann fut donc la suivante: «Oh, ce Hitschmann et son exposé synthétique ne valent pas bien cher; il est à Freud ce que Hartmann est à Schopenhauer.»
«J'ai noté ce cas d'oubli déterminé, ainsi que l'idée de substitution qui m'a suggéré à la place du vrai nom un nom n'ayant avec celui-ci aucun rapport apparent.
«Six mois plus tard, ayant l'occasion de revoir la feuille sur laquelle j'avais consigné ce cas, je constate que j'ai écrit partout Hintschmann, au lieu de Hitschmann.»
d) Voici un cas de lapsus calami beaucoup plus sérieux et qui pourrait tout aussi bien être rangé parmi les «méprises». J'ai l'intention de retirer de la Caisse d'épargne postale une somme de 300 couronnes pour l'envoyer à un parent auquel un traitement thermal a été prescrit. Je m'aperçois que mon compte se monte à 4380 couronnes et je me propose de le réduire à la somme ronde de 4000 couronnes, qui ne devra plus être entamée de sitôt. Après avoir établi régulièrement le chèque et indiqué les chiffres qui doivent représenter la somme correspondante, je m'aperçois subitement que ce n'est pas 380 couronnes que je réclame, mais 438, et je suis effrayé de mon erreur. Je me rends cependant compte qu'il n'y a pas de quoi s'effrayer car le fait de retirer 438 couronnes, au lieu de 380, ne me rendra pas plus pauvre. Mais il me faut quelques longs instants pour découvrir l'influence qui, sans se manifester à ma conscience, est venue troubler ma première intention. Je commence par faire fausse route. je fais la soustraction 438-380, mais ne sais que faire de la différence. 438 couronnes représentent cependant les 10% de mon dépôt total, qui est de 4380 couronnes! Or, chez le libraire on a 10% de réduction. Je me rappelle avoir réuni, plusieurs jours auparavant, un certain nombre d'ouvrages de médecine qui ne m'intéressaient plus, pour les offrir au libraire pour le prix total de 300 couronnes. Il trouva ce prix trop élevé et me promit la réponse pour bientôt. S'il accepte ma proposition, je récupérerai la somme que j'aurai dépensée pour le malade. Il est évident que cette dépense me tourmente. L'émotion que j'ai éprouvée, en m'apercevant de mon erreur, se laisse mieux expliquer par la crainte de m'appauvrir, de me ruiner par de telles dépenses. Mais aussi bien le regret d'avoir fait la dépense que la crainte d'appauvrissement qui s'y rattache sont étrangers à ma pensée consciente; je n'ai éprouvé aucun regret en promettant la somme en question, et les raisons qu'on pourrait me citer pour en prouver la réalité me paraîtraient ridicules. Je ne me croirais pas capable de sentiments pareils, si la pratique de la psychanalyse sur des malades ne m'avait familiarisé avec les refoulements, les répressions psychiques et si je n'avais fait quelques jours auparavant un rêve justiciable de la même explication [49].