Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites
- Автор: Леви Марк
- Год: 2008
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-0-320-08209-2
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites». Краткое содержание книги:
*
Sac à l'épaule, Julia traversa le hall et marcha d’un pas décidé vers la réception. Le concierge abandonna son comptoir pour venir aussitôt à sa rencontre.
– Madame Walsh ! Dit-il en ouvrant grand les bras.
Monsieur vous attend dehors, la limousine que nous avons commandée est un peu en retard, les embouteillages sont épouvantables aujourd'hui.
– Merci, répondit Julia.
– Je suis désolé, Madame Walsh, que vous nous quittiez prématurément, j'espère que la qualité de notre 158
service n'est en rien responsable de ce départ ? questionna-t-il, contrit.
– Vos croissant son épatant ! répliqua Julia du tac au tac. Et une fois pour toutes, ce n'est pas madame, mais mademoiselle !
Elle sortit de l'hôtel et repéra Anthony qui attendait sur le trottoir.
– La voiture ne devrait pas tarder, dit-il, tient la voilà.
Une Lincoln noire se rangea à leur hauteur. Avant de descendre pour les accueillir, le chauffeur actionna l'ouverture de la malle arrière. Julien ouvrit la portière est pris place sur la banquette. Pendant que le bagagiste dis-posait leurs deux sacs, Anthony contourna le véhicule.
Un taxi klaxonna, à quelques centimètres près il le ren-versait.
*
– Ces gens qui ne font pas attention ! râla le chauffeur en se garant en double file devant l'hôtel Saint-Paul.
Adam lui tendit une poignée de dollars et, sans attendre sa monnaie, se précipita vers les portes à tambour.
Il se présenta à l'accueil et demanda la chambre de Melle Walsh.
À l'extérieur, une limousine noire patientait, le temps qu'un taxi veuille bien démarrer. Le chauffeur du véhicule qu'il la bloquait comptait ses billets et ne semblait pas du tout pressé.
– Monsieur et Madame Walsh ont déjà quitté l'hôtel, répondit, désolée, la réceptionniste à Adam.
– Monsieur et Madame Walsh ? Répéta ce dernier en insistant longuement sur le mot « Monsieur ».
Le concierge leva les yeux au ciel et se présenta à lui.
– Puis-je vous aider ? demanda-t-il, fébrile.
– Est-ce que ma femme était dans votre hôtel cette nuit ?
– Votre femme ? demanda le concierge en jetant un regard par-dessus l'épaule d'Adam.
La limousine ne démarrait toujours pas.
– Mlle Walsh !
– Mademoiselle était bien parmi nous la nuit dernière, mais elle est repartie.
– Seule ?
– Je ne crois pas l’avoir vue accompagnée, répondit le concierge de plus en plus embarrassé.
Un concert de klaxons fit se retourner Adam en direction de la rue.
–Monsieur ? Intervint le concierge pour attirer de nouveau son attention à lui. Pouvons-nous vous offrir une collation, peut-être ?
– Votre réceptionniste vient de me dire que Monsieur et Madame Walsh avait quitté votre établissement !
Cela fait deux personnes, elle était seule ou pas ? Insista Adam d'un ton ferme.
– Notre collaboratrice se sera trompée, affirma le concierge en fustigeant la jeune femme du regard nous avons beaucoup de clients... Un café, un thé peut-être ?
– Il y a longtemps qu'elle est partie ?
À nouveau, le concierge jeta un regard discret vers la rue. La limousine noire déboîtait enfin. Il soupira de soulagement en la voyant s'éloigner.
– Un bon moment, je pense, répondit-il. Nous avons d'excellents jus de fruits ! Laissez-moi vous conduire à la salle des petits déjeuners, vous êtes mon invité.
13.
Ils n'échangèrent pas un mot du voyage. Julia avait le nez collé au hublot.
*
Chaque fois que je prenais l'avion, je guettais ton visage au milieu des nuages, imaginait chaque fois tes traits dans ses formes qui s'étiraient dans le ciel. Je t'avais écrit cent lettres, reçu cent de toi, deux par semaine qui passait. Nous nous étions juré de nous retrouver, dès que j'en aurai les moyens. Quand je n'étudiais pas, que je travaillais pour gagner de quoi revenir un jour vers toi. J'ai servi dans des restaurants, placer les gens dans des salles de cinéma, quand je ne distribuais pas des prospectus ; et chaque geste que j'accomplissais-je le faisait en pensant au matin où je me poserai enfin à Berlin, sur cet aéroport où tu m'attendrais.
Combien de nuit me suis-je endormie dans ton regard, dans la mémoire de ces éclats de rire qui nous pre-naient dans les rues de la ville grise ? Ta grand-mère me disait parfois, lorsque tu me laissais seule avec elle, ne 161
pas croire à notre amour. Qu'il ne durerait pas. Trop de différences entre nous, moi la fille de l'Ouest et toi le garçon de l'Est. Mais chaque fois que tu rentrais et me prenais dans tes bras, je la regardais par dessus ton 'épaule et lui souriait, certaine qu'elle avait tort. Quand mon père m'a fait monter de force dans la voiture qui attendait en bas de tes fenêtres, j'ai hurlé ton prénom, j'aurais voulu que tu l'entendes. Le soir où les informations ont annoncé l’« incident » de Kaboul qui avait emporté quatre journalistes, dont un Allemand j'ai su à l'instant même qu'il parlait de toi mon sang a quitté mon corps et dans ce restaurant où j'essuyais des verres derrière un vieux comptoir en bois, j'ai perdu connaissance le présentateur disait que votre véhicule avait sauté sur une mine oubliée par les troupes soviétiques. Comme si le destin avait voulu te rattraper, ne jamais te laisser partir vers ta liberté. Les journaux ne donnaient aucune précision, quatre victimes, cela suffit au monde ; qu'importe l'identité de ceux qui meurent, leurs vies, les noms de ceux qu’ils laissent dans l'absence. Mais je savais que c'était toi l’Allemand dont ils parlaient. Il m'a fallu deux jours pour réussir à joindre Knapp ; deux jours sans rien pouvoir avaler.
Et puis il m'a enfin rappelée ; au timbre de sa voix, j'ai compris sur l'instant qu'il avait perdu un ami, et moi celui que j'aimais. Son meilleur ami, disait-il sans cesse.
Il se sentait coupable de t'avoir aidé à devenir reporter ; et moi, l’âme en loques, je le consolais. Il t'avait offert d'être celui que tu voulais. Je lui disais combien tu te reprochais de n'avoir jamais su trouver les mots pour le remercier. Alors, Knapp et moi avons parlé de toi, pour que tu ne nous quittes pas tout à fait. C'est lui qui m'a dit que vos Corps ne serait jamais identifiés. Un témoin avait raconté que lorsque la mine avait explosé, votre camion avait été soufflé. Des morceaux de tôle épars jonchaient la chaussée sur des dizaines de mètres, et là où vous étiez morts, ne restaient plus qu’un cratère béant, une carcasse disloquée, témoins de l'absurdité des hommes et de leur cruauté. Knapp ne se pardonnait pas de t'avoir envoyé là-bas, en Afghanistan. Un remplacement de dernière minute, disait-il en sanglots. Si seulement tu ne t’étais pas trouvé auprès de lui quand il cherchait quelqu'un pour partir au plus tôt. Mais je réalisais qu'il t’avait offert là le plus beau cadeau que tu pouvais espérer. Désolé, désolé, répétait Knapp en hoquetant, et moi désespérée, j'étais incapable de verser une larme, pleurer m’aurait ôté un peu plus de toi. Je n'ai jamais pu raccrocher, Tomas, j'ai posé le combiné sur le comptoir, défait mon tablier et je suis sorti dans la rue. J'ai marché devant moi sans savoir où j'allais. Autour de moi, la ville vivait comme si de rien n'était.
Qui pouvait savoir ici que ce matin, dans la banlieue de Kaboul, un homme de trente ans qui s'appelait Tomas étaient morts en sautant sur une mine ? Qui s'en serait soucié ? Qui pouvait comprendre que je ne te reverrais plus, que mon monde à moi ne serait plus jamais le même ?
Je n'avais pas mangé depuis deux jours, je te l'ai dit ?