Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites
- Автор: Леви Марк
- Год: 2008
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-0-320-08209-2
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites». Краткое содержание книги:
Tu m’as entraînée aux portes du Altes Museum. L’édifice était un immense carré, mais, quand nous sommes entrés, l’espace intérieur avait la forme d’une rotonde. Je n’avais jamais vu pareille architecture, aussi étrange, 143
presque incroyable. Tu m’as conduite au centre de cette rotonde, fait faire un tour complet sur moi ; puis un second un autre encore et tu m’as forcée à tourner de plus en plus vite, jusqu’à ce que le vertige me prenne. Tu as stoppé ma valse folle en me serrant dans tes bras et tu as dit, voilà, c’est cela le romantisme allemand, un rond au milieu d’un carré, pour prouver que toutes les différences peuvent s’épouser. Et puis tu m’as emmenée voir le musée de Pergame.
*
– Alors, demanda Anthony, tu as revisité ce moment de bonheur ?
– Oui, répondit Julia les paupières toujours closes.
– Qui y voyais-tu ?
Elle rouvrit les yeux.
– Tu n’as pas à me donner la réponse, Julia, elle t’appartient. Je ne vivrai plus ta vie à ta place.
– Pourquoi fais-tu cela ?
– Parce que, chaque fois que je ferme les yeux, je revois le visage de ta mère.
– Tomas est apparut dans ce portrait qui lui ressemble, comme un fantôme, une ombre qui me disait d’aller en paix, que je pouvais me marier sans plus penser à lui, sans regrets. C’était un signe.
Anthony toussota.
– C’était juste une esquisse au fusain, bon sang ! Si je jette ma serviette au loin, qu’elle atteigne ou pas le porte-parapluie à l’entrée ne changera rien à rien. Que la dernière goutte de vin tombe ou pas dans le verre de cette femme à côté de nous ne la mariera pas dans l’année avec l’abruti avec qui elle dîne. Ne me regarde pas comme si j’étais un Martien, si cet imbécile ne parlait pas aussi fort à sa petite amie en essayant de l’impressionner, 144
je n’aurais pas entendu sa conversation depuis le début du dîner.
– Tu dis cela parce que tu n’as jamais cru aux signes de la vie ! Tu as bien trop besoin de tout contrôler !
– Les signes n’existent pas, Julia. J’ai lancé mille feuilles de papier roulées en boule dans la corbeille de mon bureau, certain que si j’atteignais la cible mon vœu se réaliserait ; mais l’appel que j’attendais ne venait jamais ! J’ai poussé le pari stupide jusqu’à me dire qu’il faudrait trois ou quatre buts d’affilée pour mériter la récompense ; en deux ans de pratique acharnée, je pouvais faire attérir une ramette de papier au centre d’une corbeille placée à dix mètres de distance, toujours rien. Un soir, trois clients importants m’accompagnaient à un dîner d’affaires, pendant que l’un de mes associés s’évertuait à leur lister tous les pays où nos filiales étaient implantées, je cherchais celui où devait se trouver la femme que j’attendais ; j’imaginais les rues où elle marchait en partant de chez elle au matin. En sortant du restaurant, l’un d’entre eux, un chinois, et ne me demande pas son nom s’il te plaît, m’a raconté une ravissante légende. Il paraît que si l’on saute au milieu d’une flaque d’eau où se reflète la pleine lune, son esprit vous emmène aussitôt auprès de ceux qui vous manquent. Tu aurais dû voir la tête de mon associé quand j’ai sauté à pied joints dans le caniveau. Mon client était trempé jusqu’au os, même son chapeau dégoulinait. Au lieu de m’excuser, je lui ai fait remarquer que son truc ne marchait pas ! La femme que je guettais n’était pas apparue. Alors, ne me parle pas de ces signes idiots auxquels on s’accroche lorsqu’on a perdu toute raison de croire en Dieu.
– Je t’interdis de dire des choses pareilles ! cria Julia. Petite, j’aurais sauté dans mille flaques, mille ruisseaux pour que tu rentres le soir. Il est trop tard pour me raconter ce genre d’histoires. Mon enfance est loin derrière moi !
Anthony Walsh regarda sa fille, l’air triste. Julia ne décolérait pas. Elle repoussa sa chaise, se leva et sortit du restaurant.
– Excusez-la, dit-il au garçon en déposant quelques billets sur la table. Je crois que c’est votre champagne, trop de bulles !
*
Ils rentrèrent à l'hôtel. Aucun mot ne vint troubler le silence de la nuit. Ils Remontèrent à travers les ruelles de la vieille ville. Julia ne marchait pas tout à fait droit. Parfois elle trébuchait sur un pavé qui dépassait de la chaussée. Anthony avançait aussitôt le bras pour la retenir, mais elle retrouvait son équilibre et repoussait son geste sans jamais le laisser la toucher.
– Je suis une femme heureuse ! Dit-elle en titubant.
Heureuses et parfaitement épanouies ! Je fais un métier que j'aime, je vis dans un appartement que j'aime, j'ai un meilleur ami que j'aime et je vais me marier avec un homme que j'aime ! Épanouie ! Répéta-t-elle en bafouil-lant.
Sa cheville vrilla, Julia se rattrape de justesse et se laissa glisser le long d'un réverbère.
– Et puis merde ! grommela-t-elle, assise sur le trottoir.
Julia ignora la main que lui tendait son père pour l'aider à se relever. Il s’agenouilla et s’assit à côté d'elle.
La ruelle était desserte et tous deux restèrent là, adossés aux lampadaires. Dix minutes passèrent et Anthony sortit un sachet de la poche de sa gabardine.
– Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
– Des bonbons.
Julia haussa les épaules et détourna la tête.
– Je crois qu'il y a deux ou trois oursons en chocolat qui se promène au fond... Aux dernières nouvelles ils jouaient avec un serpentin de réglisse.
Julia ne réagissait toujours pas, alors il fit mine de ranger les friandises dans sa poche, mais elle lui arracha le sachet des mains.
– Quand tu étais enfant, tu avais adopté un chat errant, dit Anthony pendant que Julia avalait un troisième ourson. Tu l'aimais beaucoup, lui aussi, jusqu'à ce qu'il reparte au bout de huit jours. Veux-tu que nous rentrions maintenant ?
– Non, répondit Julia en mâchouillant.
Une carriole attelée à un cheval roux passa devant eux. Anthony salua le cocher d'un signe de la main.
*
Ils arrivèrent à l'hôtel une heure plus tard. Julia traversa le hall et emprunta l’ascenseur de droite tandis qu'Anthony montait dans celui de gauche. Ils se retrouvèrent sur le palier du dernier étage, parcoururent côte à côte le couloir jusqu'à la porte de la suite nuptiale, où Anthony céda le passage à sa fille. Elle se rendit directement à sa chambre et Anthony entra dans la sienne.
Julia se jeta aussitôt sur le lit et fouilla dans son sac pour y trouver son téléphone portable. Elle regarda l'heure à sa montre et appela Adam. Elle tomba sur sa messagerie vocale, attendit la fin du message et raccrocha avant la fatidique petite sonnerie. Elle composa le numéro de Stanley.
– Je vois que tu es en forme.
– Tu me manques drôlement, tu sais.
– Je n'en avais pas la moindre idée. Alors, ce voyage ?
– Je pense que je vais rentrer demain.
– Déjà ? Tu as trouvé ce que tu cherchais ?
– L'essentiel, je crois.
– Adam sort à l'instant de chez moi, annonça Stanley d’une voix sentencieuse.
– Il est venu te voir ?
– C'est exactement ce que je viens de te dire, tu as bu ?
– Un peu.
– Tu vas bien à ce point-là ?
– Mais oui ! Qu'est-ce que vous avez tous à vouloir que j'aille mal ?
– En ce qui me concerne, je suis tout seul !
– Qu'est ce qu'il voulait ?
– Parler de toi j'imagine, à moins qu'il ne soit en train de virer de bord ; mais dans ce cas-là, il aura perdu sa soirée, il n'est pas du tout mon genre.
– Adam est venu te parler de moi ?
– Non, il est venu pour que je lui parle de toi. C'est ce que font les gens quand la personne qu’ils aiment leur manque.