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Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites

Электронная книга - «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites». Краткое содержание книги:

Marc Levy a publié neuf romans : Et si c’était vrai… (2000), Ou es-tu ? (2001), Sept jours pour une éternité… (2003), La prochaine fois (2004), Vous revoir (2005), Mes amis Mes amours (2006), Les enfants de la liberté (2007), Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites (2008) et Le premier jour (2009). Traduit dans le monde entier, adapté au cinéma, Marc Levy est depuis neuf ans l’auteur français le plus lu dans le monde.
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Julia profita de ce qu'Anthony lui avait tourné le dos pour lui soutirer d'un geste sec le rouleau qu'il tenait entre ses mains.

Elle défie le ruban et déroula la feuille de papier. Le visage de Tomas lui souriait à nouveau.

– Quand l’as-tu acheté ? demanda-t-elle.

– Hier, lorsque nous avons quitté le débarcadère. Tu marchais devant moi me prêter attention. J'avais donné 153

un généreux pourboire à la dessinatrice, elle m'a dit que je pouvais le prendre, le client n'en avait pas voulu et elle n'en ferait rien.

– Pourquoi ?

– J'ai pensé que cela te ferait plaisir, tu as passé tellement de temps à le regarder.

– Je te demande pourquoi tu l'as vraiment acheté, insista Julia.

Anthony s'assit dans le canapé, fixant sa fille.

– Parce qu'il faut que nous parlions. J'espérais que nous n'aurions jamais à en discuter et j'avoue que j'ai hésité à aborder ce sujet. Je n'imaginais d'ailleurs pas une seule seconde que notre escapade m'amènerait à cela et risquerait de s’en trouver compromise, car j'anticipe déjà ta réaction ; mais puisque les signes, comme tu le dis si bien, me montre la voie... Alors il faut que je t'avoue quelque chose.

– Arrête tes simagrées et va droit au but, dit-elle d'un ton cassant.

– Julia, je crois que Tomas n'est pas tout à fait mort.

*

Adam enrageait. Il avait voyagé sans bagage pour sortir au plus vite de l'aéroport, mais les passagers d'un 747 en provenance du Japon avaient déjà envahi les guichets de la douane. Il regarda sa montre. La file qui s’étendait devant lui laissait envisager une bonne ving-taine de minutes avant de pouvoir sauter dans un taxi.

« Sumimasen ! » Ce mot ressurgit de sa mémoire à point nommé. Son correspondant dans une maison d'édition japonaise l'employait si souvent qu'Adam en avait conclu que s'excuser étaient probablement une tradition nationale. « Sumimasen, excusez-moi », répéta-t-il dix fois en se faufilant entre les passagers du vol de la JAL ; et dix Sumimasen plus tard, Adam réussissait à présenter son passeport à l'officier des douanes canadiennes qui le tamponna et le lui rendit aussitôt. Faisant fi de l'interdiction d'utiliser les téléphones portables jusqu'à la sortie de la zone de délivrance des bagages, il récupéra le sien dans la poche de sa veste, l’alluma et composa le numéro de Julia.

*

– Je crois bien que c’est la sonnerie de ton téléphone, tu as dû le laisser dans ta chambre, dit Anthony d’une voix embarrassée.

– Ne change pas de sujet. Qu’entends-tu exactement par « pas tout à fait mort » ?

– Vivant serait un terme qui conviendrait aussi…

– Tomas est en vie ?questionna Julia, chancelante.

Anthony acquiesça d’un hochement de tête.

– Comment le sais-tu ?

– A cause de sa lettre ; d’ordinaire, les gens qui ne sont plus de ce monde ne peuvent pas écrire. A part moi, remarque… Je n’y avais pas pensé, mais c’est encore une chose épatante…

– Quelle lettre ? demanda Julia.

– Celle que tu as reçue de lui six mois après son terrible accident. Elle était postée de Berlin, son nom figurait au dos de l’enveloppe

–Je n'ai jamais reçu de lettre de Tomas. Dis-moi que ce n'est pas vrai ? ! !

– Tu ne pouvais pas la recevoir puisque tu avais quitté la maison et je ne pouvais pas te la faire suivre puisque tu étais parti sans laisser d'adresse. J'imagine que cela fera quand même un bon motif supplémentaire a ajouter à ta liste.

– Quelle liste ?

– Celles des raisons pour lesquelles tu me détestais.

Julia se leva et repoussa la table du petit déjeuner.

– On n'avait dit pas d'imparfait entre nous, tu te souviens ? Alors tu peux mettre cette dernière phrase au présent, cria-t-elle en quittant le salon.

La porte de sa chambre claqua et Anthony, resté seul au milieu de la pièce, s'assit à la place qu'elle occupait.

– Quel gâchis ! Murmura-t-il en regardant la corbeille de viennoiseries.

*

Cette fois pas de tricherie possible dans la file d'attente des taxis. Une femme en uniforme indiquait à chaque passager le véhicule qui lui était assigné. Adam devrait attendre son tour. Il composa à nouveau le numéro de Julia.

*

– Éteint le ou décroche, c'est agaçant ! Dit Anthony en entrant dans la chambre de Julia.

– Sort d'ici !

– Julia ! C'était il y a presque vingt ans, bon sang !

– Et en presque vingt ans tu n'as jamais trouvé une occasion de m'en parler ? hurla-t-elle.

– En vingt ans, peu d'occasions de se parler se sont présentées à nous ! Répondit-il d'un ton autoritaire. Et quand bien même, je ne sais pas si je l'aurais fait ! À quoi bon ? Te donner un prétexte de plus pour interrompre ce que tu avais entrepris ? Tu avais un premier emploi à New York, un studio sur la 42e, un petit ami qui prenait des cours de théâtre, si je ne me trompe pas et puis un autre qui exposait ses horribles peintures dans le Queens, que tu as d'ailleurs quitté juste avant de changer d'em-ployeur et de coiffure, ou peut-être était-ce l'inverse ?

– Et comment étais-tu au courant de tout ça ?

– Ce n'est pas parce que ma vie ne t’as jamais intéressée, que je ne me suis pas toujours débrouillé poursuivre la tienne.

Anthony regarda longuement sa fille est repartit vers le salon. Elle rappela sur le pas de la porte.

– Tu l'avais ouverte ?

– Je ne me suis jamais permis de lire ton courrier, dit-il sans se retourner.

– Tu l’as conservée ?

– Elle est dans ta chambre, enfin, je parle de celle que tu occupais quand tu vivais à la maison. Je l'ai rangé dans le tiroir du bureau où tu étudiais, je pensais que c'était l'endroit où elle devrait t’attendre.

Coller Pourquoi ne m'as-tu rien dit quand je suis revenu à New York ?

– Et pourquoi as-tu attendu six mois pour me téléphoner après être rentrée à New York, Julia ? Et l’as-tu fait parce que tu avais deviné que je t'avais aperçue dans la vitrine de ce drugstore de SoHo ? Ou était-ce parce que que, après tant d'années d'absence sans me donner de tes nouvelles, je commençais enfin à te manqué un peu ? Si tu crois qu'entre nous deux j'ai toujours gagné la partie, tu te trompes.

– Parce que pour toi c'était un jeu ?

– Je ne l'espère pas, enfant tu étais très douée pour casser tes jouets.

Anthony déposa une enveloppe sur son lit.

– Je te laisse ceci, ajouta-t-il. J'aurais certainement dû t’en parler plus tôt, je n'en ai pas eu la possibilité.

– Qu’est-ce que c’est ? demanda Julia.

– Nos billets pour New York. Je les ai commandés au concierge de ce matin pendant que tu dormais. Je te l'ai dit, j'avais anticipé ta réaction et j'imagine que notre voyage s'arrête ici. Habille-toi, prends ton sac et rejoins-moi dans le hall. Je vais régler la note.

Anthony referma doucement la porte derrière lui en sortant.

*

L’autoroute était saturée, le taxi emprunta la rue Saint-Patrick. La circulation y était aussi dense. Le chauffeur proposa de récupérer la 720 un peu plus loin et de couper par le boulevard René Lévesque Adam se fichait éperdument de l'itinéraire, pourvu que ce soit le plus rapide. Le chauffeur soupira, son client avait beau s'impa-tienter, il ne pouvait rien faire de plus. Dans trente minutes, ils arriveraient à destination, peut-être moins si l'état du trafic s'améliorait une fois l'entrée de la ville passée.

Et dire que certains trouvaient que des taxis n'étaient pas aimables..., il augmenta le son de la radio pour mettre un terme à leur conversation.

Le toit d’une tour du quartier d'affaires de Montréal apparaissait déjà, l'hôtel n'était plus très loin.

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