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Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites

Электронная книга - «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites». Краткое содержание книги:

Marc Levy a publié neuf romans : Et si c’était vrai… (2000), Ou es-tu ? (2001), Sept jours pour une éternité… (2003), La prochaine fois (2004), Vous revoir (2005), Mes amis Mes amours (2006), Les enfants de la liberté (2007), Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites (2008) et Le premier jour (2009). Traduit dans le monde entier, adapté au cinéma, Marc Levy est depuis neuf ans l’auteur français le plus lu dans le monde.
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– Il y en a aucune à prendre, il est beaucoup trop tard maintenant. Combien de fois vais-je te le dire, tu devrais t’en réjouir, non ?

– Trop tard n’existe que lorsque les choses sont devenues définitives. Il est trop tard pour dire à ta mère tout ce que j’aurais voulu qu’elle sache avant de ma quitter et j’aurais tant aimé qu’elle m’écrive avant de perdre la raison. En ce qui nous concerne, toi et moi, trop tard ce sera samedi, quand je m’éteindrai comme un vulgaire jouet aux piles usées. Mais si Tomas est encore en vie, alors désolé de te contredire, non il n’est pas trop tard. Et si tu te souviens un tant soit peu de ta réaction quand tu as vu ce dessin hier, de ce qui nous a ramenés ici ce matin, alors ne va pas t’abriter derrière le prétexte qu’il est trop tard. Trouve-toi une autre excuse.

– Qu’est-ce que tu cherches exactement ?

– Moi rien. Toi en revanche, peut-être ton Tomas, à moins que… ?

– A moins que quoi ?

– Non rien, pardonne-moi, je parle, je parle, mais c’est toi qui a raison.

– C’est bien la première fois que je t’entends me dire que j’ai raison sur quelque chose, je serais curieuse de savoir de quoi il s’agit.

– Non, c’est inutile, je t’assure. Il est tellement plus facile de continuer à se lamenter, à pleurnicher sur ce qui aurait pu être. J’entends déjà tous les bla-bla usuels, « le destin en a voulu autrement, c’est ainsi » et je t’épargne les « tout est de la faute de mon père, il aura vraiment gâché ma vie ». Après tout, vivre dans le drame, c’est une façon d’exister comme une autre.

– Tu m’as fait peur ! J’ai cru une minute que tu me prenais au sérieux.

– Vu la façon dont tu te comportes, le risque était infime !

– Et quand bien même je crèverais d’envie d’écrire à Tomas, quand bien même je réussirais à retrouver une quelconque adresse, où lui poster ma lettre dix-sept ans après, je ne ferais pas ça à Adam, ce serait ignoble. Tu ne crois pas qu’il a eu son compte de mensonges pour la semaine ?

– Absolument ! répondit Anthony d’un air plus qu’ironique.

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

– Tu as raison. Mentir par omission c'est beaucoup mieux, bien plus honnête ! Et puis cela vous donnera l'occasion de partager quelque chose. Il ne sera plus le seul à qui tu auras menti.

– Et je peux savoir à qui tu penses ?

 À toi ! Chaque soir où tu te coucheras à ses côtés en ayant ne serait-ce qu'une toute petite pensée pour ton ami de l'Est, hop, un petit mensonge ; un minuscule instant de regrets, hop, un autre petit mensonge ; chaque fois que tu te poseras la question de savoir si finalement tu aurais dû retourner à Berlin pour en avoir le cœur net, hop, un troisième petit mensonge. Attends, laisse-moi calculer, j'ai toujours été doué en mathématiques ; disons trois petites pensées par semaine, deux souvenirs fulgu-rants et trois comparaisons entre Tomas et Adam, ça nous fait trois plus deux plus trois, qui nous font huit multiplié par cinquante-deux semaines, multipliées par trente années de vie commune, je sais, je suis optimiste, mais soit... Cela fait douze mille quatre cent quatre-vingts mensonges. Pas mal pour une vie de couple !

–Tu es content de toi ? demanda Julia en applaudis-sant cyniquement.

– Crois que vivre avec quelqu'un, sans être certains de ses propres sentiments, ce n'est pas un mensonge, une trahison ? As-tu la moindre idée de la tournure que prend la vie comme l'autre vous côtoie comme si l'on était devenu étranger ?

– Parce que toi tu le sais ?

–Ta mère m'appelait monsieur pendant les trois dernières années de son existence et, quand j'entrais dans sa chambre, elle m’indiquait où se trouvait W.C. en pensant que j'étais le plombier. Tu veux me prêter tes crayons pour que je te fasse un dessin ?

– Maman t’appelait vraiment monsieur ?

– Les bons jours oui, les mauvais, elle appelait la police parce qu'un inconnu était entré dans sa maison.

– Tu aurais vraiment voulu qu'elle t’écrive avant de... ?

– N’aie pas peur des mots justes. Avant de perdre la raison ? Avant de sombrer dans la folie ? La réponse est oui, mais nous ne sommes pas là pour parler de ta mère.

Anthony regarda longuement sa fille.

– Alors, il est bon ce miel ?

– Oui, dit-elle en croquant dans sa biscotte.

– Un peu plus ferme que d'habitude, n'est-ce pas ?

– Oui, un peu plus dur.

– Les abeilles sont devenues paresseuses quand tu as quitté cette maison.

– C'est une possibilité, dit-elle en souriant. Tu veux qu'on parle abeilles ?

– Pourquoi pas ?

– Elle t'a beaucoup manqué ?

– Évidemment, quelle question !

– C'était maman, la femme pour laquelle tu as sauté à pieds joints dans le caniveau ?

Anthony fouilla la poche intérieure de son veston pour en extraire une pochette il la fit glisser sur la table jusqu'à Julia.

– Qu'est-ce que c'est ?

– Deux billets pour Berlin, avec escale à Paris, il n’y a toujours pas de vol direct. Nous décollons à dix-sept heures, tu peux partir seule, ne pas y aller tu tout, ou je peux t'accompagner, c'est à toi de décider ; ça aussi c'est nouveau, n'est-ce pas ?

– Pourquoi fais-tu ça ?

– Qu’as-tu fait de ton bout de papier ?

– Quel papier ?

– Ce mot de Tomas que tu conservais toujours sur toi, et qui apparaissait comme par magie quand tu vidais t'es poche ; ce petit morceau de feuilles froissées qui chaque fois m'accusait du mal que je t'avais fait.

– Je l'ai perdu.

– Qu'est ce qu'il y avait écrit dessus ? Oh, et puis ne me répond pas, l'amour est d'une banalité affligeante. Tu l’as vraiment égaré ?

– Puisque je te le dis !

– Je ne te crois pas, ce genre de chose ne disparaisse jamais tout à fait. Elles ressortent un jours, du fond du cœur. Allez, file préparer ton sac.

Anthony se leva et quitta la pièce. Sur le pas de la porte, il se retourna.

– Dépêche-toi ; tu n'auras pas besoin de repasser chez toi ; s’il te manque des affaires nous en achèterons sur place. Nous n'avons plus beaucoup de temps, le je t'attends dehors, j'ai déjà commandé la voiture. J'ai comme une étrange sensation de déjà-vu en te disant cela, je me trompe ?

Et Julia entendit les pas de son père résonner dans le hall de la maison.

Elle prit sa tête entre ses mains et soupira. À travers ses doigts entrouverts, elle regardait le pot de miel sur la table.

Ce ne serait pas temps pour retrouver la trace de Tomas, mais pour poursuivre ce voyage avec son père, qu'il fallait qu'elle aille à Berlin. Et elle se jura le plus sincèrement du monde que ce n'était là ni un prétexte ni une excuse, et qu’Adam comprendrait certainement un jour.

De retour dans sa chambre, alors qu'elle récupérait son sac laissé au pied du lit, son regard se dirigea vers l'étagère.

Un livre d'histoire à la couverture grenat dépassait de la rangée. Elle hésita, le prit et fit glisser une enveloppe bleue qui y était cachée. Elle la rangea dans son bagage, referma la fenêtre et sortit de la pièce.

*

Anthony et Julia arrivèrent juste avant la fin de l'en-registrement. L'hôtesse leur délivra leurs cartes d'accès à bord et leur conseilla de se dépêcher. À cette heure avancée, elle ne pouvait plus garantir qu'ils arriveraient à la porte avant le dernier appel.

– Avec ma jambe, c'est foutu, déclara Anthony en la regardant, désolé.

– Vous avez des difficultés à vous déplacer, monsieur ? s'inquiéta la jeune femme.

– À mon âge, Mademoiselle, c'est hélas chose cou-rante, répondit-il fièrement en présentant le certificat qui attestait du port d'un pacemaker.

– Attendez ici, dit-elle en décrochant son téléphone.

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