Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites
- Автор: Леви Марк
- Год: 2008
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-0-320-08209-2
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites». Краткое содержание книги:
Stanley entendit la respiration de Julia dans le combiné.
– Il est triste, ma chérie. Je n'ai pas de sympathie particulière pour lui, je ne te l’ai jamais caché, mais je n'aime pas voir un homme malheureux.
– Pourquoi est-il triste ? demanda-t-elle d'une voix sincèrement désolée.
– Ou tu es devenue complètement conne, ou tu es vraiment bourrée ! Il est désespéré, que deux jours après l'annulation de son mariage, sa fiancée... Dieu que je déteste quand il t'appelle ainsi, c'est d'un ringard... Bref, ça finançait soit partie sans lui laisser d'adresse et donner d'explications à sa fuite. Cela te paraît suffisamment clair ou tu veux que je te Fedex un tube d'aspirine ?
– D'abord, je ne suis pas partie sans laisser d'adresse, et je suis passée le voir...
– Le Vermont ? Tu as osé lui dire que tu allais dans le Vermont ! Tu appelles ça une adresse ?
– Il y a un problème avec le Vermont ? questionna Julia d'une voix embarrassée.
– Non, enfin pas avant que je gaffe.
– Qu'est-ce que tu as fait ? demanda Julia en retenant son souffle.
– J'ai dit était à Montréal. Comment voulais-tu que j'imagine une ânerie pareille ! La prochaine fois que tu mens, préviens-moi, je te donnerai des leçons et aux moins nous accorderons nos violons.
– Et merde !
– Tu me l'enlèves de la bouche...
– Vous avez dîné ensemble ?
– Je lui ai fait un petit frichti de rien du tout...
– Stanley !
– Quoi ? Je n'allais pas en plus le laisser mourir de faim ! Je ne sais pas ce que tu trafiques à Montréal, ma chérie, ni avec qui, et j'ai bien compris que cela ne me regardait pas, mais s'il te plaît appelle Adam, c'est la moindre des choses.
– Ce n'est pas du tout ce que tu penses, Stanley.
– Qui t'a dit que je pensais ? Si cela peut te rassurer, je lui ai promis que son départ n'avait rien à voir avec vous deux, que tu étais parti sur les traces de ton père. Tu vois, pour mentir, il faut un certain talent !
– Mais je te jure que tu ne mentais pas !
– Et j'ai ajouté que sa mort t’avait secouée et qu'il était important pour votre couple que tu puisses refermer les portes de ton passé restées entrebâillées. Personne n'a besoin de courant d'air dans sa vie amoureuse, n'est-ce pas ?
À nouveau Julia se tut.
– Alors, où en es-tu de tes explorations sur l'histoire de papa Walsh ? Reprit Stanley.
– Je crois avoir découvert un peu plus de tout ce qui fait que je le déteste.
– Parfait ! Et quoi d'autre ?
– Peut-être un peu de ce qui faisait que je l'aimais.
– Et tu veux rentrer demain ?
– Je ne sais pas, il vaut sans doute mieux que je retrouve Adam.
– Avant que... ?
– Je suis allée me promener tout à l'heure, il y avait une portraitiste...
Julia raconta à Stanley la découverte faite sur le Vieux-Port de Montréal et, pour une fois, son ami il ne la gratifia pas de l'une de ses répliques cinglantes.
– Tu vois, il est temps que je revienne, n’est-ce pas ça ne me réussit pas de quitter New York. ? Et puis si je ne rentre pas demain, qui te portera chance ?
–Tu veux un vrai conseil ? Écrit sur une feuille de papier tout ce qui te passe par la tête, et fait exactement le contraire ! Bonne nuit, ma chérie.
Stanley avait raccroché. Julia abandonna son lit pour se rendre dans la salle de bains, elle n'entendit pas les pas feutrés de son père, qui regagnait sa chambre.
12.
Un ciel rougeoyant se levait sur Montréal. Le salon qui séparait les deux chambres de la suite baignait dans une lumière douce. On frappe à la porte, Anthony ouvrit au garçon de service d'étage et le laissa pousser le chariot au milieu de la pièce. Le jeune homme se proposa de dresser le couvert du petit déjeuner mais Anthony lui glissa quelques dollars dans la poche et pris les commandes de la desserte roulante. Le serveur repartit, Anthony veillait à ce que la porte ne fasse pas de bruit en se refermant. Il hésita entre la table basse et de guéridons près des fenêtres qui offraient un joli panorama. Il opta pour la vue et disposa avec mille précautions nappe, assiette, couverts, carafon de jus d'orange, bol de céréales, panier de viennoiseries, et une rose qui se dressait fièrement dans son soliflores. Il fit un pas en arrière, déplaça la fleur qu'il trouvait décentrée, le pot de lait qui serait mieux situé près de la corbeille de pains. Il déposa dans l'assiette de Julia un rouleau de papier orné d'un ruban rouge, et le recouvrît de la serviette de table. Cette fois, il s'écarta d'un bon mètre et vérifia l'harmonie de sa compo-sition. Après avoir resserré le nœud de sa cravate, il alla frapper délicatement à la chambre de sa fille et annonça que je le petit déjeuner de Madame était servi. Julia gro-gna et demanda l’heure qu'il était.
–L'heure de te lever ; le bus de ramassage scolaire passe dans quinze minutes, tu vas encore le rater !
Enfouie sous une couette qui remontait jusqu'à son nez, Julia ouvrit un œil et s'étira. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas dormi aussi profondément. Elle s'ébouriffa des cheveux, garda les yeux plissés le temps que sa vision s'accommode à la lumière du jour. Elle se leva d'un bond et se rassit sur le rebord du lit, saisie par un vertige. Le réveil posé sur la table de nuit indiquait huit heures.
– Pourquoi si tôt ? Grommela-t-elle en entrant dans la salle de bains.
Et tandis que Julia prenait sa douche, Anthony Walsh, assis dans un fauteuil du petit salon, contempla le ruban rouge qui dépassait de l'assiette et soupira.
*
Le vol Air Canada avait décollé à 7 h 10 de l'aéroport de Newark. La voix du commandant de bord grésilla dans les haut-parleurs pour annoncer le début de la descente vers Montréal. L'avion rejoindrait sa porte de débarquement à l'horaire prévu. Le chef de cabinet prit le relais pour réciter les consignes usuelles à respecter en vue de l'atterrissage. Adam s'étira dans la limite du possible. Il remonta sa tablette et regarda par le hublot. L'appareil survolait le Saint-Laurent. Au loin se dessinait les pourtours de la ville et l'on pouvait apercevoir les reliefs du Mont-Royal. Le MD-80s’ inclina, Adam resserra sa ceinture. À l'avant du poste de pilotage, les balises de la piste étaient déjà en vue.
*
Julia serra la ceinture de son peignoir et entra dans le petit salon. Elle contempla la table dressée et sourit à Anthony qui lui présentait une chaise.
– Je t'ai demandé du Earl Grey, dit-il en remplissant sa place. Le type du Room service m'a proposé du thé noir, du noir noir, du jaune, du blanc, du vert, du fumé, du seychuanais, du formosan, du Coréen, du Ceylan, de l'Indien, du népalais et j'oubli les quarante autres appellations qu'il m'a citées, avant que je le menace de me suici-der s'il continuait.
– Le Earl Grey sera très bien, répondit Julia en dé-pliant sa serviette.
Elle regarda le rouleau de papier enrubanné de rouge et se tourna vers son père, interrogatives.
Anthony le lui ôta aussitôt des mains.
– Tu l’ouvriras après le petit-déjeuner.
– Qu'est-ce que c'est ? demanda Julia.
– Là, dit-il en désignant les viennoiseries, les choses longues et torsadées s'appellent des croissants, les rectangulaires d’où dépassent deux petits trucs marron, ce sont des pains au chocolat, et les grands escargots avec des fruits secs sur le dessus, ce sont des pains aux raisins.
– Je te parlais de ce que tu caches dans ton dos, avec un ruban rouge.
– Après, je viens de te dire.
– Alors pourquoi l'avais- tu placé dans mon assiette ?
– J'ai changé d'avis, ce sera mieux plus tard.