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Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites

Электронная книга - «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites». Краткое содержание книги:

Marc Levy a publié neuf romans : Et si c’était vrai… (2000), Ou es-tu ? (2001), Sept jours pour une éternité… (2003), La prochaine fois (2004), Vous revoir (2005), Mes amis Mes amours (2006), Les enfants de la liberté (2007), Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites (2008) et Le premier jour (2009). Traduit dans le monde entier, adapté au cinéma, Marc Levy est depuis neuf ans l’auteur français le plus lu dans le monde.
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Qu'importe. J'aurais tout dit deux fois pour continuer à te parler de moi, pour t’entendre me parler de toi. À l'angle d'une rue, je me suis écroulée.

Sais-tu que c'est grâce à toi que j'ai connu Stanley, celui qui est devenu mon meilleur ami, à la minute même où nous nous sommes rencontrés ? Il sortait d'une chambre voisine de la mienne. Il marchait, l'air perdu, dans ce long couloir d'hôpital ; la porte était entrouverte, il s'est arrêté, m'a regardée, allongée sur mon lit, et il m'a souri.

Aucun clown au monde n'aurait pu parer son visage d'un sourire aussi triste. Ses lèvres tremblaient. Soudain, il a murmuré ces trois mots plus que m’interdisait ; mais à lui, je pouvais peut-être en faire l'aveu plus que je ne le connaissais pas. Se confier à un inconnu, ce n'est pas comme à un proche, cela ne rend pas la vérité irréversible, ce n'est qu'un abandon que l'on peut effacer à la gomme de l'ignorance ; « il est mort » a dit Stanley, et je lui ai répondu, « Oui, il est mort ». Lui parlait de son ami, et moi je lui parlais de toi. C'est comme ça que nous nous sommes connus, Stanley et moi, le jour où nous avons tous deux perdus celui que nous aimions. Edward avait succombé au sida et toi à une autre pandémie qui continue ses ravages chez les hommes. Il s'est assis au pied de mon lit, m'a demandé si j'avais pu pleurer, et comme je lui disais la vérité, il m'avoua que lui non plus.

Il m'a tendu la main, je l'ai prise dans la mienne et nous avons versé nos premières larmes, celle qui t’entraînaient loin de moi, et Edward loin de lui.

*

Antony Walsh refusa la boisson que lui offrait l'hôtesse. Il jeta un œil à l'arrière de l'avion. La cabine était presque déserte, mais Julia avait préféré s'asseoir dix rangées plus loin, elle côté hublots, le regard toujours perdu vers le ciel.

*

A ma sortie d'hôpital, j'ai quitté la maison, nouer un ruban rouge autour de tes cent lettres. Je les ai rangées dans un tiroir du bureau de ma chambre. Je n'avais plus besoin de les relire pour me souvenir. J'ai rempli une valise et suis partie sans dire un mot à mon père, incapable de lui pardonner de nous avoir séparés. Ces économies faites pour te revoir un jour, je les ai employées pour vivre loin de lui. Quelques mois plus tard, je commençai ma carrière de dessinatrice et le début de ma vie sans toi.

Stanley et moi passions notre temps ensemble. Ainsi est née notre amitié. À l'époque, il travaillait sur un marché aux puces, à Brooklyn. Nous avions pris l'habitude de nous retrouver le soir au milieu du pont. Nous restions parfois des heures, tous deux appuyés à la rambarde, regardant défiler les bateaux qui remontaient ou descen-daient le fleuve ; d'autres fois, nous nous promenions sur les berges. Lui me parlait d'Edward et moi, je lui parlais de toi, et quand chacun rentrait chez soi, ils ramenaient un peu de vous dans ses bagages de nuit.

J'ai cherché l'ombre de ton corps dans celles qu’étiraient les arbres sur les trottoirs au matin, les traits de ton visage dans les reflets de l'Hudson ; j'ai cherché tes mots en vain dans tous les vents qui parcouraient la ville. Pendant deux ans, j'ai revisité ainsi chacun de nos moments à Berlin, parfois je riais de nous, mais sans jamais cesser de penser à toi.

Je n'ai jamais reçu ta lettre, Tomas, celle qui m'au-rait appris que tu étais en vie. J'ignore ce que tu m'écri-vais.

C'était il y a presque vingt ans et j'ai cette étrange sensation que tu me l'as postée hier. Peut-être qu'après tous ces mois sans nouvelles de toi, tu m'annonçais ta décision de ne plus jamais m'attendre dans un aéroport.

Que le temps écoulé depuis mon départ était devenu trop long. Que nous avions peut-être atteint celui où les sentiments se flétrissent ; l'amour aussi à son automne pour celui qui a oublié le goût de l'autre. Peut-être avais-tu cessé d'y croire, peut-être t'avais-je perdu autrement.

Vingt ans ou presque à arriver, c'est long pour une lettre.

Nous ne sommes plus les mêmes. Referais-je la route de Paris à Berlin ? Qu'adviendrait-il si nos regards se croisaient à nouveau, toi du côté d'un mur et moi de l'autre ? M'ouvrirais-tu les bras, comme ceux que tu tendais à Knapp un soir de novembre 1989 ?

Partirions-nous courir les rues d'une ville qui, elle, a rajeuni, quand nous avons vieilli. Tes lèvres auraient-elle la même douceur aujourd'hui ? Cette lettre devait peut-être rester dans le tiroir de ce bureau, peut-être était-ce mieux ainsi.

*

L'hôtesse lui tapota l'épaule. Le temps était venu d'attacher sa ceinture, l'avion approchait de New York.

*

Adam devait se résigner à passer une partie de sa journée à Montréal. L'employé d'Air Canada avait tout essayé pour lui être agréable, hélas, le seul siège disponible pour rentrer à New York se trouvait à bord d'un vol qui décollait à seize heures. Maintes fois il avait essayé de joindre Julia et il obtenait toujours sa messagerie.

*

Autre autoroute, par la vitre on apercevait cette fois-ci les tours de Manhattan. La Lincoln entra dans le tunnel du même nom.

–J'ai l’étrange sentiment de ne plus être le bienvenu chez ma fille. Entre ton grenier pourri et mes appartements, je serais aussi bien chez moi. Je reviendrai samedi pour rentrer dans ma boîte avant qu’ils ne viennent la récupérer. Il serait préférable que tu passes un appel à Wallace, pour s'assurer qu'il n'y sera pas, dit Anthony en tendant à Julia un morceau de papier où figurait un numéro de téléphone.

– Ton majordome habite toujours chez toi ?

– Je ne sais pas précisément ce que fait mon secrétaire particulier. Depuis ma mort, je n'ai pas eu l'occasion de lui demander son emploi du temps. Mais si tu veux lui éviter un infarctus, il serait judicieux qu'il ne soit pas à la maison quand nous rentrerons. Et quitte à ce que tu lui parles, cela m'arrangerait que tu lui donnes une bonne raison de partir au bout du monde jusqu'à la fin de la semaine.

Pour toute réponse, Julien se contenta de composer le numéro de au Wallace. Une annonce expliquait qu'en raison de la disparition de son employeur, il prenait congé pour un mois. Il était impossible de lui laisser un message. En cas d'urgence concernant les affaires de M.

Walsh, on était prié de joindre directement son notaire.

– qu'il peut être tranquille, la voie est libre ! Dit Julien en rangeant son portable dans sa poche.

Une demi-heure plus tard, la voiture se garait le long d'un trottoir, devant l'hôtel particulier d'Anthony Walsh.

Julia contempla la façade et son regard se dirigea aussitôt vers une fenêtre au deuxième étage. C'est là par une fin d'après-midi, en rentrant de l'école, elle avait vu sa mère se pencher dangereusement au balcon. Qu'aurait-elle fait si elle n'avait pas crié son nom ? Sa mère, en la voyant, lui avait adressé un petit signe de la main, comme si ce geste allait effacer toute trace de ce qu'elle s'apprêtait à faire.

Anthony ouvrit sa mallette et tendit un trousseau de clés.

– Ils t’ont aussi confié tes clés ?

– Disons que nous avions prévu l'hypothèse où tu ne veuilles ni me garder chez toi, ni m'éteindre prématurément... Tu ouvres ? Ce n'est pas la peine non plus d'atten-dre qu'un voisin me reconnaisse !

– Par ce que tu connais tes voisins maintenant ? Ça aussi, c'est nouveau !

– Julia !

–C'est bon, soupira-t-elle en faisant tourner la poignée de la lourde porte en fer forgé.

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