Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
Il s’arrêta à l’endroit où le chemin rejoignait la route. Nerissa ouvrit les yeux et marmonna quelque chose, peut-être Quoi ?
« Chh, dit-il en sortant la main par la fenêtre. Je récupère juste le courrier. »
Pour la dernière fois. Il souleva le couvercle de la boîte aux lettres, en sortit une seule enveloppe et alluma le plafonnier le temps d’y jeter un coup d’œil. L’adresse de l’expéditeur était illisible, sans doute à dessein, mais il reconnut aussitôt l’écriture. La lettre venait de Werner Beck.
Il la fourra dans sa poche de chemise.
Trente minutes plus tard, il roulait sur l’autoroute fédérale, une fenêtre ouverte pour laisser l’air glacé chasser la puanteur du pétrole et de choses encore pires. Il n’avait pas réfléchi à une destination. Il roulait vers l’ouest dans un fleuve de feux arrière rouges, Nerissa endormie près de lui, sans autre but que de s’éloigner.
DEUXIÈME PARTIE
Le Pêcheur et l’Araignée
Prenons un pêcheur… disons jeune, propriétaire d’un petit bateau et qui tresse lui-même ses filets.
Un beau matin, il sort du port pour aller jeter son filet dans l’océan. Il revient en fin de journée avec une belle cargaison de succulents poissons. Une fois à terre, il en met une partie de côté pour son dîner. Il vide, nettoie et grille le poisson sur la plage. Peut-être fait-il venir sa femme de leur petite maison sur le littoral, peut-être le couple dîne-t-il en plein air et les yeux dans les yeux soleil couchant, et peut-être, conséquence indirecte de leurs activités par cette belle soirée, la femme du pêcheur met-elle au monde neuf mois plus tard un bébé en pleine santé… mais ces répercussions plausibles n’ont aucun rapport avec notre histoire.
Imaginons maintenant un autre organisme biologique, en l’occurrence une araignée : une banale araignée tisseuse de toile, de celles dont il y a 3 000 espèces différentes dans le monde et sans doute une ou deux représentantes dans votre jardin. Comme le pêcheur, l’araignée produit elle-même sa toile (de soie gluante) qui lui sert à attraper une autre espèce (des insectes) pour s’en nourrir. Comme le pêcheur, elle prépare son repas avant de le consommer — elle injecte des enzymes digestives dans le corps de l’insecte capturé, aspire la matière ainsi liquéfiée et se débarrasse ensuite de l’enveloppe vide, tout comme le pêcheur jette les os et autres parties non comestibles de son poisson. Peut-être l’araignée (mâle) trouve-t-elle après son repas une femelle qu’elle féconde avant de se laisser dévorer ; peut-être la femelle produit-elle un cocon de soie contenant des œufs fertilisés… mais tout cela, comme la soirée d’amour du pêcheur, n’a rien à voir avec notre histoire.
Le récit sur le pêcheur est agréable, voire réconfortant. Celui sur l’araignée est viscéralement dégoûtant. Mais d’un point de vue objectif, ils ne diffèrent que sur des détails. Un filet est identique à une toile, même si l’un est en nylon et l’autre en soie. Un repas est un repas.
La différence importante réside dans le domaine du subjectif. On ressent pleinement et on imagine sans mal la journée du pêcheur. Pas celle de l’araignée. Il est extrêmement improbable que les simples ganglions fusionnés d’un arachnide génèrent un tant soit peu de complexité psychologique. Et une fourmilière, même si elle est aussi une entité biologique fonctionnelle capable d’actions équivalentes à jeter un filet et rassembler de la nourriture, n’a pas le moindre cerveau central et ne perçoit rien de ce qui lui arrive.
Percevoir et ressentir le monde est capital pour la vie humaine et pour le regard qu’on lui porte. Mais la prépondérance de la vie sur Terre n’a absolument pas besoin de cela. À cet égard, les êtres humains sont nettement en minorité. Les pêcheurs sont beaucoup moins nombreux dans le monde que les araignées.