Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
— Il y en a qui ne le sont pas ?
— Tous ceux qui ont pensé aux chariots de guerre, par exemple.
— Tu disais que pour ceux-là, Surâme avait renoncé.
— Bien sûr, récemment, dit Issib en insistant sur le dernier mot. Mais à Basilica, il y a des gens qui projettent de construire des chariots de guerre, des gens qui négocient à ce sujet avec les Potoku, depuis longtemps, depuis plus d’un an. Ceux-là n’ont pas de problèmes avec Surâme. Ils sont comme sourds à ce qu’il dit. Pourtant ce n’est pas le cas de la majorité, ce qui explique que Gaballufix et ses hommes aient pu garder le secret si longtemps. La plupart de ceux qui entendaient parler de chariots de guerre en oubliaient tout, complètement. Et même, ajouta Issib, il est possible que Surâme ait levé l’interdiction pendant un tout petit moment, précisément parce qu’il fallait déclencher un débat ouvert sur l’affaire des chariots, de façon à pouvoir y mettre fin.
— Donc, les gens qui sont sourds à Surâme… pour les empêcher de continuer, Surâme doit cesser de nous contrôler, nous aussi.
— C’est une double contrainte, dit Issib. Pour gagner, Surâme doit capituler. À mon avis, Surâme a un gros problème sur les bras. »
Nafai commençait à y voir plus clair, sauf sur un point. « Mais pourquoi est-ce que c’est à Père qu’il a parlé ?
— C’est ce qu’il va falloir déterminer. Et aussi ce qu’il va dire à Père la prochaine fois.
— Hé, ho, laissons-lui quand même quelques surprises à nous faire ! » Nafai éclata de rire, mais au fond de lui-même, il ne trouvait pas cela drôle.
Issib non plus. « Même si on prend parti pour Surâme, Nafai, rien ne nous dit qu’on ne s’apercevra pas en cours de route qu’il fait plus de mal que de bien. Et qu’est-ce qu’on fera, alors ?
— Écoute, Issya, peut-être bien qu’il patauge en ce moment, mais ça ne veut pas dire qu’on ferait mieux sans lui.
— De toute façon, on n’en saura jamais rien, n’est-ce pas ? »
7. La prière
Pendant une semaine, Nafai travailla chaque jour avec Issib. Ils dormaient chez Mère tous les soirs (sans lui en avoir demandé la permission, mais Mère ne les renvoya pas). Ce fut une période épuisante, moins à cause de la difficulté de la tâche que des pénibles interférences de Surâme. Cependant, Issib avait raison : on pouvait y résister ; et si Nafai avait d’abord réagi plus mal que lui, il s’adapta plus vite, surtout parce qu’Issib était là pour l’aider, l’assurer que le jeu en valait la chandelle et lui rappeler le but de toute l’opération.
Ils finirent donc par obtenir une image assez claire de tout ce que les humains avaient autrefois possédé et que Surâme leur avait interdit si longtemps de réinventer :
Un système de communication instantanée grâce auquel on pouvait se parler directement d’un bout à l’autre de la planète ;
Des machines capables de transmettre par ondes des œuvres d’art, des pièces de théâtre et des textes, et cela non seulement de bibliothèque à bibliothèque, mais chez les particuliers eux-mêmes ;
Des machines qui se déplaçaient à grande vitesse au sol, sans chevaux ;
D’autres qui volaient, non seulement dans l’air, mais jusque dans l’espace, ce qui paraissait évident ; sinon, comment les humains seraient-ils venus de la Terre sur Harmonie ? Mais Nafai dut d’abord, et à grand-peine, surmonter son aversion avant de parvenir à concevoir de tels objets.
Et les armes de guerre ! Explosifs, projectiles, certains si petits qu’ils tenaient dans le creux de la main, d’autres si terribles qu’ils pouvaient ravager des cités entières et même dévaster une planète. Maladies auto-mutantes, gaz toxiques, disrupteurs sismiques, missiles, plates-formes orbitales de lancement, virus destructeurs des gènes.
L’image qui se formait était à la fois magnifique et terrifiante.
« Je comprends mieux pourquoi Surâme agit ainsi, dit Nafai. C’est pour nous sauver de ces armes. Mais à quel prix, Issya ! Toute la liberté que nous avons perdue ! » Issya se contenta de hocher la tête. « Surâme nous a quand même laissé la capacité de tirer de l’énergie du soleil, les ordinateurs, les bibliothèques, la réfrigération ; toutes les machines de la cuisine, les serres ; et puis les magnétiques qui permettent à mes flotteurs de fonctionner. En plus, nous avons quelques armes de poing sacrément perfectionnées : les épées électriques et les pulsants. Comme ça, les grands costauds ne disposent d’aucune supériorité particulière sur les petits maigrichons. Surâme aurait pu ne rien nous laisser du tout, à part des outils en pierre et en métal, sans parties mobiles, et des arbres à abattre pour nous chauffer.
— On ne serait même plus des hommes, alors.
— L’homme reste l’homme, rétorqua Issib. Mais quant à être civilisé… C’est ça, tu vois, le don de Surâme : la civilisation sans l’auto-destruction. »
Une fois, ils voulurent en parler à leur mère, mais ce fut peine perdue. Hébétée, elle ne comprit rien à leurs explications et les quitta en plaisantant joyeusement : quel plaisir de les voir s’amuser ensemble malgré leur différence d’âge ! Quant à leur père, ils n’eurent pas l’occasion de s’entretenir avec lui.
Mais il y avait pourtant quelqu’un qui s’intéressait à eux.
« Pourquoi ne viens-tu plus en classe ? » demanda un jour Hushidh à Nafai.
Elle s’assit sur les marches de l’auvent à côté de lui et mordit dans son sandwich au fromage ; elle en emporta un large morceau, non une bouchée délicate comme l’aurait fait Eiadh. Bien sûr, c’était Mère qui apprenait à toutes ses élèves à se servir de leur bouche pour manger et à ne pas grignoter comme le voulait la mode chez les jeunes Basilicaines. Mais Nafai n’était pas obligé de trouver séduisante la manière dont Hushidh suivait les préceptes de Mère.
« Je travaille sur un projet avec Issib.
— Les autres disent que tu te caches », déclara Hushidh.
Qu’il se cachait ? Ah, à cause de la célébrité malvenue et controversée de Père ! « Je n’ai pas honte de mon père.
— Bien sûr que non, dit Hushidh. Ce sont les autres qui disent ça. Pas moi.
— Et toi, qu’est-ce que tu crois que je fais ? À moins que Surâme ne te l’ait dit ?
— Je suis déchiffreuse, rétorqua-t-elle, pas sibylle.
— C’est vrai, j’avais oublié. » Comme s’il allait se rappeler à quelle catégorie de sorcières elle appartenait !
« Surâme n’a pas à me dire comment ta vie se tisse dans la trame du monde.
— Ah, parce que tu vois ça ? »
Elle acquiesça. « Et aussi que tu es très courageux. »
Il la regarda, atterré. « Je travaille à la bibliothèque avec Issya, c’est tout !
— Ta vie s’entrelace dans la trame du plus petit des partis qui s’opposent dans Basilica ; mais c’est aussi le meilleur, celui qui doit gagner, même si personne ne voit encore comment.
— Mais je ne suis d’aucun parti ! »
Elle hocha la tête. « Bon, je me tais, puisque tu ne veux pas entendre la vérité. »
Elle se prenait pour une fontaine de sagesse, ma parole !
« J’écouterais un cochon péter si c’était la vérité qu’il lâchait », dit Nafai.
Elle se leva aussitôt et s’éloigna sans un mot.
Bravo ! Quel imbécile ! se gourmanda Nafai. Elle essaye de t’aider, et toi, tu te moques bêtement d’elle ! Il courut derrière elle. « Excuse-moi », fit-il.
Elle s’écarta avec un haussement d’épaules.
« Je n’arrête pas de faire des blagues débiles comme ça, poursuivit-il. C’est une mauvaise habitude, je sais, mais je ne pensais pas à mal. Écoute, je sais maintenant par expérience que Surâme existe.