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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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— Je sais que tu le sais, dit-elle d’une voix glacée. Mais visiblement, savoir que Surâme existe, ça ne rend pas plus intelligent ni plus aimable, ni même mieux élevé.

— C’est mérité, et j’accepte les autres gentillesses qui te viendraient aussi à l’esprit. » Nafai la contourna pour lui faire face. Cette fois, elle ne se détourna pas.

« Je vois des trames, dit-elle. Je vois comment les choses s’emboîtent. Je vois où tu t’ajustes. Toi, et Issib aussi.

— Ça fait un moment que je ne me tiens plus au courant de ce qui se passe dans la cité, répondit Nafai. J’ai trop de travail avec notre projet. Je ne connais pas les dernières nouvelles.

— Tu t’épuises à la tâche, dit-elle.

— Oui, c’est bien possible.

— Écoute : Gaballufix est le chef d’un parti. C’est le groupe le plus puissant, pour de multiples raisons. Il ne s’agit plus seulement des chariots de guerre, ni même de l’alliance avec Potokgavan. Il s’agit des hommes. Surtout des hommes extérieurs à la cité. Gaballufix est donc puissant par le nombre de ses partisans, et aussi parce que ses hommes s’imposent par la violence. »

Nafai se rappela des conversations qu’il avait entendues aux repas, à propos des tolchocks, ces hommes qui assommaient sans raison des femmes dans les rues. « Ce sont les hommes de Gaballufix, les tolchocks ?

— Il le nie, évidemment. Il va même jusqu’à prétendre qu’il envoie ses soldats dans Basilica pour protéger les femmes contre les tolchocks.

— Des soldats ?

— Officiellement, il s’agit de la milice du clan Palwashantu. Mais en fait, c’est à Gaballufix qu’elle obéit, et le conseil clanique n’est pas arrivé à se réunir pour discuter de l’usage qu’il fait de la milice. Tu es un Palwashantu, n’est-ce pas ?

— Oui, mais je suis trop jeune pour entrer dans la milice.

— Oh, ce n’est plus une vraie milice aujourd’hui, dit Hushidh. Ce sont des mercenaires, des hommes d’au-delà des murs, des irrécupérables, dont très peu appartiennent réellement au clan. C’est Gaballufix qui les paye. C’est lui aussi qui a payé les tolchocks.

— Mais comment est-ce que tu sais tout ça ?

— J’y ai été forcée. J’ai vu les soldats. Je sais comment ils s’ajustent. »

Encore de la sorcellerie. Mais comment en douter ? N’avait-il pas senti l’influence de Surâme quand il pensait à des mots interdits ? Il transpirait rien qu’à l’idée de ce qu’il avait subi au cours de cette dernière semaine. Alors, qu’est-ce qui empêchait Hushidh d’examiner un soldat et un tolchock et de tout savoir sur eux ? Et pourquoi les chameaux ne voleraient-ils pas, aussi ? Tout était possible, à présent !

Oui, mais l’influence de Surâme faiblissait. Issib et lui n’avaient-ils pas réussi à se rappeler certains mots interdits ?

« Et tu sais que je ne suis pas de leur parti.

— Mais tes frères le sont.

— Ce sont des tolchocks ?

— Ils sont avec Gaballufix. Pas Issib, bien sûr, mais Elemak et Mebbekew.

— Comment les connais-tu, eux ? Ils ne viennent jamais ici ; ce ne sont pas les fils de Mère.

— Elemak est passé plusieurs fois dans la semaine, dit Hushidh. Tu n’étais pas au courant ?

— Allons donc ! Pourquoi viendrait-il ici ? » Mais avant même d’avoir eu le temps de réfléchir, Nafai sut sans l’ombre d’un doute pourquoi Elemak fréquentait la maison de Rasa. Mère jouissait d’une très haute réputation dans la cité ; bien des hommes courtisaient ses nièces, et Elemak était à l’âge – un âge déjà bien avancé – où l’on s’unit pour de bon, afin d’engendrer un héritier.

Nafai tourna le regard vers la cour, où de nombreuses filles et quelques garçons prenaient leur dîner. Tous les externes étaient partis, et les plus jeunes mangeaient plus tôt, si bien que la plupart des filles présentes étaient admissibles à l’appariement, y compris les nièces de Rasa, si elle les mettait en disponibilité. Laquelle Elemak pouvait-il bien courtiser ?

« Eiadh, souffla Nafai.

— On peut le supposer, dit Hushidh. En tout cas, ce n’est pas moi. »

Nafai la regarda, étonné. Évidemment, que ce n’était pas elle ! Puis l’embarras le saisit : et si elle se rendait compte à quel point l’idée que son frère puisse la désirer, elle, lui avait paru ridicule ?

Mais Hushidh poursuivit comme si elle n’avait pas senti la muette insulte. Que Nafai puisse souffrir si Elemak courtisait vraiment Eiadh, cela ne l’effleurait visiblement pas. « Quand ton frère est arrivé, j’ai compris tout de suite qu’il était très proche de Gaballufix. Je suis sûre que tante Rasa en est très peinée, parce qu’elle sait qu’Eiadh lui dira oui : ton frère jouit d’un tel prestige !

— Malgré le scandale des visions de Père ?

— Il est du côté de Gaballufix, répondit Hushidh. Dans le parti des Hommes – ceux qui soutiennent Gaballufix – plus l’image de ton père se dégrade, plus on apprécie Elemak : il deviendrait très riche et très puissant s’il arrivait malheur à ton père. »

Ces paroles réveillèrent les pires craintes de Nafai au sujet de son aîné. Mais c’était là une pensée monstrueuse, insupportable. Gaballufix veut qu’Elya influence Père, c’est tout, se dit-il.

Hushidh hocha la tête. Mais était-ce pour l’approuver ? ou bien pour le faire taire et poursuivre ? « L’autre parti important, reprit-elle, c’est celui de Roptat. On l’appelle maintenant le parti des Femmes, mais c’est un homme qui le dirige. Ses partisans veulent une alliance avec les Gorayni ; ils veulent aussi qu’on retire le droit de vote aux hommes, sauf à ceux qui sont actuellement appariés avec une citoyenne, et ils exigent que les hommes célibataires soient obligés de quitter la cité chaque soir, au coucher du soleil, avec interdiction d’y rentrer avant l’aube. Voilà leur solution au problème des tolchocks… et de Gaballufix, par la même occasion. Ils ont une vaste audience, chez les hommes et les femmes appariés.

— C’est à ce groupe-là que Père appartient ?

— C’est ce que croient tous ceux du parti des Hommes, mais les partisans de Roptat, eux, savent ce qu’il en est vraiment.

— Alors, quel est le troisième groupe ?

— Il se fait appeler le parti de la Cité, mais c’est en réalité le parti de Surâme. Ses partisans refusent de s’allier avec aucune nation belliqueuse. Ils prônent le retour aux anciennes valeurs, afin de protéger le Lac. Ils veulent que la cité se hausse au-dessus de la politique et des conflits, qu’on se débarrasse de l’immense richesse de la ville et qu’on vive simplement, pour qu’aucune autre nation ne désire ce que nous possédons.

— Mais personne ne souscrira à ce programme, voyons !

— Eh bien, tu te trompes, répondit Hushidh. Beaucoup y souscrivent, justement. Ton père et tante Rasa, par exemple, y ont converti presque toutes les femmes des quartiers du Lac.

— Mais ça ne fait presque personne ! Elles ne sont qu’une poignée à vivre dans la Fracture.

— Oui, mais elles tiennent le tiers des voix du conseil. »

Nafai réfléchit à cet aspect des choses. « Je crois que ce parti de la Cité s’expose à un grand danger, dit-il enfin.

— Comment ça ?

— Réfléchis : ses partisans n’ont pour tout soutien que la tradition. Plus Gaballufix s’opposera à la tradition et sèmera la crainte avec ses tolchocks et ses soldats, plus les gens exigeront qu’on prenne des mesures. Tout ce que Père et Mère vont gagner, c’est qu’il sera impossible de dégager une majorité au conseil. Ils empêcheront Roptat d’arrêter Gaballufix, et tout sera bloqué. »

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