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Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]

Электронная книга - «Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]». Краткое содержание книги:

Vous connaissez l’histoire du joueur de flûte de Hamelin ? Les rats avaient envahi la ville, les habitants se désespéraient ; un joueur de flûte vint les sauver, qui ensorcela les rats au son de son instrument et les fit quitter la ville derrière lui pour les noyer dans la rivière.
Imaginez maintenant des rats intelligents qui soient de mèche avec le joueur de flûte… et pilotés par le roi de l’arnaque soi-même, le fabuleux Maurice, le chat de tous les chats. Ça, c’est une combine qui peut rapporter gros.
Jusqu’au jour où la fine équipe s’attaque au bourg de Bad Igoince où l’attendent le mystère, la terreur et le Mal.
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— On voudrait que vous rongiez nos liens, s’il vous plaît, dit Keith.

— J’ai un bout de lame de couteau cassée, proposa Pêches. C’est pour aiguiser le crayon. Ça ne serait pas mieux ?

— Un couteau ? s’étonna Malicia. Un crayon ?

— J’ai bien dit qu’ils n’étaient pas des rats ordinaires », fit Keith.

Nutritionnelle devait courir pour suivre Noir-mat. Et Noir-mat courait parce qu’il le devait pour suivre Sardines. Quand il fallait traverser rapidement une localité, Sardines était champion du monde.

Ils récupéraient d’autres rats en route. Nutritionnelle ne pouvait s’empêcher de remarquer qu’il s’agissait surtout des plus jeunes, qui avaient fui sous le coup de la terreur mais n’étaient pas allés loin. Ils se rangèrent sans hésiter derrière Noir-mat, presque heureux d’agir avec un objectif.

Sardines dansait à l’avant. Il ne pouvait pas s’en empêcher. Et il aimait les tuyaux d’écoulement, les toits et les gouttières. On ne rencontrait pas de chiens là-haut, disait-il, et pas trop de chats.

Aucun chat n’aurait suivi Sardines. Les habitants de Bad Igoince avaient tendu des cordes à linge entre les vieilles maisons ; Sardines bondissait dessus, s’accrochait la tête en bas et se déplaçait aussi vite que sur une surface plane. Il grimpait les murs à la verticale, plongeait à travers le chaume, dansait les claquettes autour des cheminées fumantes et glissait le long des tuiles. Les pigeons jaillissaient de leurs perchoirs quand il passait en flèche, les autres rats en file derrière lui.

Des nuages défilèrent devant la lune.

Sardines atteignit le bord d’un toit, bondit et atterrit sur un mur juste en contrebas. Il cavala le long du sommet et disparut par l’interstice entre deux planches.

Nutritionnelle le suivit dans une espèce de fenil. Du foin s’entassait ici et là, mais la plus grande partie s’ouvrait sur le rez-de-chaussée en dessous, soutenue par plusieurs poutres massives qui traversaient tout le bâtiment. Une lumière vive montait d’en bas, on entendait le bourdonnement de voix humaines et – la rate frémit – des aboiements de chiens.

« C’est une grande écurie, patron, dit Sardines. La fosse est sous la poutre là-bas. Venez…»

Ils avancèrent sans bruit sur les lattes du vieux plancher et jetèrent un coup d’œil par-dessus le bord.

Loin en contrebas, ils virent un cercle de bois, comme un demi-tonneau géant.

Nutritionnelle s’aperçut qu’ils se trouvaient pile au-dessus de la fosse ; si elle tombait, là, elle atterrirait au beau milieu. Des hommes se pressaient autour. Des chiens, attachés le long des murs, s’aboyaient dessus et contre le reste de l’univers avec cette démence qui a l’air de proclamer « je peux continuer comme ça éternellement », attitude typique de la gent canine. Et d’un côté s’empilaient des caisses et des sacs.

Les sacs bougeaient.

« Crtlk ! Comment on va trouver Pur-Porc dans tout ce krrp ? demanda Noir-mat dont les yeux luisaient à la lumière du rez-de-chaussée.

— Ben, connaissant le vieux Pur-Porc, patron, je crois qu’on saura quand il sera là, répondit Sardines.

— Est-ce que tu pourrais tomber dans la fosse au bout d’une ficelle ?

— Je suis prêt à tout, patron, répondit le loyal Sardines.

— Dans une fosse avec un chien dedans, chef ? intervint Nutritionnelle. Et la ficelle ne va pas te couper en deux, Sardines ?

— Ah, j’ai là quelque chose qui va nous aider, patron », dit Sardines. Il ôta son épais rouleau de ficelle et le mit de côté. Il avait un autre rouleau en dessous, d’un brun clair luisant. Il tira sur un bout de la matière qui revint en place sèchement avec un léger ptoïïng. « Des bandelettes de caoutchouc, dit-il. Je les ai piquées sur un bureau alors que je cherchais d’autres bouts de ficelle. Je m’en suis déjà servi, patron. Très pratique pour une chute de haut, patron. »

Noir-mat recula d’un pas sur le plancher. Il y avait là une vieille lampe à huile couchée sur le côté, le verre brisé, la bougie mangée depuis longtemps. « Bien, dit-il. Parce que j’ai une idée. Si tu peux descendre…»

Un rugissement monta du dessous. Les rats regardèrent encore par-dessus la poutre.

Le cercle des têtes s’était épaissi autour du bord de la fosse. Un homme parlait d’une voix forte. De temps en temps s’élevaient des acclamations. Les chapeaux hauts de forme des chasseurs de rats fendirent la foule. Vus du dessus, c’étaient des taches noires sinistres au milieu des autres couvre-chefs gris et bruns.

Un des chasseurs vida un sac dans l’arène, et les observateurs reconnurent les formes sombres de rats paniqués qui cavalaient pour trouver dans le cercle un coin où se cacher.

La foule s’écarta légèrement et un homme s’avança au bord de la fosse en tenant un terrier. D’autres cris fusèrent, des rires cascadèrent et on lâcha le chien parmi les rats.

Les Changés regardaient, les yeux écarquillés, le cercle de mort et les hommes qui poussaient des acclamations.

Au bout d’une minute, Nutritionnelle arracha son regard du spectacle. Quand elle se tourna, elle surprit l’expression de Noir-mat. Ce n’était peut-être pas seulement la lumière qui lui embrasait les orbites. Elle le vit qui inspectait l’écurie jusqu’aux grandes portes à l’autre bout. Une barre les condamnait. Puis sa tête pivota vers le foin et la paille entassés dans le fenil, ainsi que dans les râteliers et les mangeoires en dessous.

Noir-mat tira un bout de bois d’une de ses ceintures.

Nutritionnelle flaira le soufre dans le renflement rouge à l’extrémité.

Une allumette.

Noir-mat tourna la tête et vit qu’elle le regardait fixement. Il montra d’un signe du museau les tas de foin dans le fenil. « Mon plan pourrait échouer, dit-il. Dans ce cas, c’est toi qui te chargeras de l’autre.

— Moi, fit Nutritionnelle.

— Toi. Parce que je ne serai pas… là. » Il tendit l’allumette. « Tu sais quoi faire », ajouta-t-il en hochant la tête vers le râtelier de foin le plus proche.

Nutritionnelle déglutit. « Oui. Oui, je crois. Euh… quand ?

— Le moment venu. Tu le sauras, répondit Noir-mat qui se pencha encore vers le massacre en contrebas. D’une manière ou d’une autre, je veux qu’ils se souviennent de cette soirée, dit-il d’une voix calme. Ils se souviendront de ce qu’ils auront fait. Et de ce qu’on aura fait. Tant qu’ils… vivront. »

Pur-Porc était étendu dans son sac. Il sentait les autres rats tout près, ainsi que les chiens et le sang. Surtout le sang. Il entendait ses propres pensées, mais elles tenaient de la stridulation d’insectes à côté de l’orage de ses sens. Des bribes de souvenirs lui dansaient devant les yeux. Des cages. La panique. Le rat blanc. Pur-Porc. C’était son nom. Curieux, ça. Pas l’habitude d’avoir des noms. Seulement de sentir les autres rats. Ténèbres. Ténèbres en dedans, derrière les yeux. Ça, c’était Pur-Porc. En dehors, c’était tout le reste.

Pur-Porc. Moi. Chef.

La colère noire bouillait encore en lui, mais elle avait désormais comme une forme, celle qu’une gorge donne à une rivière en crue quand elle la rétrécit, la force à couler plus vite, quand elle la dirige.

Il entendait maintenant des voix.

«… tu le glisses dedans, personne ne s’en apercevra…

— … d’accord, je vais d’abord le secouer un peu pour l’enrager…»

On agita le sac. Pur-Porc ne se sentit pas plus enragé. Il n’y avait pas la place pour plus de rage.

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