Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
La barque à moteur l’avait conduit tout près de Silivri, à l’ouest de Constantinople – on disait Istanbul, maintenant, n’est-ce pas ? Il se souvint que le régime en place avait changé le nom de la ville une dizaine d’années plus tôt. Il allait devoir s’y faire, mais les vieilles habitudes étaient tenaces. Il avait tiré le bateau à sec, déchargé sa longue caisse, puis repoussé la barque vers la mer de Marmara. Un pêcheur ou un navire officiel la retrouverait un jour, avec le cadavre de son propriétaire.
Il lui avait ensuite fallu parcourir une trentaine de kilomètres dans les landes de la Turquie d’Europe. Acheter un cheval s’était révélé aussi facile que louer un bateau. Les gouvernements se succédaient, et l’argent d’aujourd’hui ne vaudrait peut-être plus rien demain ; mais la vue de l’or ouvrait toujours toutes les portes.
Il se trouvait donc au bord de la mer Noire et attendait que l’on fasse le plein du sardinier. Secouer le propriétaire n’aurait servi à rien : ces gens vivaient à leur propre rythme.
Il y avait encore plus de 250 milles jusqu’au delta du Danube ; de là, 300 kilomètres le sépareraient du col de Dinu. Sans cette guerre stupide, il aurait loué un avion et y serait déjà arrivé.
Que s’était-il passé là-bas ? Est-ce qu’on s’était battu dans le défilé ?
La radio n’avait pas mentionné de combats en Roumanie. Cela n’avait pas d’importance. Quelque chose s’était déréglé. Et il avait cru les choses immuables.
Immuables ? Il était bien placé pour savoir que c’était rarement vrai.
Il pouvait tout de même conserver l’espoir que les événements n’eussent pas dépassé le point de non-retour.
XIII
— Vous ne voyez donc pas qu’il est épuisé ? cria Magda, chez qui la peur avait cédé la place à la colère et à l’instinct de protection.
— Je me moque bien de savoir s’il va rendre l’âme, dit l’officier SS que l’on appelait le major Kaempffer. Je veux qu’il me dise tout ce qu’il sait de ce donjon.
La route de Campina au donjon avait été un véritable cauchemar. Ils avaient été poussés sans ménagement à l’arrière d’un camion et surveillés par deux membres des einsatzkommandos tandis que deux autres membres se tenaient dans la cabine. Papa avait expliqué qui ils étaient à Magda, mais elle n’avait pas besoin de ses explications pour les trouver répugnants : la façon dont ils traitaient Papa lui suffisait. Ils ne parlaient pas le roumain et s’exprimaient à coups de pied et de crosse de fusil. Magda avait toutefois décelé une certaine préoccupation par-delà leur brutalité : ils semblaient heureux d’avoir quitté le col de Dinu et n’y retournaient qu’à contrecœur.
Magda était finalement aussi fatiguée que son père quand ils atteignirent le donjon.
Le donjon… il avait changé. Il était en aussi bon état qu’auparavant mais, à l’instant même où ils franchirent le portail, Magda sentit une aura de menace, une nuance imperceptible de l’air, qui pesait sur les esprits et parcourait de frissons le cou et les épaules.
Papa la remarqua également car elle le vit lever la tête et regarder tout autour de lui comme s’il voulait identifier cette sensation.
Les Allemands paraissaient affairés, et il semblait y avoir deux types de soldats, les uns en gris et les autres en noir. Deux soldats en uniforme gris s’approchèrent de l’arrière du camion dès qu’il se fût arrêté et leur firent signe de descendre en criant : « Schnell ! Schnell ! »
Magda leur adressa la parole en allemand, langue qu’elle comprenait et parlait assez bien :
— Il ne peut pas marcher !
Elle n’exagérait rien car Papa était au bord de l’épuisement.
Les deux hommes n’hésitèrent pas à grimper dans le camion pour transporter Papa dans son fauteuil roulant mais ils laissèrent à Magda le soin de le pousser dans la cour. Tout en suivant les soldats, Magda sentait les ombres se presser autour d’elle.
— Il y a quelque chose d’anormal ici. Papa, murmura-t-elle à son oreille. Est-ce que tu le sens ?
Un bref hochement de tête fut sa seule réponse.
Elle le conduisit au premier étage de la tour de guet. Deux officiers allemands les y attendaient, l’un vêtu de gris et l’autre de noir, debout près d’une table éclairée par une ampoule unique.
La soirée ne faisait que commencer.
— Tout d’abord, dit Papa qui répondit dans un allemand parfait aux demandes d’information du major, cette bâtisse n’est pas un donjon. Un donjon constituait la fortification ultime d’un château, la partie où le seigneur se réfugiait avec sa famille et ses proches. Ce bâtiment est unique. Je ne sais comment vous pourriez l’appeler : il est bien trop élaboré, trop bien construit aussi, pour être un simple poste de guet, mais il est trop petit pour tout seigneur féodal qui se respecte. On l’a toujours qualifié de « donjon », et je suppose qu’il faudra se contenter de ce nom.
— Je me moque bien de ce que vous supposez ! aboya le major. Ce que je veux, c’est ce que vous savez ! L’histoire de ce donjon, les légendes – tout !
— Cela ne peut pas attendre demain matin ? suggéra Magda. Mon père est épuisé et…
— Non, nous devons savoir ce soir !
Magda se tourna vers l’autre officier : il s’appelait Woermann et n’était pas encore intervenu. Elle observa ses yeux et y découvrit ce qu’elle avait déjà décelé chez tous les soldats allemands depuis l’instant où elle était descendue du train : la peur. Officiers ou hommes du rang, tous étaient terrorisés.
— A propos de quoi, exactement ? demanda Papa.
Le capitaine Woermann prit finalement la parole :
— Professeur Cuza, huit de mes hommes ont été massacrés depuis une semaine.
Le major regardait le capitaine mais celui-ci continua de parler comme s’il l’ignorait.
— Un mort par jour, sauf la nuit dernière où deux hommes ont eu la gorge tranchée.
Papa remua les lèvres. Magda espérait qu’il n’allait pas irriter les Allemands par ses propos.
— Je n’ai pas d’amis politiques, et je ne sais rien des activistes de cette région. Je ne puis en rien vous aider.
— Nous ne pensons plus que le mobile soit politique, dit le capitaine.
— Dans ce cas, de qui s’agit-il ?
— Nous ne sommes même plus sûrs qu’il s’agisse de quelqu’un, dit le capitaine avec effort.
Ses paroles flottèrent un instant puis Magda vit la bouche de son père s’entrouvrir pour dessiner un sourire qui avait quelque chose de cadavérique.
— Vous croyez donc que le surnaturel est ici, à l’œuvre ? Quelques-uns de vos hommes se font tuer et vous vous tournez vers le surnaturel parce que vous êtes incapables de trouver le tueur ou d’accepter qu’un partisan puisse vous défier. Si vous voulez mon…
— Silence, Juif ! hurla le major SS, fou de rage. Si je ne vous ai pas encore fait fusiller, vous et votre fille, c’est parce que vous êtes un expert de cette région et de son folklore. Vous demeurerez vivants tant que vous me serez utiles. Mais vous n’avez rien dit jusqu’à maintenant pour me prouver que je n’ai pas eu tort en vous faisant venir ici !
Magda vit le sourire de Papa s’évanouir quand il se tourna vers elle. Les menaces à son égard avaient frappé juste.
— Je ferai de mon mieux, dit-il gravement, mais vous devez commencer par me raconter tout ce qui s’est passé. Peut-être vous offrirai-je alors une explication plus réaliste.