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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Je ne sais pas combien de temps cela va prendre, répondit Hornkast en secouant la tête. Si le Pontife est mort…

— Le Divin nous en garde ! dit la femme en faisant le signe du Labyrinthe.

— Comme vous dites, fit sèchement Hornkast.

Il sortit. La Sphère des Trois Ombres, qui s’élevait haut au-dessus des murs d’obsidienne étincelants de la place, était dans sa phase la plus brillante, répandant une clarté bleu et blanc qui supprimait toutes les sensations de dimension et de profondeur : les passants ressemblaient à des poupées de papier flottant au gré d’une douce brise. Accompagné des messagers qui s’efforçaient de ne pas se faire distancer, Hornkast traversa la place jusqu’à l’ascenseur privé, marchant toujours d’un pas vif malgré ses quatre-vingts ans.

La descente vers la zone impériale était interminable.

Mort ? Agonisant ? C’était inconcevable. Hornkast se rendit compte qu’il n’avait jamais envisagé que Tyeveras pût mourir inopinément de mort naturelle. Sepulthrove lui avait assuré que la machine était infaillible, que l’on pourrait prolonger la vie du Pontife encore vingt ou trente ans, peut-être même cinquante, si c’était nécessaire. Et le porte-parole avait supposé que son trépas serait la conséquence d’une décision politique soigneusement pesée et non pas un événement embarrassant se produisant sans préavis dans le courant d’une matinée ordinaire.

Et si c’était le cas ? Il faudrait immédiatement rappeler lord Valentin. Il serait furieux d’être obligé de revenir au Labyrinthe alors qu’il venait tout juste de commencer le Périple ! Je serai obligé de démissionner, songea Hornkast. Valentin voudra son propre porte-parole : Sleet, le petit homme au visage balafré ou peut-être le Vroon. Hornkast réfléchit à ce que serait l’initiation de l’un d’eux aux fonctions qu’il avait si longtemps assumées. Sleet, plein de mépris et de condescendance, ou le petit sorcier Vroon avec ses énormes yeux brillants, son bec, ses tentacules…

Ma dernière responsabilité sera donc d’instruire le nouveau porte-parole. Puis je partirai et je ne survivrai sûrement pas longtemps à la perte de ma charge. Je suppose qu’Elidath deviendra Coronal. Il paraît que c’est un brave homme, que lord Valentin l’aime beaucoup, presque comme un frère. Comme ce sera étrange, après tant d’années, d’avoir de nouveau un Pontife travaillant activement en collaboration avec son Coronal ! Mais je ne le verrai pas, je ne serai plus de ce monde.

C’est dans cet état d’esprit, rempli de pressentiments et de résignation qu’il parvint à la porte richement décorée qui donnait accès à la salle du trône impérial. Il glissa la main dans la fente d’identification et appuya sur la sphère froide et élastique qui se trouvait à l’intérieur. Au contact de ses doigts, la porte s’effaça, découvrant l’immense globe de la salle impériale, le trône surélevé en haut des trois larges degrés, les mécanismes complexes qui maintenaient Tyeveras artificiellement en vie et dans la bulle de verre bleuté où il vivait depuis tant d’années, la longue silhouette du Pontife, au visage décharné et parcheminé comme celui d’une momie, droit sur son siège, les mâchoires serrées, les yeux brillants encore d’une lueur inépuisable de vie.

Le groupe habituel de personnages grotesques se tenaient près du trône : le vieux Oilifon, le secrétaire privé, ratatiné et tremblant ; l’interprète pontifical des rêves, la magicienne Narrameer et Sepulthrove, le médecin, au nez crochu et à la peau couleur de boue séchée. Il émanait d’eux tous, même de Narrameer qui restait jeune et incroyablement belle grâce à ses pratiques magiques, une aura de vieillesse, de décrépitude, de mort. Hornkast, qui les voyait chaque jour depuis quarante ans, n’avait jusque-là jamais perçu avec autant d’acuité à quel point ils étaient horribles et il savait qu’il devait l’être aussi. Le temps est peut-être venu pour nous tous de disparaître, songea-t-il.

— Je suis venu dès que les messagers m’ont prévenu, dit-il. Il lança un regard vers le Pontife.

— Eh bien ? Il est mourant, c’est ça ? Je ne le trouve pas changé.

— Il est loin de mourir, dit Sepulthrove.

— Alors que se passe-t-il ?

— Écoutez, dit le médecin. Il recommence.

La créature enfermée dans la cage de verre se mit à remuer et à osciller très légèrement. Le Pontife émit un faible gémissement, puis une sorte de sifflement suivi d’un interminable gargouillement.

Hornkast avait déjà entendu ces bruits de nombreuses fois. C’était le langage que le Pontife s’était inventé dans sa terrible sénilité et que seul le porte-parole parvenait à comprendre. Certains de ces bruits formaient presque des mots ou des semblants de mots, dont la signification était encore évidente malgré leur manque de clarté. D’autres s’étaient au fil des années réduits à un simple son, mais Hornkast qui avait observé les différents stades de cette évolution savait comment les interpréter. Il y avait également des gémissements, des soupirs et des sanglots inarticulés. D’autres encore ne semblaient pas avoir de racines dans le langage humain, mais ils avaient une certaine complexité qui représentait peut-être des concepts perçus par Tyeveras au cours de son long isolement sans sommeil et qu’il était le seul à connaître.

— Ce que j’entends est normal, dit Hornkast.

— Attendez.

Il prêta l’oreille. Il entendit la suite de syllabes qui voulaient dire lord Malibor – le Pontife avait oublié les deux successeurs de lord Malibor et le croyait toujours Coronal – puis une suite de noms royaux, Prestimion, Confalume, Dekkeret. Encore Malibor. Le mot signifiant sommeil. Le nom d’Ossier qui avait été Pontife avant Tyeveras. Le nom de Kinniken qui avait précédé Ossier.

— Il erre dans le passé, comme cela lui arrive souvent. C’est pour cela que vous m’avez fait venir si vite…

— Attendez.

De plus en plus irrité, Hornkast concentra de nouveau son attention sur le monologue rudimentaire du Pontife et fut stupéfait d’entendre pour la première fois depuis de nombreuses années un mot parfaitement articulé et tout à fait reconnaissable :

— Vie.

— Vous avez entendu ? demanda Sepulthrove.

— Quand cela a-t-il commencé ? dit Hornkast en acquiesçant de la tête.

— Il y a deux heures, deux heures et demie.

— Majesté.

— Nous avons pris note de tout ce qu’il a dit, glissa Dilifon.

— Avez-vous compris d’autres mots ?

— Sept ou huit, répondit Sepulthrove. Mais il y en a peut-être que vous seul pourriez identifier.

— Est-il éveillé ou en train de rêver ? demanda Hornkast en se tournant vers Narrameer.

— Je crois qu’aucun de ces termes ne peut s’appliquer au Pontife, dit-elle. Il vit dans les deux états à la fois.

— Venez. Debout. Marchez.

— Il l’a déjà dit plusieurs fois, murmura Dilifon.

Puis ce fut le silence. Le Pontife semblait avoir sombré dans le sommeil mais ses yeux restaient ouverts. Hornkast le regarda d’un air sombre. Quand Tyeveras était tombé malade, au début du règne de lord Valentin, il avait paru logique de maintenir artificiellement le vieux Pontife en vie et Hornkast avait été l’un des plus fervents partisans du projet de Sepulthrove. Jamais auparavant un Pontife n’avait survécu à deux Coronals, de sorte que lorsque le troisième avait pris le pouvoir le Pontife était déjà très âgé. Cela avait faussé la dynamique du système impérial. À l’époque, Hornkast avait lui-même fait remarquer qu’on ne pouvait pas envoyer si vite lord Valentin au Labyrinthe compte tenu de sa jeunesse, de son inexpérience et des difficultés qu’il avait à maîtriser les tâches incombant au Coronal. Tout le monde reconnut qu’il était primordial que le Pontife reste encore quelques années sur le trône si on pouvait le maintenir en vie. Sepulthrove avait trouvé un moyen, mais il était rapidement devenu évident que Tyeveras sombrait dans la sénilité et évoluait dans une folie intermédiaire entre la vie et la mort.

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