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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Avec le feu et l’épée. Voilà le genre de retour à la maison que Tyrion désirait aussi. « Dix mille épées représentent un don princier, je vous l’accorde. Sa Grâce devrait être très satisfaite. »

Le maître opina modestement du chef, ses mentons ballottant. « Je ne me permettrais pas de préjuger de ce qui pourrait satisfaire Sa Grâce. »

Voilà qui est prudent de ta part. Tyrion avait tant et plus d’expérience de la gratitude des rois. Pourquoi devrait-il en aller différemment des reines ?

Avant peu, le maître dormit à poings fermés, laissant Tyrion méditer seul. Il se demanda ce que Barristan Selmy dirait de chevaucher à la bataille avec la Compagnie Dorée. Durant la guerre des Rois à Neuf Sous, Selmy s’était ouvert un chemin sanglant à travers leurs rangs pour abattre le dernier des prétendants Feunoyr. La rébellion met dans le même lit d’étranges compagnons. Nul couple plus étrange que ce pansu et moi.

Le marchand de fromages s’éveilla lorsqu’ils firent halte pour changer de chevaux, et demanda un nouveau panier. « Où en sommes-nous arrivés ? » s’enquit le nain tandis qu’ils s’empiffraient de chapon froid assorti d’un condiment composé de carottes, de raisins secs et de fragments de citron vert et d’orange.

« Nous sommes à Andalos, mon ami. Le pays d’où sont venus vos Andals. Ils l’ont pris aux hommes velus qui vivaient là avant eux, cousins des hommes velus d’Ib. Le cœur de l’ancien royaume d’Hugor s’étend au nord d’ici, mais nous traversons ses marches méridionales. À Pentos, on les appelle les Basses Landes. Plus loin à l’est se dressent les Collines de Velours, notre destination. »

Andalos. La Foi enseignait que les Sept en personne avaient jadis foulé les collines d’Andalos sous forme humaine. « Le Père tendit sa main vers les cieux pour en décrocher sept étoiles, récita Tyrion de mémoire, et une par une il les déposa sur le front d’Hugor de la Colline pour forger une lumineuse couronne. »

Maître Illyrio lui jeta un curieux regard. « Je n’imaginais pas mon petit ami si dévot. »

Le nain haussa les épaules. « Un vestige de mon enfance. Je savais que je ne serais jamais chevalier, aussi ai-je décidé de devenir Grand Septon. La couronne de cristal ajoute un bon pied à la stature d’un homme. J’ai étudié les saints Écrits et prié jusqu’à avoir des cals aux deux genoux, mais ma quête a connu une fin tragique. J’ai atteint l’âge fatal et je suis tombé amoureux.

— Une pucelle ? Je connais cela. » Illyrio plongea sa main droite dans sa manche gauche et en tira un médaillon d’argent. À l’intérieur se trouvait le portrait peint d’une femme aux grands yeux bleus et à la chevelure d’un blond pâle strié d’argent. « Serra. Je l’ai découverte dans une maison de plaisir lysienne et je l’ai ramenée chez moi pour réchauffer ma couche, mais en fin de compte je l’ai épousée. Moi, dont la première épouse avait été une cousine du prince de Pentos. Dès lors, les portes du palais m’ont été fermées, mais je m’en moquais. C’était un prix assez mince à payer, pour Serra.

— Comment est-elle morte ? » Tyrion savait qu’elle était morte ; personne ne parlait avec tant de tendresse d’une femme qui l’aurait abandonné.

« Une galéasse de commerce braavienne a fait escale à Pentos à son retour de la mer de Jade. Le Trésor transportait des clous de girofle et du safran, du jais et du jade, du samit écarlate et de la soie émeraude… Et la mort grise. Nous avons abattu ses rameurs quand ils ont débarqué à terre et nous avons incendié le navire à l’ancre, mais les rats étaient descendus le long des rames et ont trottiné jusqu’au quai sur des pattes en pierre froide. La peste a emporté deux mille personnes avant de s’épuiser. » Maître Illyrio referma le médaillon. « Je conserve ses mains dans ma chambre à coucher. Ses mains qui étaient si douces… »

Tyrion songea à Tysha. Il jeta un coup d’œil à l’extérieur sur ces champs qu’avaient autrefois foulés les dieux. « Quelle sorte de dieu faut-il être pour créer les rats, les épidémies et les nains ? » Un autre passage de L’Étoile à Sept branches lui revint. « La Jouvencelle lui présenta une pucelle aussi souple que le saule, avec des yeux comme de profonds bassins bleus, et Hugor déclara qu’il la prendrait pour épouse. Aussi la Mère la rendit-elle fertile, et l’Aïeule prédit-elle qu’elle donnerait au roi quarante et quatre fils vaillants. Le Guerrier donna force à leurs bras, tandis que le Forgeron façonnait pour chacun une armure de plaques de fer.

— Votre Forgeron devait être rhoynar, plaisanta Illyrio. Les Andals ont appris des Rhoynars qui vivaient sur les bords du fleuve l’art de travailler le fer. C’est connu.

— Pas de nos septons. » Tyrion indiqua d’un geste les champs. « Qui peuple vos Basses Landes ?

— Serfs et laboureurs, enchaînés à la terre. Il y a des vergers, des fermes, des mines… Je possède moi-même un peu de tout cela, mais je le visite rarement. Pourquoi devrais-je perdre mon temps ici, avec la myriade de plaisirs de Pentos si proche ?

— Une myriade de plaisirs. » Et ses énormes remparts bien épais. Tyrion fit tourner son vin dans sa coupe. « Nous n’avons plus vu de ville depuis Pentos.

— Il y a des ruines. » Illyrio agita une cuisse de poulet en direction des rideaux. « Les seigneurs des chevaux viennent par ici, chaque fois qu’un khal se met en tête de contempler la mer. Les Dothrakis n’aiment guère les villes, vous devez le savoir, même à Westeros.

— Abattez-vous sur un de ces khalasars et détruisez-le, et vous pourriez constater que les Dothrakis sont moins enclins à franchir la Rhoyne.

— Il coûte moins cher de payer le départ des ennemis avec de la nourriture et des cadeaux. »

Si seulement j’avais eu l’idée d’emporter un bon fromage, lors de la bataille de la Néra, je posséderais peut-être encore mon nez dans son intégralité. Lord Tywin avait toujours tenu les Cités libres en grand mépris. Ils se battent avec des pièces au lieu d’épées, disait-il. L’or a son emploi, mais c’est le fer qui remporte les guerres. « Donnez de l’or à un ennemi, et il reviendra simplement en réclamer davantage, disait toujours mon père.

— C’est bien le père que vous avez assassiné ? » Illyrio jeta son os de poulet hors de la litière. « Les épées-louées ne tiennent pas face aux gueulards dothrakis. Cela a été prouvé à Qohor.

— Pas même votre vaillant Griff ? se moqua Tyrion.

— Griff est différent. Il a un fils dont il est fou. Griff le Jeune, le garçon s’appelle. Jamais il n’y a eu plus noble jeune homme. »

Le vin, la chère, le soleil, le balancement de la litière, le bourdonnement des mouches, tout conspirait à rendre Tyrion somnolent. Et donc il somnola, s’éveilla, il but. Illyrio rendit coupe pour coupe. Et tandis que le ciel virait à un mauve crépusculaire, le pansu se mit à ronfler.

Cette nuit-là, Tyrion Lannister rêva d’une bataille qui teignait les collines de Westeros d’un rouge de sang. Il se trouvait en plein milieu, octroyant la mort avec une hache aussi grande que lui, combattant aux côtés de Barristan le Hardi et d’Aigracier tandis que tournoyaient des dragons au-dessus d’eux dans les cieux. Dans le rêve, il avait deux têtes, toutes deux dépourvues de nez. Son père menait l’ennemi, aussi le tua-t-il une fois de plus. Puis il tua son frère Jaime, le frappant au visage jusqu’à ce que n’en reste que ruines sanglantes, riant à chaque coup qu’il portait. Ce ne fut qu’une fois le combat terminé qu’il s’aperçut que sa seconde tête pleurait.

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