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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— Nous y voilà donc revenus ? Vous êtes un petit homme obstiné. » Illyrio poussa un rire et se claqua la bedaine. « Comme vous voulez. Le Roi Gueux a juré que je serais son maître des finances, et lord de plein droit, par-dessus le marché. Une fois qu’il porterait sa couronne d’or, je devais avoir mon choix d’un château… Même Castral Roc, si tel était mon désir. »

Le vin de Tyrion lui remonta par le moignon balafré qui avait été son nez. « Mon père aurait été ravi d’entendre cela.

— Le seigneur votre père n’aurait eu nulle cause d’émoi. Que voudrais-je d’un roc ? Ma demeure est assez vaste pour un seul homme, et plus confortable que vos châteaux ouestriens si pleins de courants d’air. Grand Argentier, en revanche… » Le pansu écala un nouvel œuf. « J’aime la monnaie. Y a-t-il son aussi doux que le tintement de l’or contre l’or ? »

Les hurlements d’une sœur. « Êtes-vous bien certain que Daenerys tiendra les promesses de son frère ?

— Elle les tiendra ou pas. » Illyrio sectionna l’œuf en deux d’un coup de dents. « Je vous l’ai dit, mon petit ami, tous les actes d’un homme ne visent pas le profit. Croyez ce qu’il vous plaira, mais même de vieux imbéciles gras tels que moi ont des amis, et des dettes d’affection à payer. »

Menteur, songea Tyrion. Il y a dans cette entreprise quelque chose qui vaut pour toi plus que de l’or ou des châteaux. « On rencontre tellement peu de gens qui placent l’amitié au-dessus de l’or, de nos jours.

— Ce n’est que trop vrai, répondit le pansu, sourd à son ironie.

— Comment se fait-il que l’Araignée vous soit devenu si cher ?

— Nous avons été jeunes ensemble, deux jouvenceaux à Pentos.

— Varys est originaire de Myr.

— Certes. Je l’ai rencontré peu de temps après son arrivée, avec quelques pas d’avance sur les négriers. Le jour, il dormait dans les égouts ; la nuit, il rôdait comme un chat sur les toits. J’étais presque aussi pauvre, un spadassin en soies crasseuses, vivant de ma lame. Peut-être avez-vous eu l’occasion de remarquer la statue près de mon bassin ? Pytho Malanon l’a sculptée lorsque j’avais seize années. Une œuvre charmante, même si je pleure, de nos jours, en la regardant.

— L’âge nous délabre tous. Je porte toujours le deuil de mon nez. Mais Varys…

— À Myr, c’était un prince des voleurs, jusqu’à ce qu’un larron concurrent le dénonce. À Pentos, son accent le trahissait, et une fois qu’on a su qu’il était eunuque, on l’a méprisé et battu. Pourquoi il m’a choisi pour le protéger je ne le saurai sans doute jamais, mais nous avons conclu un arrangement. Varys surveillait les petits voleurs et s’appropriait leurs larcins. J’offrais mon secours à leurs victimes, en promettant de recouvrer leurs objets précieux, pour un salaire. Très vite, quiconque avait subi une perte sut qu’il fallait venir me voir, tandis que les malandrins et les vide-gousset de la cité allaient trouver Varys… Une moitié pour lui trancher la gorge, l’autre pour lui vendre ce qu’ils avaient volé. Nous nous sommes tous deux enrichis, et plus encore quand Varys a formé ses souris.

— À Port-Réal, il avait des oisillons.

— Il les appelait des souris, à l’époque. Les voleurs plus âgés étaient des imbéciles qui ne réfléchissaient pas plus loin que pour troquer une nuit de butin contre du vin. Varys préférait les orphelins et les jeunes filles. Il choisissait les plus menus, ceux qui étaient vifs et silencieux, et leur apprenait à escalader les murs et à descendre par les cheminées. Il leur enseignait également à lire. Nous laissions l’or et les joyaux aux voleurs ordinaires. Nos souris volaient plutôt des lettres, des registres, des cartes… Par la suite, ils les ont lus et laissés en place. Les secrets ont plus de prix que l’argent ou les saphirs, affirmait Varys. Précisément. Je suis devenu tellement respectable qu’un cousin du prince de Pentos m’a laissé épouser sa pucelle de fille, tandis que la rumeur du talent d’un certain eunuque franchissait le détroit pour parvenir aux oreilles d’un certain roi. Un roi fort inquiet, qui ne se fiait pas absolument à son fils, ni à sa femme, ni à sa Main, un ami de jeunesse devenu arrogant et trop orgueilleux. Je crois bien que vous connaissez le reste de l’histoire, n’est-ce pas ?

— En grande partie, reconnut Tyrion. Je constate que vous êtes un peu plus qu’un marchand de fromages, finalement. »

Illyrio inclina la tête. « C’est aimable de votre part de dire cela, mon petit ami. Et, pour ma part, je vois que vous êtes aussi vif que lord Varys l’affirmait. » Il sourit, exposant tous ses chicots jaunes et tordus, et demanda en criant une autre amphore de feuvin myrien.

Quand le maître sombra dans le sommeil avec l’amphore de vin près de son coude, Tyrion avança à croupetons sur les coussins pour l’extraire de sa prison de chair et s’en verser une coupe. Il la vida, bâilla, et remplit de nouveau sa coupe. Si je bois assez de feuvin, se dit-il, peut-être rêverai-je de dragons.

Lorsqu’il était encore un enfant solitaire dans le tréfonds de Castral Roc, il avait maintes fois chevauché des dragons au fil des nuits, se prenant pour un jeune prince targaryen perdu, ou un seigneur des dragons valyrien planant haut au-dessus des prairies et des montagnes. Un jour que ses oncles lui avaient demandé quel cadeau il voulait pour son anniversaire, il les supplia de lui offrir un dragon. « Point besoin qu’il soit grand. Il pourrait être tout petit, comme moi. » Son oncle Gerion estima qu’il n’avait jamais rien entendu de plus drôle, mais son oncle Tygett lui expliqua : « Le dernier dragon est mort il y a un siècle, mon garçon. » L’injustice lui avait paru si monstrueuse que le garçonnet s’était endormi en pleurant, cette nuit-là.

Et pourtant, s’il fallait en croire le seigneur des fromages, la fille du Roi Fou avait fait éclore trois dragons vivants. Deux de plus qu’il n’était nécessaire, même pour une Targaryen. Tyrion regrettait presque d’avoir tué son père. Il aurait aimé voir la trogne de lord Tywin en apprenant qu’une reine targaryen faisait route vers Westeros avec trois dragons, soutenue par un eunuque machiavélique et un marchand de fromages gros comme la moitié de Castral Roc.

Le nain était tellement repu qu’il dut lâcher sa ceinture et le lacet supérieur de ses chausses. Les vêtements de garçonnet dont l’avait revêtu son hôte lui donnaient l’impression d’être une saucisse de dix livres engoncée dans une peau de cinq. Si nous nous empiffrons de la sorte tous les jours, j’aurai les mensurations d’Illyrio avant de rencontrer cette reine dragon. À l’extérieur de la litière, la nuit était tombée. À l’intérieur, tout était noir. Tyrion perçut les ronflements d’Illyrio, le grincement des sangles de cuir, le lent martèlement des sabots ferrés de l’équipage sur la solide route valyrienne, mais son cœur écoutait battre le cuir de grandes ailes.

À son réveil, l’aube était venue. Les chevaux avançaient toujours, la litière craquant et tanguant entre eux. Tyrion écarta le rideau d’un pouce ou deux pour jeter un coup d’œil au-dehors, mais il n’y avait pas grand-chose à voir, sinon l’ocre des champs, des ormes nus et bruns et la route elle-même, une large chaussée empierrée qui courait, droite comme une lance, jusqu’à l’horizon. Ses lectures lui avaient parlé des routes valyriennes, mais c’était la première qu’il voyait. L’emprise des Possessions s’était exercée jusqu’à Peyredragon, jamais sur le continent de Westeros proprement dit. Curieux, ça. Peyredragon n’est qu’un caillou. Les richesses se trouvaient plus loin à l’ouest, mais ils avaient des dragons. Assurément, ils devaient connaître leur présence.

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