Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Quand il s’éveilla, ses jambes rabougries étaient raides comme du fer. Illyrio picorait des olives. « Où sommes-nous ? lui demanda Tyrion.
— Nous n’avons pas encore quitté les Basses Landes, mon impatient ami. Bientôt notre route nous conduira dans les Collines de Velours. Là débute notre ascension vers Ghoyan Drohe, sur la Petite Rhoyne. »
Ghoyan Drohe avait été une cité rhoynar jusqu’à ce que les dragons de Valyria la réduisent à une désolation embrasée. Je parcours les années en même temps que les lieues, songea Tyrion, en remontant l’histoire jusqu’à l’époque où les dragons dominaient la Terre.
Tyrion dormit, s’éveilla et se rendormit, et jour ou nuit semblait sans importance. Les Collines de Velours se révélèrent décevantes. « La moitié des putains de Port-Lannis ont des seins plus gros que ces collines, déclara-t-il à Illyrio. Vous devriez les appeler les tétines de velours. » Ils virent un cercle de pierres dressées dont Illyrio affirma qu’elles avaient été mises en place par des géants, et plus tard un lac profond. « Ici se situait un repaire de brigands qui s’en prenaient à tous ceux qui passaient par ici, raconta Illyrio. On prétend qu’ils vivent toujours sous l’eau. Ceux qui pèchent dans le lac sont entraînés sous les flots et dévorés. » Le soir suivant, ils arrivèrent devant un énorme sphinx valyrien accroupi au bord de la route. Il avait un corps de dragon et un visage de femme.
« Une reine dragon, fit remarquer Tyrion. Agréable présage.
— Son roi a disparu. » Illyrio indiqua le piédestal de pierre lisse sur lequel se dressait jadis le second sphinx, désormais couvert de mousse et de lianes en fleur. « Les seigneurs des chevaux ont construit au-dessous des roues de bois pour le tirer jusqu’à Vaes Dothrak. »
Encore un présage, songea Tyrion, mais pas aussi encourageant.
Cette nuit-là, plus soûl qu’à l’ordinaire, il se lança subitement dans une chanson :
Il ne connaissait que ces paroles, hormis le refrain. Des mains d’or sont toujours froides, mais chaudes sont celles d’une femme. Les mains de Shae l’avaient martelé tandis que les mains d’or s’enfonçaient dans sa gorge. Il ne se souvenait pas si elles avaient été chaudes ou pas. Plus ses forces la quittaient, et plus ses coups devenaient papillons, qui voletaient autour du visage de Tyrion. Chaque fois qu’il donnait un tour supplémentaire à la chaîne, les mains d’or s’enfonçaient un peu plus. Chaîne et donjon sont lors frivolité, comparés aux baisers d’une femme. Lui avait-il donné un dernier baiser, une fois morte ? Il ne parvenait pas à se souvenir… Mais il se rappelait encore leur premier, dans sa tente sur les rives de la Verfurque. Que le goût de sa bouche avait été doux.
Il se souvenait également de sa première fois avec Tysha. Elle ne savait pas y faire, pas plus que moi. Nous n’arrêtions pas de nous cogner le nez, mais quand j’ai touché sa langue de la mienne, elle a frémi. Tyrion ferma les yeux pour invoquer son visage dans son esprit, mais il vit à la place son père, accroupi sur une chaise percée, sa chemise de nuit remontée autour de sa taille. « Où vont les putes », déclara lord Tywin, et l’arbalète vrombit.
Le nain se retourna, pressant un demi-nez dans les profondeurs des oreillers de soie. Le sommeil s’ouvrit sous lui comme un puits, et il s’y jeta avec décision et laissa les ténèbres le dévorer.
Le domestique du marchand
L’Aventure puait.
Il s’enorgueillissait de soixante rames, d’une seule voile et d’une longue coque mince, promesse de vitesse. Petit, mais ça pourrait faire l’affaire, avait songé Quentyn en le voyant. Toutefois, c’était avant de monter à bord et de bien le humer. Des cochons, avait-il d’abord pensé, mais après avoir reniflé une deuxième fois, il se ravisa. L’odeur des pourceaux était plus propre. Ici régnait un remugle de pisse et de viande en putréfaction, d’excréments, une infection de chair de cadavre et de plaies purulentes, de blessures gangrenées, d’une telle puissance qu’elle couvrait l’air marin et l’odeur de poisson du port.
« J’ai envie de vomir », confia-t-il à Gerris Boisleau. Ils attendaient qu’apparaisse le maître à bord, transpirant sous la chaleur tandis que les relents immondes montaient du pont sous leurs pieds.
« Si le capitaine pue autant que son navire, il risque de prendre votre vomi pour du parfum », répliqua Gerris.
Quentyn allait suggérer d’essayer un autre bâtiment lorsque le commandant fit enfin son apparition, flanqué de deux membres d’équipage d’aspect crapuleux. Gerris l’accueillit avec un sourire. Malgré une maîtrise du volantain inférieure à celle de Quentyn, leur ruse exigeait qu’il parlât pour eux deux. À Bourg-Cabanes, Quentyn avait joué les marchands de vin, mais cette comédie l’avait irrité, si bien qu’en changeant de bateau à Lys, les Dorniens avaient par la même occasion interverti les rôles. À bord de la Sternelle, Cletus Ferboys était devenu le marchand, et Quentyn le valet ; à Volantis, avec Cletus mort, Gerris avait endossé le rôle du maître.
Grand et blond, avec des yeux bleu-vert, des cheveux pâles éclaircis par le soleil, et un corps mince et agréable, Gerris Boisleau marchait avec un air conquérant, une assurance qui confinait à l’arrogance. Jamais il ne donnait l’impression d’être mal à l’aise et même lorsqu’il ne parlait pas la langue du cru, il savait se faire comprendre. Quentyn avait piteuse mine, en comparaison – jambes courtaudes et carrure râblée, massive, avec des cheveux bruns comme la terre fraîchement retournée. Il avait le front trop haut, la mâchoire trop carrée, le nez trop épaté. Un brave et honnête visage, l’avait décrit un jour une fille, mais vous devriez sourire davantage.
Les sourires n’étaient jamais venus aisément à Quentyn Martell, non plus qu’au seigneur son père.
« Quelle vitesse peut atteindre votre Aventure ? » s’enquit Gerris dans une approximation trébuchante du haut valyrien.
Le maître de l’Aventure reconnut l’accent et répondit dans la Langue Commune de Westeros. « Il en est pas de plus véloce, honorable seigneur. L’Aventure peut distancer le vent même. Dites-moi où vous avez l’intention de naviguer, et promptement je vous y mènerai.
— Je cherche à traverser jusqu’à Meereen, pour moi et deux domestiques. »
Cela fit réfléchir le capitaine. « Meereen m’est certes pas étrangère. Je pourrais retrouver la cité, oui… Mais pourquoi ? On vend pas d’esclaves à Meereen, aucun bénéfice à en tirer. La reine d’argent a mis un terme à tout cela. Elle a même fermé les arènes de combat, si bien qu’un pauvre matelot peut même pas se distraire en attendant de remplir ses cales. Dites-moi, ami ouestrien, qu’y a-t-il à Meereen qui vous donne envie d’y aller ? »
La plus belle femme du monde, songea Quentyn. Ma future épouse, si les dieux sont bons. Parfois la nuit, il restait éveillé à imaginer son visage et son corps, et à se demander pourquoi une femme pourrait même avoir envie de l’épouser, lui, entre tous les princes de ce monde. Je suis Dorne, se répéta-t-il. De Dorne, elle voudra.