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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Quentyn aurait préféré marcher, mais ils se trouvaient à des milles de leur auberge. D’ailleurs, l’aubergiste du Comptoir des Marchands l’avait mis en garde : aller à pied risquait de les déprécier à la fois aux yeux des capitaines étrangers et des Volantains de souche. Les gens de qualité se déplaçaient en palanquin, ou à l’arrière d’un hathay… Et, tenez, justement, l’aubergiste avait un cousin qui possédait plusieurs de ces véhicules et se ferait un plaisir de se mettre à leur service en ce domaine.

Leur conducteur était un des esclaves du cousin, un petit bonhomme portant une roue tatouée sur la joue, vêtu uniquement d’un pagne et d’une paire de sandales. Il avait la peau couleur de teck, les yeux en éclats de silex. Après les avoir aidés à se hisser sur le banc capitonné placé entre les deux énormes roues de bois, il grimpa sur le dos de l’éléphant. « Le Comptoir des Marchands, lui indiqua Quentyn. Mais en suivant les quais. » Au-delà du front de mer et de ses brises, les rues et ruelles de Volantis étaient assez torrides pour vous noyer dans votre propre sueur, du moins sur cette rive du fleuve.

Le conducteur cria quelque chose à son éléphant dans la langue du cru. L’animal se mit en marche, balançant sa trompe d’un côté à l’autre. Le chariot s’ébranla à sa suite, le conducteur hurlant indifféremment aux matelots et aux esclaves de dégager le passage. Distinguer les uns des autres ne présentait guère de difficultés. Les seconds arboraient tous des tatouages : un masque de plumes bleues, un éclair qui courait de la mâchoire au front, une pièce sur une joue, des taches de léopard, un crâne, une cruche. D’après mestre Kaedry, Volantis comptait cinq esclaves pour un homme libre, mais il n’avait pas vécu assez longtemps pour vérifier son assertion. Il avait péri le matin où des corsaires avaient pris la Sternelle à l’abordage.

Quentyn avait perdu deux amis, ce même jour – William Wells, avec ses taches de rousseur et ses dents en désordre, intrépide avec une lance, et Cletus Ferboys, bel homme malgré son strabisme, toujours à courir, toujours à rire. Cletus avait été l’ami le plus cher de Quentyn pendant une moitié de sa vie, un frère à tous égards, sinon par le sang. « Donne un baiser à ta femme pour moi », lui avait chuchoté Cletus, juste avant de mourir.

Les corsaires avaient lancé l’abordage dans les ténèbres qui précèdent l’aube, alors que la Sternelle flottait à l’ancre au large des Terres Disputées. L’équipage les avait repoussés, au prix de douze vies. Les marins avaient ensuite dépouillé les cadavres des corsaires de leurs bottes, de leurs ceinturons et de leurs armes, partagé le contenu de leurs bourses, arraché les pierres précieuses à leurs oreilles et les bagues à leurs doigts. Un des corps était tellement obèse que le coq du navire avait dû lui trancher les doigts au couperet afin de s’emparer de ses bagues. Il avait fallu trois hommes pour rouler le cadavre à la mer. On avait précipité les autres pirates à sa suite, sans prières ni cérémonie.

Ils avaient traité leurs propres morts avec plus de tendresse. Les marins avaient cousu les corps à l’intérieur de toiles, lestées de pierres en ballast, afin qu’ils coulent plus vite. Le capitaine de la Sternelle avait prononcé une prière avec son équipage pour l’âme de leurs amis défunts. Puis il s’était tourné vers ses passagers dorniens, les trois rescapés sur les six qui étaient montés à bord à Bourg-Cabanes. Même le mastodonte avait émergé, pâle, verdâtre, le pied vacillant, quittant les profondeurs de la cale pour rendre un dernier hommage. « L’un d’entre vous devrait dire quelques mots pour vos trépassés, avant que nous les donnions à la mer », suggéra le capitaine. Gerris s’en était chargé, mentant un mot sur deux, puisqu’il ne pouvait pas révéler la vérité sur leur compte, ni la raison de leur voyage.

Les choses n’auraient pas dû s’achever ainsi, pour eux. « Ce sera une histoire à raconter à nos petits-enfants », avait décrété Cletus le jour où ils avaient quitté le château de son père. Will avait fait une grimace en entendant ces mots et répondu : « Une histoire à raconter aux serveuses, tu veux dire, dans l’espoir qu’elles troussent leurs jupons. » Cletus lui avait flanqué une claque dans le dos. « Pour avoir des petits-enfants, faut des enfants. Pour avoir des enfants, faut trousser quelques jupons. » Plus tard, à Bourg-Cabanes, les Dorniens avaient bu à la santé de la future épouse de Quentyn, ri de quelques ribauderies sur sa future nuit de noces, et parlé des merveilles qu’ils allaient voir, des exploits qu’ils allaient accomplir, de la gloire qu’ils allaient remporter. Tout ce qu’ils y avaient gagné, c’était un sac en toile de voile lesté de pierres pour ballast.

Malgré tout le chagrin qu’il ressentait pour Will et Cletus, c’était la perte du mestre qui affectait le plus vivement Quentyn. Kaedry parlait couramment les langues de toutes les cités libres, et même le ghiscari abâtardi qu’emploient les hommes sur les côtes de la baie des Serfs. « Mestre Kaedry vous accompagnera, lui avait déclaré son père, la nuit de leur départ. Écoute ses avis. Il a consacré la moitié de sa vie à l’étude des neuf Cités libres. » Quentyn se demandait si leur situation n’aurait pas été facilitée avec lui, ici, pour les guider.

« Je vendrais ma mère pour un souffle de brise, se plaignit Gerris tandis qu’ils roulaient à travers la foule des quais. Pas encore midi, et il fait moite comme dans le con de la Pucelle. Je déteste cette ville. »

Quentyn partageait son sentiment. La morne touffeur de Volantis sapait ses forces et le laissait avec une impression de crasse. Le pire, c’était de savoir que la nuit n’apporterait aucun soulagement. Dans les hautes pâtures au nord des domaines de lord Ferboys, l’air était frais et sec en permanence après la tombée de la nuit, si chaud qu’ait pu être la journée. Pas ici. À Volantis, la nuit était presque aussi étouffante que le jour.

« Demain, la Déesse prend la mer pour la Nouvelle-Ghis, lui rappela Gerris. Ça nous rapprocherait un peu.

— La Nouvelle-Ghis est une île, et un port bien plus petit qu’ici. Nous serions plus près, certes, mais nous pourrions nous y retrouver bloqués. Et la Nouvelle-Ghis s’est alliée aux Yunkaïis. » La nouvelle n’avait pas surpris Quentyn. La Nouvelle-Ghis et Yunkaï étaient deux cités ghiscaries. « Si Volantis se mêlait de les rejoindre…

— Nous devons trouver un navire ouestrien, suggéra Gerris, un marchand de Port-Lannis ou de Villevieille.

— Il en vient peu jusqu’ici, et ceux qui le font chargent leurs cales de soie et d’épices de la mer de Jade, avant de rentrer chez eux.

— Un navire braavien, peut-être ? On a signalé des voiles pourpres jusqu’à Asshaï et aux îles de la mer de Jade.

— Les Braaviens descendent d’esclaves évadés. Ils ne commercent pas dans la baie des Serfs.

— Aurait-on assez d’or pour acheter un navire ?

— Et qui le pilotera ? Toi ? Moi ? » Les Dorniens n’avaient jamais été un peuple de marins, pas depuis que Nymeria avait brûlé ses dix mille vaisseaux. « Les mers qui entourent Valyria sont dangereuses, et grouillent de corsaires.

— Les corsaires, j’en ai eu mon content. N’achetons pas de navire. »

Ce n’est toujours qu’un jeu, pour lui, s’aperçut Quentyn, sans différence avec la fois où il mena six d’entre nous dans les montagnes trouver l’ancien repaire du Roi Vautour. Il n’était pas dans la nature de Gerris Boisleau d’imaginer qu’ils puissent échouer, et moins encore qu’ils puissent périr. Même la perte de trois amis n’avait pas réussi à l’assagir, apparemment. Il me laisse ce soin. Il sait que je suis aussi prudent de nature qu’il est téméraire.

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