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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Gerris répondit par le conte qu’ils avaient échafaudé. « Notre famille fait le négoce du vin. Mon père possède à Dorne d’immenses vignobles et souhaite que je trouve d’autres marchés. Il faut espérer que le bon peuple de Meereen accueillera avec faveur ce que j’ai à vendre.

— Du vin ? Du vin de Dorne ? » Le capitaine n’était pas convaincu. « Les cités esclavagistes sont en guerre. Se pourrait-il que vous l’ignoriez ?

— Les combats opposent Yunkaï et Astapor, à ce que nous avons entendu dire. Meereen n’est pas concernée.

— Pour le moment, non. Un émissaire de la Cité Jaune visite Volantis en ce moment même, pour engager des épées. Les Longues Lances ont déjà mis les voiles pour Yunkaï, et les Erre-au-Vent et la Compagnie du Chat suivront, une fois qu’ils auront fini d’étoffer leurs rangs. La Compagnie Dorée marche également vers l’est. Tout ceci est connu.

— Si vous le dites. Je m’occupe de vin, pas de guerres. Les vins ghiscaris sont de mauvaise qualité, tout le monde s’entend là-dessus. Les Meereeniens paieront un bon prix pour mes excellents crus dorniens.

— Les morts se fichent bien du vin qu’ils boivent. » Le maître de l’Aventure tripotait sa barbe. « M’est avis que je suis pas le premier capitaine que vous approchez. Ni même le dixième.

— Non, reconnut Gerris.

— Combien, alors ? Cent ? »

Pas loin, songea Quentyn. Les Volantains aimaient à se vanter, disant qu’on pouvait engloutir les cent îles de Braavos dans le profond de leur rade sans laisser de traces. Quentyn n’avait jamais vu Braavos, mais il voulait bien le croire. Riche, mûre et gâtée, Volantis enveloppait l’embouchure de la Rhoyne comme un grand baiser humide, s’étendant sur les collines et les marais des deux côtés du fleuve. Partout, des navires, qui descendaient le fleuve ou prenaient la mer, occupant les quais et les pontons, chargeant ou déchargeant leurs cargaisons : des bâtiments de guerre et des baleiniers, des galéasses de commerce, des caraques et des yoles, des cogues grandes et petites, des drakkars et des bateaux-cygne, des navires de Lys, de Tyrosh et de Pentos. Des vaisseaux d’épice qarthiens vastes comme des palais, des bateaux de Tolos, de Yunkaï et des Basilics. Tellement nombreux qu’en découvrant le port du pont de la Sternelle, Quentyn avait annoncé à ses amis qu’ils ne s’attarderaient pas ici plus de trois jours.

Vingt avaient passé, pourtant, et ils étaient encore là, et toujours sans bateau. Les capitaines de la Mélantine, de la Fille du Triarque et du Baiser de la Sirène leur avaient tous dit non. Le second du Hardi Voyageur leur avait ri au nez. Le maître du Dauphin les avait rabroués de lui faire perdre son temps, et le propriétaire du Septième fils les avait accusés d’être des pirates. Et tout cela, le premier jour.

Seul le capitaine du Faon leur avait donné les raisons de son refus. « C’est vrai, je fais voile vers l’est, leur avait-il dit, tandis qu’ils buvaient du vin coupé. Au sud pour contourner Valyria et, de là, vers le soleil levant. Nous chargerons de l’eau et des vivres à la Nouvelle-Ghis, pour faire ensuite force de rames vers Qarth et les Portes de Jade. Tout voyage a ses périls, et les longs plus que les autres. Pourquoi devrais-je m’en ajouter en entrant dans la baie des Serfs ? Le Faon est mon seul moyen de subsistance. Je ne vais pas le mettre en danger pour conduire trois cinglés de Dorniens au beau milieu d’une guerre. »

Quentyn commençait à se dire qu’ils auraient mieux fait de s’acheter un navire à Bourg-Cabanes. Toutefois, cela aurait attiré une attention indésirable. L’Araignée avait des espions partout, même dans les palais de Lancehélion. « Le sang de Dorne coulera si vos buts sont dévoilés », l’avait mis en garde son père tandis qu’ils regardaient les enfants s’ébattre dans les bassins et fontaines des Jardins aquatiques. « Ne t’y trompe pas, nous sommes en train de commettre une trahison. Ne te fie qu’à tes compagnons, et efforcez-vous de ne pas attirer les regards. »

Et donc, Gerris Boisleau adressa au capitaine de l’Aventure son plus désarmant sourire. « Pour parler franc, je n’ai pas tenu le décompte de tous les poltrons qui ont refusé, mais au Comptoir des Marchands, j’ai entendu dire que vous étiez un individu d’une trempe plus hardie, du genre à tout risquer pour une quantité suffisante d’or. »

Un contrebandier, songea Quentyn. C’était ainsi que les autres négociants lui avaient décrit le maître de l’Aventure, au Comptoir des Marchands. « C’est un contrebandier et un trafiquant d’esclaves, moitié pirate et moitié maquereau, mais il pourrait bien représenter votre meilleur espoir », leur avait déclaré l’aubergiste.

Le capitaine frotta ensemble son pouce et son index. « Et combien d’or jugeriez-vous suffisant pour un tel voyage ?

— Trois fois votre prix habituel pour un passage vers la baie des Serfs.

— Pour chacun de vous ? » Le capitaine découvrit ses dents d’une façon qui pouvait vouloir représenter un sourire, mais dotait son visage étroit d’une expression animale. « Il se peut. Au vrai, je suis plus audacieux que la moyenne. Quand voudriez-vous partir ?

— Demain ne serait pas trop tôt.

— Marché conclu. Revenez une heure avant le point du jour, avec vos amis et vos vins. Mieux vaut prendre la mer tant que Volantis dort, pour que personne pose de questions indiscrètes sur notre destination.

— Comme vous dites. Une heure avant l’aube. »

Le sourire du capitaine s’élargit. « Heureux de pouvoir vous aider. Nous ferons bon voyage, hein ?

— J’en suis certain », répondit Gerris. Le capitaine commanda alors de la bière, et ils burent tous deux à leur entreprise.

« Un homme délicieux », déclara Gerris ensuite, tandis qu’il regagnait avec Quentyn la base de la jetée où attendait leur hathay de louage. L’air était chaud et lourd, et le soleil si éclatant que les deux hommes plissaient les yeux.

« Toute la ville est délicieuse », acquiesça Quentyn. Tellement qu’on s’y pourrirait les dents. On cultivait des profusions de betterave sucrière, dans la région, et on en servait presque à chaque repas. Les Volantains la préparaient en soupe froide, aussi épaisse et riche que du miel mauve. Leurs vins également étaient délicieux, et très sucrés. « Je crains toutefois que notre beau voyage ne soit bref. Ce délicieux personnage n’a aucune intention de nous emmener à Meereen. Il a accepté ton offre trop rapidement. Il va encaisser le triple du prix habituel, sans aucun doute, et, une fois que nous serons à bord et la terre hors de vue, il va nous couper la gorge et récupérer le reste de notre or, par-dessus le marché.

— Ou nous enchaîner à un banc de nage, à côté de ces pauvres diables dont nous humions les relents. Il faudrait trouver un contrebandier de plus haute volée, à mon avis. »

Leur conducteur les attendait auprès de son hathay. À Westeros, on aurait parlé de char à bœuf, même si le véhicule était considérablement plus ornementé que n’importe quelle carriole que Quentyn avait eu l’occasion de voir à Dorne, et dépourvu de bœuf. Le hathay était tracté par un éléphant nain au cuir couleur de neige sale. Les artères de l’antique Volantis étaient remplies de ses congénères.

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