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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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Dans l'exemple suivant nous avons un excellent cas d'aveu involontaire par lapsus. Certaines des circonstances qui l'ont accompagné justifient sa reproduction complète d'après la communication publiée par M. A. A. Brill dans Zentralbl. f. Psychoanalyse (2e année, 1) [36].

«Je me promène un soir avec le Dr Frink, et nous nous entretenons des affaires de la Société Psychanalytique de New York. Nous rencontrons un collègue, le Dr R., que je n'ai pas vu depuis des années et dont j'ignore totalement la vie privée. Nous sommes très contents, l'un et l'autre, de nous retrouver, et nous nous rendons, sur ma proposition, dans un café où nous passons deux heures dans une conversation animée. R. paraissait être au courant de ma vie, car, après les salutations d'usage, il me demande des nouvelles de mon enfant et ajoute qu'il a souvent de mes nouvelles par un ami commun et qu'il s'intéresse à ce que je fais, depuis qu'il a été mis au courant de mes travaux par les journaux médicaux. Lorsque je lui demande s'il est marié, il répond négativement et ajoute:«Pourquoi voulez-vous qu'un homme comme moi se marie?»

«Au moment de quitter le café, il s'adresse brusquement à moi: «Je voudrais bien savoir ce que vous feriez dans un cas comme celui-ci: je connais une infirmière qui est impliquée, à titre de complice, dans un procès en divorce. La femme a intenté le procès à son mari, dénoncé la complicité de l'infirmière, et il a obtenu le divorce [37].» Ici je l'interromps: «vous voulez dire qu'elle a obtenu le divorce.» Il se reprend aussitôt:«Naturellement, c'est elle qui a obtenu le divorce», et il me raconte ensuite que le procès et le scandale qu'il a soulevé ont tellement bouleversé l'infirmière qu'elle s'est mise à boire, que ses nerfs sont complètement ébranlés, etc., et il me demande un conseil sur la manière de la traiter.

«Dès que j'eus relevé son erreur, je le priai de me l'expliquer, mais je reçus les réponses étonnées habituelles: n'avons-nous pas tous le droit de nous tromper? Après tout, ce n'est qu'un accident, dont il est oiseux de chercher la signification, etc. Je réplique en disant que chaque lapsus a ses causes et ses raisons, que je serais tenté de croire qu'il est lui-même le héros de l'histoire qu'il vient de me raconter, s'il ne m'avait pas dit auparavant qu'il n'était pas marié; car le lapsus s'expliquerait par son désir de voir le procès se terminer à son avantage et non en faveur de sa femme afin de n'avoir pas à lui servir de pension alimentaire et de pouvoir se remarier à New York. Il écarte obstinément mes soupçons, mais manifeste en même temps une réaction affective exagérée, donne des signes d'excitation évidents et finit par éclater de rire. Lorsque je l'invite à me dire la vérité, dans l'intérêt de l'explication scientifique, je reçois la réponse suivante: «Si vous ne voulez pas entendre de ma bouche un mensonge, vous devez croire à mon célibat et vous persuader que votre explication psychanalytique est totalement fausse.» Et il ajoute que des hommes comme moi qui s'attachent aux détails les plus insignifiants sont tout simplement dangereux. Puis il se souvient d'un autre rendez-vous et prend congé de nous.

«Nous étions cependant, le Dr Frink et moi, convaincus de l'exactitude de mon explication; aussi me décidai-je à en obtenir la preuve ou la contre-preuve, en cherchant des renseignements ailleurs. Je me rendis donc, quelques jours plus tard, en visite chez un voisin, un vieil ami du Dr R., qui confirma en tous points mon explication. Le procès avait eu lieu quelques semaines auparavant, l'infirmière ayant été citée comme complice. – Le Dr R. est maintenant convaincu de l'exactitude des mécanismes freudiens.»

L'aveu involontaire perce également, à n'en pas douter, dans le cas suivant communiqué par M. O. Rank:

«Un père, qui n'est guère patriote et qui voudrait élever ses enfants sans leur inculquer le sentiment patriotique qu'il considère comme superflu, blâme ses fils d'avoir pris part à une manifestation patriotique; ceux-ci invoquant l'exemple de leur oncle, le père s'écrie: «votre oncle est le dernier homme que vous devriez imiter; c'est un idiot» (la prononciation allemande est idiote). Voyant l'expression étonnée de ses enfants, que ce ton surprend, le père s'aperçoit qu'il a commis un lapsus et dit en s'excusant: «J'ai naturellement voulu dire: patriote

M. J. Stärcke rapporte un cas de lapsus dans lequel l'auteur (une dame) reconnaît elle-même un aveu involontaire; M. Stärcke fait suivre son récit d'une remarque excellente, bien que dépassant les limites d'une simple interprétation (1. c.).

«Une femme-dentiste promet à sa sœur de l'examiner un jour, afin de voir si les faces latérales de ses deux grosses molaires sont en contact (c'est-à-dire s'il n'existe pas entre elles un intervalle où puissent rester des débris alimentaires). Mais la dentiste tardant à tenir sa promesse, sa sœur dit en plaisantant: «Elle soigne bien une collègue en ce moment; quant à sa sœur, elle la fait toujours attendre.» Enfin la dentiste se décide à pratiquer l'examen promis, trouve en effet une petite cavité dans une des molaires et dit: «Je ne croyais pas que la dent fût si malade: je croyais seulement qu'il n'y avait pas de «comptant» (Kontant)…je veux dire de «contact» (Kontakt).» «Tu vois bien, répliqua sa sœur en riant, que c'est seulement par avarice que tu m'as fait attendre plus longtemps que tes malades payants!»

(Je n'ai évidemment pas le droit de substituer mes idées à celles de cette dame, ni d'en tirer des conclusions, mais en entendant le récit de ce lapsus, j'ai pensé que ces deux jeunes femmes charmantes et intelligentes n'étaient pas mariées et connaissaient très peu de jeunes gens; et je me suis demandé si elles n'auraient pas plus de contact avec des jeunes gens, si elles avaient plus de comptant).»

Voici un autre lapsus auquel on peut attribuer la signification d'un aveu involontaire. Je cite le cas d'après Th. Reik (1. c.).

«Une jeune fille allait être fiancée à un jeune homme qui ne lui était pas sympathique. Afin de rapprocher les jeunes gens, les parents conviennent d'un rendez-vous auquel assistent les fiancés éventuels. La jeune fille a assez de tact et de sang-froid pour ne pas montrer au prétendant, qui est très galant envers elle, les sentiments peu favorables qu'il lui inspire. Cependant, à sa mère qui lui demande comment elle a trouvé le jeune homme, elle ré-pond poliment: «il est tout à fait désagréable (liebensWIDRiG, au lieu de liebensWÜRDIG – aimable)

Non moins intéressant à cet égard est un autre lapsus que M. 0. Rank décrit (Internat. Zeitschr. f Psychoanal.) comme un «lapsus spirituel».

«il s'agit d'une femme mariée qui aime entendre raconter des anecdotes et ne dédaigne pas les aventures extraconjugales, lorsqu'elles sont récompensées par des cadeaux en conséquence. Un jour, un jeune homme qui sollicite ses faveurs lui raconte, non sans intention, l'histoire suivante bien connue: «Un négociant sollicite les faveurs de la femme, quelque peu prude, de son associé et ami; elle lui promet enfin de lui céder, en échange d'une somme de mille florins. Le mari de la dame devant s'absenter sur ces entrefaites, l'associé lui emprunte mille florins en lui promettant de les rembourser le lendemain même à sa femme. Il va sans dire qu'en remettant à celle-ci la somme en question, il lui fait croire que cette somme, dont il tait naturellement la provenance, représente le cadeau promis. Lorsque le mari, à son retour, lui réclame les mille florins que devait lui remettre son associé, elle se croit découverte, et l'histoire se termine pour elle non seulement par un préjudice matériel, mais encore par un affront.» – Lorsque le jeune homme, au cours de son récit, en est arrivé au passage où le séducteur dit à son associé: «je rembourserai demain cet argent à ta femme», son auditrice l'interrompt par ces mots significatifs: «Dites donc, ne me l'avez-vous pas déjà remboursé… pardon, je voulais dire: raconté?» Elle ne pouvait guère avouer plus nettement, à moins de l'exprimer directement, qu'elle était toute disposée à se donner dans les mêmes conditions.»

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