La forêt de cristal [The Crystal World - fr]
- Автор: Баллард Джеймс Грэм
- Год: 1967
- Язык: французский
- Год: Deno
- Переводчик: Claude Saunier
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La forêt de cristal [The Crystal World - fr]». Краткое содержание книги:
C’est ce que recèle la forêt de cristal où l’unité du temps et de l’espace sont la signature de chaque feuille et de chaque fleur.
Une « science-fiction » d’une beauté fantastique, qui nous révèle un univers où le temps a une dimension inversée et où la mort semble plus séduisante que la vie.
— Qui est-elle ? demanda le Dr Sanders pendant que Thorensen ouvrait une boîte de conserve. Il faut que vous l’emmeniez d’ici, elle a besoin de soins, ce n’est pas un endroit pour…
— Docteur ! Thorensen leva la main pour le faire taire. Il avait toujours l’air de cacher quelque chose, tenait les yeux baissés. Elle est ma femme, à présent, dit-il avec une curieuse emphase, comme tentant d’établir la vérité du fait en son propre esprit. Séréna. Elle est en sécurité ici, à condition que je surveille Ventress.
— Mais il essaie seulement de la sauver. Nom de nom, monsieur !
— Il est fou ! hurla brusquement Thorensen avec force. Les deux Noirs au fond de la cuisine se retournèrent pour le regarder. Il a passé six mois en camisole de force ! Il n’essaie pas d’aider Séréna, il veut simplement la ramener dans sa maudite maison au milieu des marais.
En piquant la viande froide dans la boîte, il apprit à Sanders un certain nombre de choses sur Ventress, cet étrange et mélancolique architecte qui avait conçu beaucoup des nouveaux immeubles du gouvernement à Lagos et à Accra et qui, dégoûté, avait subitement abandonné tout travail deux ans plus tôt. Après avoir acheté ses parents, un pauvre couple de coloniaux français de Libreville, il avait épousé Séréna, alors âgée de dix-sept ans, quelques heures après l’avoir vue devant son bureau comme il le quittait pour la dernière fois. Il l’avait ensuite emmenée dans la grotesque folie qu’il avait construite sur une île envahie par les eaux, au milieu des crocodiles, dans les marais à 15 kilomètres au nord de Mont Royal, là où le Matarre s’élargit en une série de lacs peu profonds. Selon Thorensen, Ventress avait rarement parlé à Séréna après leur mariage et l’avait empêchée de sortir de la maison et de voir qui que ce soit à part un domestique noir aveugle. Il avait apparemment vu sa jeune femme en une sorte de rêve préraphaélite, en cage dans sa maison comme l’esprit perdu de son imagination. Thorensen l’y avait découverte, déjà tuberculeuse, au cours d’une expédition de chasse, quand une pale de l’hélice de son yacht s’était brisée et qu’il avait échoué sur l’île. Il était allé la voir plusieurs fois pendant les longues absences de Ventress et elle s’était finalement enfuie avec lui après que la maison eut prit feu. Thorensen l’avait envoyée dans un sanatorium de Rhodésie et son propre manoir de Mont Royal, plein d’imitations de meubles de style, avait été préparé pour le jour où elle viendrait en faire son foyer. Après sa disparition et les premières démarches pour l’annulation du mariage, Ventress était devenu fou furieux et avait passé quelque temps, volontairement, dans un asile. À présent, il était revenu avec une seule ambition, enlever Séréna et l’emmener une fois encore dans sa maison en ruine au milieu des marais. Thorensen paraissait convaincu que la présence morbide de ce fou était responsable de la maladie de Séréna, qui semblait s’éterniser.
Pourtant, quand Sanders lui demanda encore de l’examiner, dans l’espoir qu’il pourrait persuader Thorensen de l’enlever à la forêt de glace, le propriétaire de la mine fit des difficultés.
— Elle est très bien ici, dit-il au médecin avec obstination, ne vous inquiétez pas.
— Mais, Thorensen, combien de temps croyez-vous qu’elle puisse vivre ici ? Ne vous rendez-vous pas compte que toute la forêt se cristallise ?
— Elle est bien ici ! insista Thorensen. Il se leva, baissa les yeux vers la table et dans le crépuscule sa silhouette penchée avec ses cheveux blonds semblait une potence. Docteur, il y a longtemps que je suis dans cette forêt. La seule chance qui lui reste… c’est ici.
Intrigué par cette remarque hermétique et par la signification personnelle qu’elle pouvait avoir pour Thorensen, Sanders s’assit à côté de la table. Une sirène retentit dans le crépuscule, venant du fleuve, et les échos s’en répercutèrent dans le feuillage cassant autour de la gloriette.
Thorensen alla parler au mulâtre et revint vers Sanders.
— Je vous laisse entre leurs mains, docteur. Je serai bientôt de retour. Il prit un rouleau de pansement adhésif sur une étagère derrière le poêle et fit signe à l’Africain blessé. Kagwa, viens, que le docteur te soigne.
Après le départ de Thorensen, Sanders examina les blessures faites par le fusil de chasse à la jambe et à la poitrine de l’Africain, puis enleva les grossiers tampons de charpie. Une douzaine de plombs avaient pénétré sous la peau mais les blessures paraissaient déjà à demi cicatrisées, des perforations sans aucune tendance à saigner ou à suppurer.
— Vous avez eu de la chance, dit-il à l’Africain quand il eut fini. Je suis surpris que vous puissiez marcher. Et il ajouta : Je vous ai vu cet après-midi, dans les miroirs de la maison de Thorensen.
— C’était M. Ventress que nous cherchions, docteur, dit le jeune homme avec un sourire aimable. On chasse beaucoup dans cette forêt, n’est-ce pas ?
— Oui. Mais je me demande si aucun de vous sait réellement ce qu’il cherche. Sanders remarqua que le mulâtre le regardait avec un intérêt plus qu’ordinaire. Dites-moi, demanda-t-il à Kagwa, décidant de profiter de l’humeur accommodante du jeune homme, travaillez-vous pour Thorensen, à sa mine ?
— La mine est fermée, docteur, mais j’étais le numéro un, je m’occupais du matériel technique. Il hocha la tête avec quelque fierté. Pour toute la mine.
— Un emploi important. Sanders montra du doigt la porte de la chambre à coucher où dormait la jeune femme. Mme Ventress, Séréna, comme l’a appelée Thorensen, il faut l’emmener d’ici, vous êtes intelligent, monsieur Kagwa, vous devez le comprendre. Si elle reste quelques jours de plus, elle sera à moitié morte.
Kagwa détourna la tête et se sourit à lui-même. Il regarda les bandes sur sa jambe, sur sa poitrine, les toucha tristement.
— À moitié morte, quelle expression fascinante, docteur. Je comprends fort bien ce que vous m’avez dit, mais il vaut mieux maintenant pour Mme Ventress qu’elle reste ici.
— Mais nom de nom, fit Sanders, maîtrisant difficilement sa colère, Kagwa, elle mourra ! N’avez-vous point saisi ? À quoi joue donc ce Thorensen, que diable !
Kagwa leva la main pour calmer Sanders.
— Vous parlez en termes médicaux, docteur. Attendez ! insista-t-il quand Sanders tenta de protester. Je ne vais pas vous parler de magie ni de sorciers, je suis un Africain éduqué. Mais bien des choses étranges se passent dans cette forêt, docteur, vous verrez.
Il s’arrêta brusquement quand le mulâtre lui cria quelque chose et sortit sur la véranda. Ils entendirent Thorensen approcher avec deux ou trois hommes, leurs bottes écrasant le feuillage fragile sur les berges.
Sanders se dirigea vers la porte, Kagwa lui toucha le bras au passage et son sourire d’avertissement attira son attention.
— Docteur, n’oubliez pas de marcher droit devant vous, dans la forêt, mais regardez bien tout autour de vous. Puis, fusil en main, il partit en boitant sur sa jambe blanche.
Thorensen salua Sanders sur la véranda. Il montait lourdement les marches, fermant sa veste de cuir dans le froid de tombe de la gloriette.
— Encore là, docteur ? J’ai des guides pour vous. Il montra les deux Africains au pied des marches. Membres de l’équipage de son yacht, ils portaient des pantalons et des chemises de toile bleue. L’un des deux avait une casquette blanche enfoncée sur le front. Tous deux avaient des carabines et scrutaient la forêt avec beaucoup d’intérêt. Mon bateau est amarré non loin d’ici, expliqua Thorensen, et je vous aurais renvoyé par le fleuve si le moteur n’avait pas calé. De toute façon, ils vous emmèneront à Mont Royal en un rien de temps.