Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Биографии и мемуары » Mille vies valent mieux qu'une
Mille vies valent mieux qu'une - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Mille vies valent mieux qu'une

Электронная книга - «Mille vies valent mieux qu'une». Краткое содержание книги:

Jean-Paul Belmondo a aujourd’hui décidé de tout raconter. Son enfance marquée par la guerre, sa mère courage, l’atelier de son père, et ses premières amours.
Il nous entraîne dans les pas dilettantes de son service militaire en Algérie. Il nous invite aux comptoirs de la rue Saint-Benoît, pour y faire les quatre cents coups avec ses copains de toujours, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune, Pierre Vernier, Charles Gérard. Jean-Paul Belmondo se raconte ici pour la première fois, nous livrant la certitude que, oui, mille vies valent mieux qu’une.
1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 56
Перейти на страницу:

Un soir, il m’emmène dîner. Je suis content d’aller dans cette pizzeria de la rue Saint-Benoît avec lui, mais je déchante rapidement : il ne prend pas la peine de décrocher un mot. Être avec moi à table semble lui suffire. Peut-être converse-t-il avec moi en télépathie ? Ma soirée sera mortelle, mais originale. Au moment de nous quitter, il semble ravi puisqu’il me dit : « On a fait un très bon repas, tu ne trouves pas ? »

Rien n’est jamais ordinaire, avec lui. Je découvre ainsi que le fameux scénario écrit par Truffaut et dont il est censé tirer À bout de souffle n’est en réalité qu’un bout de papier comportant un résumé de l’histoire, ou plutôt son point de départ : « À Marseille, un jeune gangster vole une voiture américaine pour se rendre à Paris. Pour échapper en route à un contrôle de police, il tue un motard. À Paris, il retrouve une jeune Américaine qu’il aime et qu’il essaie de décider à s’expatrier avec lui. La fille hésite, mais n’hésite pas à le dénoncer pour échapper à une manœuvre de chantage de la PJ. Le jeune gangster, trahi par sa maîtresse et dégoûté, se laisse assassiner par les deux policiers lancés à ses trousses. » L’autre mensonge dans le générique annonçant le film était la « supervision de Claude Chabrol ».

Évidemment, Godard est assez dégourdi pour se passer d’un chaperon. Et d’un script.

La veille du premier jour de tournage, il n’a encore rien écrit du tout. Moi qui suis habitué à voir les réalisateurs débouler avec des tonnes de paperasse, paquets d’adaptations polycopiées, je m’étonne qu’il vienne les mains vides et lui demande, par curiosité : « Tu sais au moins ce que tu vas faire ? » Je repars avec une très longue réponse : « Non », qui ne fait que m’attiser.

Le lendemain, le 17 août 1959, il apporte avec lui des feuilles de cahier noircies de notes diverses et de dessins. Mais il ne les utilise jamais. Les seules certitudes qu’il a concernent la psychologie de ses deux héros et les trois lignes de l’histoire. Le reste viendra tout seul in vivo. Dès les premières minutes de tournage, le ton du film de Godard m’est donné : la liberté absolue, parfois déconcertante. Il me dit, en me désignant l’Univers, boulevard Saint-Germain :

« Tu vois ce bar, tu rentres dedans.

— Et j’y fais quoi ?

— Ce que tu veux.

Ensuite, c’est dans une cabine téléphonique qu’il m’incite à me rendre. Pareil, j’interroge :

— Et je dis quoi ?

— Ce que tu veux. »

La journée se déroule comme elle a démarré, dans le vagabondage. Ça me convient. Je ne réfléchis pas à ce que veut Godard, qui n’a pas l’air de le savoir lui-même. Je joue, j’improvise, je lance des phrases. Je retrouve la pureté de nos spectacles d’été à Clairefontaine avec les autres enfants, notre créativité débridée, notre audace encouragée par la bienveillance acquise de notre public composé de parents.

À nouveau, je suis un môme qu’on ne grondera pas, un délinquant qu’on ne peut pas condamner, un criminel sans crime, un meurtrier aux mains propres, un enfant prodigue. Godard est en train de m’accorder une formidable impunité à être moi-même. Je détiens les pleins pouvoirs sur mon être, l’authentique, celui qu’une caméra peut saisir sans emprisonner. Je suis dédouané du réel ; je peux pisser dans un lavabo, fumer torse nu au lit pendant un quart d’heure, faire l’amour sous les draps et injurier les spectateurs : « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville, allez vous faire foutre ! »

Ce premier jour ressemble à des vacances. Plusieurs heures avant la fin présumée du tournage, le réalisateur décide à notre grande surprise que l’on arrête. Il nous refera le coup plusieurs fois au cours du tournage sans que cela nous choque ni nous embête, au contraire.

Le seul qui prendra mal cette réduction du temps de travail sera le producteur.

Jean Seberg et moi nous entendons assez bien pour nous amuser comme des gamins. Je dois bien avouer aussi que nous sommes dubitatifs quant au destin de ce film cinglé. Nous avons conscience de toutes les transgressions cumulées par À bout de souffle et imaginons qu’il va se planter. Alors nous en ajoutons à la folie — nous n’avons plus rien à perdre.

L’équipe technique, réduite au minimum avec un cameraman, Raoul Coutard, armé d’une Caméflex, peut nous suivre en toute légèreté dans nos turpitudes.

Le résultat, dont nous doutons pourtant avec Jean, est à moitié donné lors de la projection presse du film. La réaction des critiques présents — dont un rire quand, au début, je me mets au volant de la voiture que je viens de piquer en disant : « Et maintenant, tu fonces, Alphonse » — prouve que nous ne venons pas de participer à un navet.

Contrairement à ce que pense mon agent, très virulente, qui s’oppose à ce que le film sorte. Elle me menace, m’affirme qu’il signera ma fin précoce, qu’il est honteux et ruinera ma carrière en une fois.

Quand, le 16 mars 1960, À bout de souffle sort au cinéma, dans quatre salles à Paris, j’envoie Élodie observer et écouter les spectateurs qui sont, pour la plupart, des intellos snobinards dont je sais que l’avis déterminera l’accueil du grand public.

De mon côté, je me trouve sur les Champs-Élysées avec mon pote Charles Gérard de l’Avia Club.

En début d’après-midi, nous rôdons autour du cinéma Le Balzac, où le film va être projeté. Là, nous voyons une foule déjà agglutinée devant l’entrée. Je n’en reviens pas ; je serais presque tenté de compter les gens. Le patron de la salle — qui connaît Charles —, nous voyant traîner autour des gens, nous jette un : « P’tits cons, au lieu de payer des figurants pour faire la queue, vous auriez mieux fait de faire de la pub ! », qui nous interloque d’abord et nous flatte ensuite.

Quand ma femme revient avec un sourire ne passant plus par la porte, je sais que c’est gagné. Je la questionne : « Alors, qu’ont-ils dit ? » Et elle : « Je ne me rappelle plus, ils parlaient tellement et tous en même temps ! »

Le lendemain, on me donne davantage de détails et l’on m’apprend notamment que, à l’une des projections, Jean Cocteau s’est exclamé devant son parterre d’admirateurs : « Il a réussi ce que tous les autres ont raté », évoquant Godard. À mon sujet, il aurait dit : « Et ce jeune homme, dont je ne veux même pas savoir le nom, il est au-dessus de tous les autres. »

Ce film était d’une nouvelle espèce et constituait une véritable explosion libératrice. Chacun s’indignait ou s’extasiait. Tous avaient un avis. Les règles, morales et cinématographiques, avaient été soigneusement dynamitées. Même ceux qui ne pouvaient que jalouser le génie de Godard, ses confrères réalisateurs, le portèrent au pinacle.

Cette fois, il y avait une matière qui dépassait le simple cadre d’un écran ; on assistait à un phénomène, à un film perfusé à la vie et qui y retournait en agissant sur elle. Rien ne serait plus jamais pareil après À bout de souffle, dont l’effet était, belle ironie, inversement proportionnel à son titre.

1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 56
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)