Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« Et comment va votre fille ? demanda-t-elle.
— Chez eux, pas d’électricité non plus, mais elle se porte bien. Nous n’avons eu que notre gendre aujourd’hui…, répondit Mme Doreuil.
— Chérie, l’interrompit son mari, je crois que nous n’avons rien oublié. Nous devrions partir pour ne pas arriver trop tard. »
Shannon remercia le ciel que ni leur propriétaire ni ses colocataires n’aient investi dans un téléphone dernier cri. Elle put ainsi joindre sa rédaction, après quelques tentatives infructueuses, grâce au téléphone fixe. « Il y a quelque chose derrière tout ça », assura-t-elle à Laplante non sans insistance. Turner n’était pas joignable. « Informes-en la correspondante de Bruxelles.
— Injoignable.
— Alors j’irai moi-même à La Haye. En voiture, j’y suis dans cinq heures.
— Je croyais que tu n’avais pas de voiture.
— C’est le problème… je pensais que tu pourrais…
— Et comment je rentre chez moi ? Comment je vais au bureau ? Alors que les transports en commun ne marchent plus.
— Peut-être que la chaîne pourrait me prêter un véhicule…
— Pour une idée aussi vague ? Hors de question.
— Ça ne vous intéresse donc pas ?
— Je peux encore tenter de joindre notre correspondante pour le Benelux.
— D’ici là, tout sera fini… »
Elle raccrocha.
Elle prépara un sac marin qu’elle remplit de vêtements chauds. Puis elle ajouta ses deux caméras numériques, toutes les batteries et les chargeurs qu’elle trouva, ainsi que son ordinateur portable. Elle enfila sa doudoune et d’épaisses bottines, prit son sac sur l’épaule, regarda une dernière fois autour d’elle avant de quitter l’appartement.
« Que fabrique-t-il ? »
Bollard n’avait que furtivement frappé à la porte et n’avait pas attendu qu’on l’y invite pour entrer dans la chambre d’hôtel. La pièce se distinguait des autres en raison des piles d’équipement électronique envahissant le bureau. Sur trois petits écrans, on voyait des images en noir et blanc d’une autre chambre. Sur celui du milieu on reconnaissait Manzano, assis sur son lit, l’ordinateur sur les genoux. Il avait l’air de lire avec concentration. De temps à autre, il tapait rapidement au clavier.
« Pas grand-chose », répondit l’homme chargé de la surveillance, au milieu de la trentaine, renfrogné, en veste de jean. « Il a téléphoné trois fois.
— Quels numéros ?
— Une fois au MIC de Bruxelles. Il a demandé une Sonja Angström. Puis son numéro personnel. Mais il n’a pu la joindre à aucun des deux numéros. Le troisième, c’était en Autriche. Le village vacances d’Ischgl. Pas de communication. Depuis, il est assis sur son lit et il lit sur son écran.
— Il n’a fait que lire ?
— Autant que je sache, oui.
— O.K., je file. Tenez-moi au courant s’il se passait quelque chose de notable. »
Devant la ferme étaient garées une dizaine de voitures. Bollard y joignit la sienne, sonna et fut accueilli par Maren Haarleven, qui le laissa entrer.
« Entrez, le pria-t-elle. Votre famille est en train de dîner. »
Bollard la suivit dans une vaste pièce meublée de quelques grandes tables, toutes occupées. Il reconnut quelques visages. Après avoir assuré une place pour sa famille, il avait communiqué l’adresse à certains de ses collègues.
Les enfants le saluèrent avec un joyeux babil, enthousiasmés d’être à la ferme, au milieu des animaux. Au cours du dîner, ils ne firent pas allusion au black-out. Ce n’est qu’une fois les enfants couchés que Marie lui demanda : « Alors, me diras-tu ce qu’il se passe ?
— Vous allez rester quelques jours. Ça a l’air de plaire aux enfants.
— Aux informations, ils ont dit qu’il n’y avait de nouveau plus de courant chez nous. »
Le « chez nous » renvoyait à la France, comprit Bollard. Il acquiesça.
« J’ai téléphoné à tes parents et aux miens.
— Comment vont-ils ?
— Bien, mentit-il. J’ai invité les tiens à se rendre chez les miens. »
Elle plissa le front. « Pourquoi ?
— Au cas où la panne s’éterniserait un peu.
— Et pourquoi ça ?
— Sait-on jamais.
— Et pourquoi chez tes parents ? Parce que le paysage est si beau ? Pour qu’ils visitent une fois de plus les châteaux de la Loire ?
— Parce qu’ils ont leur propre puits, une cheminée et du bois, et quelques poules. »
Jusqu’alors, Michelsen n’était allée à la Chancellerie fédérale qu’à l’occasion d’événements publics. Elle se trouvait en compagnie de collaborateurs de tous les domaines de la cellule de crise. Depuis les informations reçues dans la matinée, ils étaient passés à un nouveau stade. Partout régnait une grande nervosité.
Après avoir passé les contrôles de sécurité de l’accueil, un jeune homme les conduisit, elle et les autres, dans une vaste salle de conférence du deuxième étage. Deux autres hommes les aidèrent à installer leurs ordinateurs portables.
Ils attendaient leur public sans un mot. Michelsen remarqua que chacun évitait de regarder les autres. Personne ne voulait montrer ses propres angoisses. Sur l’un des murs, dix écrans répartis en deux lignes superposées. Sur certains apparaissaient les visages d’hommes d’âge mûr. Certains étaient déjà là, au cours de l’après-midi passé, lors de la rencontre des patrons de l’énergie avec le chancelier. Michelsen reconnut Heffgen et von Balsdorff. Ils tripotaient leurs vestes ou mettaient de l’ordre dans des dossiers à côté de leurs ordinateurs dont la caméra les filmait. Les minutes semblaient extrêmement longues. Le ciel berlinois était aussi sombre que leurs pensées. Des pas bruyants les tirèrent de leurs réflexions.
Le chancelier entra le premier, l’air déterminé, grave. Il serra les mains de tous. Il respirait la résolution et l’énergie. Il était suivi de tous les membres de son cabinet et de tous les chefs de gouvernement des Länder.
« Je vous remercie d’être venus, ainsi que celles et ceux qui sont en visioconférence », déclara le chancelier en guise d’ouverture.
Un visage apparaissait dorénavant sur chacun des dix écrans muraux.
« Les développements des dernières heures confèrent à cette réunion une tout autre signification que lors de la convocation d’hier. Les autorités européennes de sécurité ont émis entre-temps l’hypothèse d’une vaste attaque contre les systèmes électriques des pays membres. Afin que tous puissent avoir en tête ce que cela signifie, j’ai prié les ministres de faire un état de la situation et de présenter un scénario de ce qui nous attend. » Il marqua une courte pause, but une gorgée d’eau.
Michelsen s’attendait à un appel ou à une exhortation dramatique à l’attention. Au lieu de quoi, il ne fit que dire : « Je vous en prie, mesdames et messieurs. »
Le secrétaire d’État Rhess se leva et commença : « Depuis presque quarante-huit heures, de grandes parties de l’Allemagne se trouvent sans électricité. Vous connaissez tous le rapport Danger et vulnérabilité des sociétés modernes — l’exemple d’une vaste et longue coupure d’approvisionnement électrique, présenté au début de l’année 2011 par le comité Formation, recherche et évaluation des choix technologiques. »