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Black-Out. Demain il sera trop tard

Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.
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« C’est l’heure de notre rendez-vous. Allons-y. »

La salle de réunion était meublée d’une imposante table ovale. Sur l’un des murs se trouvaient six grands écrans. La plupart des gens rassemblés étaient des hommes, Manzano ne dénombra que trois femmes. Bollard lui désigna sa place et en gagna une autre, directement sous les moniteurs.

« Bonjour, mesdames et messieurs. »

Bollard était debout, il parlait anglais.

« Si tant est qu’un tel jour puisse être bon… »

Il tenait une petite télécommande. Une carte d’Europe apparut sur le grand écran au-dessus de lui. La plus grande partie du continent était colorée en rouge. Norvège, France, Italie, Hongrie, Roumanie, Slovénie, Grèce et nombre de petites régions dans d’autres pays étaient couvertes de hachures vertes et rouges.

« Jusqu’à nouvel ordre, cette salle est notre poste de commandement. Dans quel but ? Je vais vous l’expliquer tout de suite. Depuis quarante-huit heures, d’immenses territoires européens sont sans courant, même si, à certains endroits, il a été possible pour quelque temps de rétablir la livraison d’électricité. Ce sont les zones hachurées de la carte. Depuis ce matin, nous savons qu’il ne s’agit pas d’un accident. Déjà la nuit dernière, nous soupçonnions quelqu’un d’avoir introduit des codes dans les compteurs communicants des habitations privées. Par ailleurs, les centrales qui rencontrent des difficultés à se relancer sont plus nombreuses que prévu.

— Stuxnet ? demanda quelqu’un. Ou un truc dans ce genre ?

— C’est ce qu’on regarde en ce moment. Mais ça peut prendre un bout de temps avant qu’on trouve quelque chose. Depuis dix heures, les plantages informatiques mettent hors service les centres des plus importants gestionnaires de réseaux de distribution ou de transport. Ont été touchées : la Norvège, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, la Pologne, la Roumanie, l’Italie, l’Espagne, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et la Grèce. »

Certains pays hachurés de la carte passèrent dans le rouge. Les participants à la réunion poussèrent des cris d’effroi et de consternation.

« De nombreux réseaux relancés en urgence se sont écroulés ensemble. Ce qui passait d’abord pour un malheureux accident dans chacune des centrales européennes s’est rapidement transformé en l’image que vous avez là. Mesdames et messieurs, on attaque l’Europe. »

Le silence se fit dans la salle.

« On sait qui ? finit par demander un homme à l’autre bout de la table.

— Non, répondit Bollard. Les gestionnaires de réseaux ont pu identifier les compteurs dans lesquels les codes ont été introduits. Il y en avait en tout trois dans chaque pays. »

Bollard montra des images émanant probablement des autorités italiennes et suédoises.

« Les habitants concernés ont affirmé unanimement avoir reçu la visite d’employés des compagnies d’électricité. Après des doutes, on a fini par les croire. Grâce à eux, on est en train d’établir les portraits-robots de ces soi-disant employés. Les administrations de chaque pays ont également eu des difficultés pour recueillir les données des locataires dans les appartements vides, dans la mesure où l’alimentation en énergie des banques de données nécessaires était coupée. Il a donc fallu mettre en œuvre des générateurs de secours. Quoi qu’il en soit, les enquêtes en cours seront chaque jour plus difficiles à cause du black-out. Je prie particulièrement les officiers de liaison en poste dans les différents États de collaborer étroitement avec nous. Les opérations en solitaire, face à une menace concernant toute l’Europe, n’ont pas de sens.

— Si cela devenait public…, soupira un homme à la gauche de Manzano.

— Ça n’est pas à l’ordre du jour », tempéra Bollard.

Devant la salle de réunion, Manzano attendait le fonctionnaire.

« Vous le pensiez sérieusement ? lui demanda-t-il.

— Quoi ?

— Qu’on ne dira pas aux populations à quoi elles doivent s’en tenir.

— On informera les populations en leur disant que la panne durera quelques heures encore, quelques jours dans certaines zones. Tout ce qui concerne une attaque pourrait créer une panique.

— Mais ça ne sera pas seulement quelques jours dans quelques zones ! »

Bollard le regarda avec insistance, puis il prit la direction de son bureau. Manzano le suivit. Il avait encore quelque chose à dire.

« Les logiciels pour diriger et faire fonctionner les réseaux électriques et les centrales sont très complexes, premièrement, et très spécialisés, deuxièmement. Il n’y a sur terre que quelques entreprises en mesure de livrer de tels systèmes. On a déjà parlé de Stuxnet. Y aurait-il un problème pour établir la liste de toutes les centrales, de tous les gestionnaires de réseaux et de toute entreprise en lien avec l’énergie rencontrant des difficultés ? De même que la liste de tous leurs fournisseurs de logiciels ?

— Je vais voir ce que je peux faire. »

Paris

Bien entendu, l’ascenseur de l’immeuble de Shannon fonctionnait aussi peu que les transports publics. Épuisée, elle gravit les escaliers pour rejoindre son appartement. Au moins, elle avait de nouveau chaud.

Une fois parvenue sur son palier, elle vit les valises et les bagages devant la porte de ses voisins. Bertrand Doreuil posait un sac supplémentaire avec les autres. Avant sa retraite, cet homme grand et mince, aux cheveux gris clairsemés, avait été haut fonctionnaire au sein d’un ministère. C’est ce qu’avait appris Shannon, qui le tenait en outre pour un homme à la conversation intéressante et un voisin serviable.

« Bonsoir, monsieur Doreuil. Vous fuyez ? demanda-t-elle en riant. Je peux comprendre. »

Doreuil la regarda avec irritation.

« Ah, non ! Nous partons quelques jours chez les beaux-parents de notre fille. »

Shannon regarda les bagages. Selon elle, il n’y en avait pas pour quelques jours seulement, mais pour un tour du monde.

« Alors vous avez un sacré paquet de cadeaux ! Espérons qu’il y a de l’électricité là où vous allez. »

Derrière lui apparut sa femme.

« Ah ! Les Bollard se chauffent au bois si nécessaire. Et lorsqu’ils veulent manger, ils tuent une de leurs poules », plaisanta-t-elle.

Son époux sourit amèrement.

« Je reviens justement d’une conférence de presse au cours de laquelle un responsable expliquait que tout serait bientôt rentré dans l’ordre.

— Sans aucun doute, fit à voix basse Mme Doreuil.

— C’est en tout cas ce que prétendait l’homme avant une nouvelle coupure. Votre fille ne voudrait pas aller avec vous dans sa belle-famille ?

— Si, mais ils ont dû reporter leur voyage à cause de la panne. Et mon gendre ne peut quitter La Haye en ce moment. »

Son mari lui adressa un regard sévère. Annette Doreuil esquissa un sourire incertain et se tourna de nouveau vers Shannon. « Ah, auriez-vous la gentillesse de relever notre courrier ? »

Peu à peu, toutes les phrases commençaient par des « ah ». Ce tic ne ressemblait pas aux Doreuil, d’habitude si maîtres d’eux-mêmes.

« Mais bien sûr ! » fit Shannon en essayant d’être aussi naturelle que possible, tandis que les pensées se bousculaient dans sa tête. Elle avait rencontré à plusieurs reprises le gendre des Doreuil. Si ses souvenirs étaient bons, il occupait un poste important à Europol, dans le domaine de la lutte antiterroriste. Pourquoi cet homme ne pouvait-il prendre quelques jours de congé alors qu’il s’agissait d’une panne de courant ? Et pourquoi Doreuil avait-il lancé ce regard si insistant à son épouse lorsqu’elle avait abordé le sujet ? L’instinct de journaliste de Shannon était aux aguets.

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