Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« La pression dans le réacteur et la température dans le système de refroidissement primaire ne cessent d’augmenter », annonça-t-il. Marpeaux réalisa que son front était humide de sueur.
Fiévreusement, Marpeaux passa en revue les différentes raisons de cette anomalie — de la panne d’un groupe électrogène diesel à la panne électronique affectant la conduite du système, en passant par des soupapes ouvertes ou fermées par mégarde, ou encore des défaillances jusqu’alors inconnues de tous. Voilà ce qu’avaient montré les incidents des décennies passées : les experts les tenaient pour impossibles — puis, un jour, ils avaient eu lieu.
« Les moteurs diesel ? demanda Marpeaux.
— Deux d’entre eux ne s’allument pas, et celui qui faisait défaut la dernière fois tourne comme une horloge. Trois équipes sont sur place et examinent les appareils. »
Ils devaient de toute urgence reprendre le contrôle de la température du circuit primaire, de même que de la pression dans le réacteur. Il leur restait encore de nombreuses possibilités avant de prendre des mesures drastiques, comme libérer de la vapeur du circuit primaire pour faire redescendre la pression.
Marpeaux songea inévitablement aux deux fusions accidentelles qui avaient déjà affecté Saint-Laurent. Celle de 1969 comme celle de 1980 avaient eu lieu dans les réacteurs graphite-gaz n° 1 et 2. Atteignant le niveau 4 sur 7 de l’échelle INES (International Nuclear Event Scale), les autorités nucléaires françaises les avaient classées parmi les accidents les plus graves s’étant passés en France. À la suite de cela, les réacteurs étaient restés inutilisables pendant des années, leur décontamination et leur remise en service avaient englouti des fortunes. Quelques années plus tard encore, ils avaient été éteints.
« Paris ne va pas être content », observa le directeur.
Marpeaux se demanda s’il pensait à EDF, aux institutions ou aux deux. L’incident intervenait au pire moment. Ni la télévision ni la radio ne leur permettraient de faire connaître aux populations concernées les informations et les procédures de sécurité. Ce qui, peut-être, était aussi bien, tant qu’il n’y avait aucune absolue nécessité. Marpeaux était bien davantage ennuyé par le fait qu’ils n’avaient aucune idée de ce qui se passait à l’intérieur du réacteur. Depuis une heure, ils agissaient presque en aveugle.
L’hélicoptère avait déposé Manzano et Angström à l’aéroport militaire d’Innsbruck, d’où un petit jet les avait conduits à La Haye. Un officier de liaison d’Europol avait embarqué avec eux.
Lorsqu’ils débarquèrent de l’appareil aux Pays-Bas, ils furent accueillis par un vent froid et une pluie battante. Au pied de la passerelle de l’avion les attendait un homme dans un sombre manteau d’hiver. Il avait des cheveux courts, roux foncés, qui commençaient à s’éclaircir. Manzano ressentit son regard attentif. C’était François Bollard.
« Qu’avez-vous à la tête ? »
Manzano devait prendre en considération qu’on lui poserait de plus en plus souvent cette question. Peut-être devait-il trouver une réponse amusante. Mais il n’était pas d’humeur à badiner.
« Un feu de la circulation en panne, répondit-il.
— Si ce n’était qu’un seul… On va d’abord vous conduire à votre hôtel, monsieur Manzano. Il est à côté de mon bureau. Dans deux heures, il y a une première réunion à laquelle vous devez assister. Concernant la suite du voyage de Mlle Angström pour Bruxelles, nous lui avons trouvé une voiture. Elle se trouve déjà devant l’hôtel. »
Manzano regretta de devoir renoncer à la compagnie de Sonja. Il avait appris à apprécier ses manières directes et sans ambages. Par ailleurs, elle savait écouter et avait de l’humour.
« Si vous travaillez avec nous, vous voudrez sans doute utiliser votre ordinateur, dit Bollard. Par ailleurs, nous avons besoin des nôtres. Bien entendu, nous devons nous assurer que le vôtre n’est pas infecté. Ça vous va ? »
Manzano hésita.
« Puisqu’on est dans la même galère… », approuva-t-il enfin.
Ils roulèrent dans des rues bordées de belles et vieilles demeures rappelant la richesse passée de la cité hollandaise. C’était la première fois que Manzano venait aux Pays-Bas. Ils firent halte devant un bâtiment récent et sans âme. « Hôtel Gloria », était-il écrit au-dessus de l’entrée.
« J’ai une question un peu osée, entreprit Angström, ça me gêne… Puis-je t’accompagner dans ta chambre pour me doucher ? Dans mon appartement de Bruxelles, ça me sera sans doute impossible.
— Bien sûr », répondit Manzano, se réjouissant à l’idée que leur séparation soit retardée. Bollard donna à Manzano un plan de la ville et lui montra le chemin pour gagner le bâtiment d’Europol.
« Présentez-vous à l’accueil, on viendra vous chercher. »
Pendant que Manzano défaisait ses maigres bagages, Angström disparut dans la salle de bain. Il examina les prospectus de l’hôtel et écouta la douche couler. Il laissa rapidement vagabonder son imagination, puis alluma la télévision. Sur certaines chaînes, l’écran restait noir ou comme enneigé. Il trouva une chaîne d’informations en anglais.
Une journaliste dans un manteau en coton se tenait devant une grande halle. Derrière elle officiaient des hommes en combinaisons blanches.
« … ils commencent à se gâter. J’ai froid dehors, il ne fait que neuf degrés. Mais après plus de vingt-quatre heures sans courant, ce n’est pas pire que dans la chambre froide derrière moi. »
La caméra passa sur elle pour s’arrêter sur une grande porte coulissante ouverte qui laissait voir l’entrepôt. Des cartons alignés sur des palettes s’accumulaient sur de hauts rayonnages.
« Cet entrepôt appartient à l’une des plus grosses entreprises agroalimentaires du monde. Y sont stockées environ deux mille tonnes de denrées alimentaires, pour une valeur de plusieurs millions d’euros. Les marchandises entreposées ici sont maintenant impropres à la consommation. Et ce n’est qu’un de leurs nombreux sites dans toute l’Europe. Peut-être les habitants d’Europe du Nord et d’Europe centrale se plaignent-ils qu’il fait bien plus froid chez eux qu’ici, en Grande Bretagne. L’aspect positif est que la chaîne du froid ne se rompt pas et que les denrées périssables restent consommables, même sans courant. Mary Jameson, Douvres. »
Angström sortit de la salle de bain en jean et pull-over.
« Ah ! Qu’est-ce que ça fait du bien ! Quoi de neuf ?
— Rien de plus que nous ne sachions déjà. »
Elle prit son sac de voyage.
« Je file. »
Manzano éteignit le téléviseur et l’accompagna à la réception.
Elle le regarda, l’air grave. « Bonne chance », fit-elle avant de le prendre dans ses bras.
« Toi aussi », répondit-il en faisant de même. Peut-être l’étreinte dura-t-elle plus longtemps qu’un simple au revoir entre deux personnes qui venaient de se rencontrer.
« Lorsque tout sera fini, nous boirons un verre ensemble, hein ? » proposa-t-elle lorsqu’ils se séparèrent. Il remarqua que son sourire était forcé.
Elle lui tendit une carte de visite. Elle avait noté au verso son adresse et son numéro de téléphone personnels.