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Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]

Электронная книга - «Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]». Краткое содержание книги:

Vous connaissez l’histoire du joueur de flûte de Hamelin ? Les rats avaient envahi la ville, les habitants se désespéraient ; un joueur de flûte vint les sauver, qui ensorcela les rats au son de son instrument et les fit quitter la ville derrière lui pour les noyer dans la rivière.
Imaginez maintenant des rats intelligents qui soient de mèche avec le joueur de flûte… et pilotés par le roi de l’arnaque soi-même, le fabuleux Maurice, le chat de tous les chats. Ça, c’est une combine qui peut rapporter gros.
Jusqu’au jour où la fine équipe s’attaque au bourg de Bad Igoince où l’attendent le mystère, la terreur et le Mal.
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— Ah, comme ça ils doivent péter le feu des dieux. Ben, on va voir ce qu’ils vont lui faire, hein ? »

Maurice entendit une petite porte grillagée s’ouvrir et se refermer.

Pur-Porc voyait rouge. Il ne voyait rien d’autre. Il était en colère depuis des mois, tout au fond de lui, en colère contre les humains, en colère contre les poisons et les pièges, en colère contre les jeunes rats qui ne respectaient plus rien, en colère contre le monde qui changeait si vite, en colère contre lui-même qui vieillissait… Et maintenant les odeurs de la terreur, de la faim et de la violence opéraient la jonction avec la colère qui venait dans l’autre sens, elles se mêlaient et submergeaient Pur-Porc comme un grand fleuve enragé. Il était un rat acculé. Mais un rat acculé capable de réfléchir. Il avait toujours été un combattant vicieux, bien avant que lui vienne cette faculté de penser, et il restait encore très fort. Deux jeunes quiquis matamores et empotés, sans stratégie ni expérience du combat de cave primaire, sans jeu de pattes recherché ni réflexion, ne faisaient tout bonnement pas le poids. Une cabriole, un retournement et deux morsures suffirent…

Les rats encagés de l’autre côté du local reculèrent d’un bond du grillage. Même eux sentaient la fureur de Pur-Porc.

« En voilà un petit malin, dit le premier chasseur d’un ton admiratif quand tout fut terminé. J’ai un emploi pour toi, mon gars.

— Pas la fosse ? fit le second chasseur.

— Si, la fosse.

— Ce soir ?

— Ouais, parce qu’Arthur le Gandin a parié que son Jacko tuerait cent rats en moins d’un quart d’heure.

— Moi aussi, je veux bien le parier. Jacko est un bon terrier. Il s’en est fait quatre-vingt-dix y a quelques mois et Arthur le Gandin l’a préparé. Devrait y avoir du spectacle.

— Tu parierais que Jacko va y arriver, c’est ça ? dit le premier chasseur.

— Sûr. Comme tout le monde.

— Même avec notre petit ami, là, parmi les rats ? Plein de hargne, de rogne et de grogne ?

— Ben, euh…

— Ouais, d’accord. » Le premier chasseur eut un grand sourire.

« Laisser ces gamins ici, tout de même, ça ne me plaît pas de leur infliger ça. Pas à eux.

— « Eux autres », pas « eux ». Fais bien les choses. Combien de fois je te l’ai dit ? Règle 27 de la Guilde : avoir l’air bête. Les gens se méfient des chasseurs de rats qui parlent trop correctement.

— Pardon.

— Cause mal, sois malin. C’est comme ça qu’il faut s’y prendre.

— Pardon, j’ai oublié.

— T’as tendance à faire l’inverse.

— Pardon. Eux autres. C’est cruel de ligoter les gens. C’est des gamins, après tout.

— Et alors ?

— Alors ce serait plus facile de les emmener, eux autres, par le tunnel jusqu’à la rivière, de leur taper sur la tête à eux autres et de les balancer eux autres à l’eau. Eux autres seront à des kilomètres d’ici en aval avant qu’on les repêche, et sans doute difficiles à reconnaître avant que les poissons en aient fini avec eux autres. »

Maurice entendit une pause dans la conversation.

Puis le premier chasseur déclara : « Je te savais pas aussi bon cœur, Bill.

— C’est vrai, et puis… pardon, et pis j’ai une idée pour nous débarrasser aussi de ce joueur de flûte…»

La voix suivante venait de partout. On aurait dit une rafale de vent et, au cœur de la rafale, la plainte de quelque chose au supplice. L’air ambiant en était saturé.

Non ! Le joueur de flûte peut nous être utile !

« Non, le joueur de flûte peut nous être utile, dit le premier chasseur de rats.

— Tout juste, reconnut le second. Je pensais la même chose. Euh… comment le joueur de flûte peut nous être utile ? »

Une fois de plus, Maurice entendit des mots dans sa tête, comme du vent soufflant dans une caverne.

N’est-ce pas évident ?

« N’est-ce pas évident ? dit le premier chasseur.

— Ouais, évident, marmonna le second. C’est évidemment évident. Euh…»

Maurice regarda les chasseurs ouvrir plusieurs cages, empoigner des rats et les laisser tomber dans un sac. Il vit Pur-Porc déversé lui aussi dans un sac. Puis les chasseurs s’en allèrent en traînant les deux jeunes humains à leur suite, et Maurice se demanda : où, dans ce dédale de caves, trouver un trou à la taille d’un Maurice ?

Les chats ne voient pas dans le noir. Ils voient sous un très faible éclairage. Un tout petit clair de lune filtrait dans l’espace derrière lui. Il passait par un orifice minuscule dans le plafond, à peine assez gros pour une souris et sûrement pas pour un Maurice, même s’il parvenait à l’atteindre.

Il éclairait une autre cave. Visiblement, les chasseurs de rats s’en servaient aussi ; quelques barils s’entassaient dans un angle ainsi que des tas de cages à rats délabrées. Maurice rôda ici et là, en quête d’une autre sortie. Il y avait des portes, mais munies de poignées, et même son cerveau puissant n’arrivait pas à percer le mystère des boutons de porte. Une autre grille de conduit s’ouvrait tout de même dans un mur. Il se glissa entre les barreaux.

Encore une cave. Avec encore des caisses et des sacs. Mais au moins il y faisait sec.

Une voix dans son dos lança : T’es quoi, toi ?

Il se retourna d’un bloc. Tout ce qu’il distingua, ce fut des caisses et des sacs. Les lieux empestaient le rat, retentissaient de bruissements continuels, parfois d’un faible couinement, mais c’était un petit coin de paradis à côté de l’enfer du local des cages.

La voix venait de derrière lui, non ? Il l’avait forcément entendue, pas vrai ? Parce qu’il avait l’impression de n’avoir qu’un souvenir de voix, comme si les mots lui étaient arrivés dans la tête sans se soucier de passer par ses oreilles déchiquetées. Le même phénomène s’était produit avec les chasseurs de rats. Ils avaient parlé comme s’ils avaient entendu une voix et cru qu’il s’agissait de leurs propres pensées. La voix ne s’était pas réellement fait entendre, si ?

Je ne te vois pas, fit le souvenir, je ne sais pas ce que tu es.

Ce n’était pas une bonne voix pour un souvenir. Elle n’était que sifflements et s’enfonçait dans le cerveau comme un couteau.

Approche-toi.

Les pattes de Maurice se convulsèrent. Ses muscles commencèrent à le propulser en avant. Il sortit ses griffes et se maîtrisa. Quelqu’un se cachait au milieu des caisses, se dit-il. Et ce ne serait sans doute pas une bonne idée de répondre. Un chat parlant avait de quoi troubler l’esprit. Il ne fallait pas espérer que tout le monde soit aussi cinglé que la conteuse d’histoires.

Plus près.

La voix avait l’air de l’attirer. Il allait devoir dire quelque chose.

« Je suis bien où je suis, merci », dit Maurice.

Alors veux-tu partager notre douleur ?

Le dernier mot faisait mal. Mais pas trop, ce qui était surprenant. La voix était sèche, puissante, dramatique, comme si son propriétaire tenait à voir Maurice se rouler par terre de souffrance. Mais il n’éprouva qu’un très bref mal de crâne.

Quand la voix revint, elle était extrêmement méfiante.

Quelle espèce de créature es-tu ? Ton esprit est anormal.

« Je préfère fabuleux, dit Maurice. Et qui tu es donc pour me poser des questions dans le noir ? »

Tout ce qu’il sentait, c’était une odeur de rat. Il perçut un très léger bruit un peu plus loin sur sa gauche et distingua vaguement la silhouette d’un très gros rat qui venait silencieusement vers lui.

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