1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
« L’armée allemande de 1942, avait écrit le Bureau d’information soviétique, n’est plus ce qu’elle était il y a un an. Dans l’ensemble, l’élite de l’armée allemande a été détruite. Les forces allemandes ne peuvent plus lancer d’opérations de l’envergure de celles de l’année dernière. » Or, dès le printemps et le début de l’été 1942, la Russie vit un monstrueux cauchemar.
Les divisions de Hitler progressent partout et la presse ne peut le dissimuler.
Il faut faire appel au patriotisme russe, à la sainte Russie, et non plus seulement à l’amour pour la patrie de Lénine et le pays des Soviets !
Le 11 juillet 1942, la Pravda intitule son éditorial : Haine de l’ennemi.
« Notre pays vit des jours critiques. Les chiens nazis essaient frénétiquement de se frayer un chemin jusqu’à nos centres vitaux. Les vastes steppes du Don s’étendent devant leurs regards voraces.
« Chers camarades du front ! Votre pays croit en vous. Il sait que dans vos veines coule le même sang que celui des héros de Sébastopol… Puisse une sainte haine vous guider, vous inspirer. Cette haine se nourrit d’un brûlant amour pour votre pays, de l’anxiété pour votre famille et vos enfants et d’une inébranlable volonté de vaincre… Nous avons toutes les chances de remporter la victoire. L’ennemi doit se hâter : il veut obtenir des résultats lui permettant de battre de vitesse le second front. Mais il n’échappera pas à ce danger. L’opiniâtreté du peuple soviétique a déjà anéanti plus d’un plan de l’ennemi. »
Le second front que les alliés anglais, américains pourraient ouvrir en débarquant sur les côtes françaises est l’espérance des Russes, au moment où la Crimée, Kharkov tombent aux mains des Allemands, où les marins qui défendent Sébastopol se précipitent sur les chars allemands en faisant exploser les quelques grenades qui leur restent.
« Russie, mon pays, ma terre natale, écrit l’un d’eux qui va se suicider en détruisant un char ennemi. Cher camarade Staline ! Je suis un marin de la mer Noire, un fils du Komsomol Lénine, et je me suis battu comme mon père m’a dit de me battre. Tant que mon cœur a battu dans ma poitrine, j’ai frappé ces bêtes sauvages. Maintenant, je meurs, mais je sais que nous vaincrons. Marins de la mer Noire ! Battez-vous plus durement encore ; tuez ces chiens enragés fascistes ! J’ai été fidèle à mon serment de soldat. »
Ces sacrifices héroïques, tels que la propagande les magnifie, masquant les défaillances de nombreuses unités, qui se rendent ou fuient, suffiront-ils à briser les offensives allemandes ?
Molotov, le ministre des Affaires étrangères de Staline, s’est rendu à Londres puis à Washington, et, avec son obstination déjà légendaire, il réclame l’ouverture d’un second front. Roosevelt, plus ouvert à cette exigence que Churchill, paraphe avec Molotov un texte qui déclare :
« Au cours de leurs entretiens, les représentants des deux pays se sont mis d’accord sur la nécessité urgente de créer un second front en Europe, en novembre 1942. »
Mais aussitôt, Churchill présente à Molotov un aide-mémoire qui précise :
« Il est impossible de dire à l’avance si la situation permettra le moment venu de réaliser une telle opération. Nous ne pouvons donc rien promettre dans ce domaine. Toutefois, si de solides raisons apparaissent de mettre nos plans à exécution, alors nous n’hésiterons pas ! »
Les dirigeants russes veulent croire – et faire croire à leur peuple – que les Alliés vont débarquer sur le continent européen en août ou septembre 1942, et que 40 divisions allemandes au moins seront retirées du front russe.
Le 18 juin 1942, une semaine après le retour de Molotov à Moscou, le Soviet suprême se réunit, rassemblant près d’un millier de députés, pour célébrer la signature d’un traité anglo-russe paraphé à Londres par Molotov et Eden, le ministre anglais.
« Jamais, au cours de l’Histoire, nos deux pays n’ont été aussi fortement associés », a déclaré Anthony Eden, et Molotov reprend ces propos, évoque sous les applaudissements frénétiques « le second front qui causerait d’irrémédiables difficultés aux armées hitlériennes de notre front russe ».
Staline n’est, si l’on s’en tient aux apparences, que l’un des membres du Comité national de défense. Mais il a été salué par plusieurs minutes d’ovation et de cris : « Staline ! Staline ! Staline ! »
Il porte une simple tunique d’été kaki clair, sans décoration, et s’assied en même temps que ses camarades. Il a le port modeste et humble.
Mais cette mise en scène ne trompe aucun des membres du Soviet suprême.
Et quand Molotov lance : « Sous le grand étendard de Lénine et de Staline, nous mènerons cette lutte jusqu’à la victoire totale, jusqu’au triomphe complet de notre cause et de celles de toutes les nations éprises de liberté », c’est le nom de Staline qu’on crie durant plusieurs minutes.
Mais quelques semaines plus tard, la ville de Rostov tombe aux mains des Allemands.
On devine derrière le paravent des communiqués officiels la panique qui a saisi les troupes russes. Et c’est Staline qu’on invoque et qui intervient.
Les journaux martèlent à sa suite qu’il faut une « discipline de fer ». « Ressaisissez-vous », lance-t-on « aux lâches et aux paniquards ». On ne cache plus qu’on a fusillé des généraux et de nombreux officiers, comme des dizaines de soldats.
Le 30 juillet 1942, l’ordre du jour de Staline est lu dans toutes les unités : « Plus un pas en arrière ! »
La Pravda le reproduit et le commente :
« Une discipline de fer, des nerfs d’acier sont les conditions de notre victoire : soldats soviétiques, plus un pas en arrière. Voilà la devise de notre pays !
« L’ennemi n’est pas aussi puissant que l’imaginent certains paniquards terrifiés… Chaque soldat doit être prêt à mourir de la mort d’un héros plutôt que de négliger son devoir envers son pays… Ou bien nous aurons une armée d’une discipline rigoureuse, ou bien nous périrons. Aujourd’hui, l’ordre d’un officier est une loi d’airain ! »
19
.
La loi d’airain, telle que Staline l’a formulée dans son ordre du jour du 30 juillet 1942 – le décret n° 227 –, a un article unique : « Plus un pas en arrière. » Quiconque recule sans ordre de le faire ou qui se rend doit être traité comme un traître à la patrie, un déserteur, et être fusillé.
Des « articles patriotiques », publiés dans L’Étoile rouge, mettent désormais en scène non seulement les actes héroïques, mais aussi la malfaisance des déserteurs, tel ce soldat qui, fuyant le front, entre dans une maison et y tue trois petits enfants.
Et face à ces criminels se dresse le héros russe.
« Nous sommes assis dans une tranchée sous un feu d’enfer, écrit un correspondant de guerre. Nous nous retrouvons encerclés ; je me désigne de ma propre initiative comme commissaire d’un groupe de dix-huit hommes ; plus tard, nous sommes couchés dans les blés, arrivent des Allemands à cheval. Un type roux crie avec un fort accent : “Russes, mains en l’air !” Nous tirons une rafale de pistolets-mitrailleurs et désarçonnons quatre Allemands. Nous nous enfonçons dans cette brèche et nous tirons… Il y avait vingt-cinq Allemands. Des dix-huit que nous étions, seize s’en tirent.
« La nuit, nous marchons dans les blés. Ils sont plus que mûrs et crissent. Les Allemands nous attaquent à la mitrailleuse. Bientôt, nous ne sommes plus que six. Ensuite, je rassemble encore une fois seize hommes. […] Nous passons la nuit sur la rive haute du Don. Nous tressons des cordes avec des bâches pour faire traverser les blessés, mais on n’en a pas assez. Je propose de traverser à la nage avec tous les papiers sous le calot et le barda dans un sac. Au milieu du fleuve, je n’en peux plus, je me débarrasse du sac dans l’eau, et je garde mes carnets dans mon calot. »