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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Et Molotov assure de Gaulle des « bonnes intentions » de Staline à propos des divergences entre la France Libre et les États-Unis et la Grande-Bretagne – en Martinique, à Madagascar –, et Molotov soutient de Gaulle.

Ainsi de Gaulle, à l’orée de l’été 1942, a le sentiment que la France Libre se renforce, qu’elle a désormais plusieurs points d’appui – l’opinion anglo-saxonne, la Russie soviétique et, le plus important, la Résistance que Jean Moulin s’efforce toujours de rassembler.

Lorsque, à l’Albert Hall, de Gaulle célèbre le deuxième anniversaire de l’appel du 18 Juin, il soulève l’enthousiasme en commentant, dès les premiers mots, cette pensée de Chamfort : « Les raisonnables ont duré. Les passionnés ont vécu ! »

« Je dis que nous sommes des passionnés. Mais en fait de passion, nous n’en avons qu’une, la France ! Je dis que nous sommes des raisonnables. En effet, nous avons choisi la voie la plus dure, mais aussi la plus habile, la voie droite. »

Dans l’assistance, il y a ces jeunes gens qui l’ont rejoint à Londres en juin 1940, et parmi eux, ceux qui, comme Daniel Cordier, vont être parachutés en France pour assumer, dans la clandestinité et le risque majeur, les tâches d’organisation de la Résistance.

Loin de l’Albert Hall, il y a ceux qui écoutent le discours dans les camps militaires de la 8e armée britannique proches d’El-Alamein, tels Yves Guéna et Pierre Messmer, et qui sont bouleversés lorsque de Gaulle déclare :

« Invinciblement, la France Combattante émerge de l’océan : quand, à Bir Hakeim, un rayon de gloire renaissante est venu caresser le front sanglant de ses soldats, le monde a reconnu la France. »

« Nous admirions de Gaulle, confie Daniel Cordier, avec une affection – pourquoi ne pas le dire ? – que nous aurions eu honte d’avouer. »

Mais comment dissimuler son émotion quand en conclusion de son discours de Gaulle déclare :

« Puisque la France a fait entendre sa volonté de triompher, il n’y aura jamais pour nous ni doute, ni lassitude, ni renoncement. Unis pour combattre, nous irons jusqu’au bout de notre devoir envers elle, nous irons jusqu’au bout de la libération nationale.

« Alors notre tâche finie, notre rôle effacé, après tous ceux qui l’ont servie depuis l’aurore de son Histoire, avant tous ceux qui la serviront dans son éternel avenir, nous dirons à la France, simplement, comme Péguy :

« “Mère, voyez vos fils qui se sont tant battus.” »

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De Gaulle, en ce deuxième anniversaire de son appel du 18 juin 1940, est porté par l’enthousiasme, la passion et la communion patriotiques.

Sa prophétie se réalise : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »

Pétain, au contraire, qui s’adresse au pays le 17 juin 1942, ne peut que constater que, deux ans après avoir sollicité de l’« adversaire » l’armistice, son grand dessein de Révolution nationale n’est qu’un assemblage de mots sonores.

« Dans cette succession d’espoirs, d’échecs, de sacrifices, de déceptions qui marquèrent les deux premières années de l’armistice… moi, responsable de la vie physique et morale de la France, je ne me dissimule point la faiblesse des échos qu’ont rencontrés mes appels. »

On devine son désarroi, son isolement. Il remet à ses visiteurs une photo le représentant à cheval, devant l’Arc de triomphe, le 14 juillet 1919.

Ainsi, recevant Jérôme Carcopino, l’historien de la Rome antique qui fut un temps son secrétaire d’État à l’Éducation, il murmure :

« Carcopino, je ne vous ai jamais offert de photo. C’est un oubli que je tiens à réparer. Mais, à vous, Carcopino, je m’en voudrais d’offrir l’effigie du Pétain de 42. C’est l’image du Pétain de 19 que je souhaite que vous conserviez en souvenir de moi. »

Depuis que, cédant aux Allemands, le Maréchal a accepté de désigner Pierre Laval comme chef du gouvernement, il est isolé.

La plupart de ses collaborateurs personnels ont quitté Vichy, « ses » ministres ont été remplacés.

Un de ses fidèles, encore ministre d’État – Lucien Romier –, se lamente. « La situation est très grave, le Maréchal est absolument seul… Je suis tout seul, je suis malade, l’influence de Laval s’exerce dans des conditions pressantes. »

Laval se moque des hésitations du « Vieux ». Il renvoie ses émissaires venus présenter les changements d’opinion du Maréchal.

« Ah, il a encore changé d’avis, foutez-moi la paix ! » répond Laval.

L’un de ses hommes de main, Marion, secrétaire d’État chargé de l’information, confie :

« Laval arrive à ce que le Vieux soit toujours d’accord avec lui : il sait y mettre le temps ! »

En fait, Laval gouverne seul, imposant ses décisions à Pétain et aux ministres, parce qu’il a l’appui des Allemands.

« Il n’y a que Laval qui soit ministre, dit l’un des membres du gouvernement. Nous ne sommes que ses commis, que ses secrétaires. Nous exécutons. »

Laval s’appuie sur quelques hommes.

D’abord Abel Bonnard, l’académicien chargé de l’Éducation nationale, fasciné par Doriot, par la virilité des nazis.

Le Maréchal maugrée :

« C’est une honte de confier la jeunesse à la Gestapette », dit-il.

Mais Laval apprécie cet « académicien de choc » qui, abandonnant les salons raffinés, recherche les acclamations des fidèles de Doriot.

Il y a Bichelonne, le polytechnicien brillant, responsable de la Production industrielle, et qui croit toujours à la victoire de l’Allemagne. Et donc, « il faut collaborer » avec elle.

Il y a René Bousquet, qui fut en 1940, à trente et un ans, le plus jeune préfet de France, nommé secrétaire général de la police. C’est un « technicien » cynique et ambitieux qui « collabore » pleinement avec les autorités allemandes – Oberg, Knochen –, qui côtoie dans le gouvernement Laval d’anciens socialistes, tels Lagardelle ou Max Bonnafous, agrégé de philosophie et responsable du ravitaillement.

L’essayiste Benoist-Méchin – que Pétain a refusé comme secrétaire d’État aux Affaires étrangères – est attaché à la personne du chef du gouvernement.

Mais qu’est-ce que gouverner quand la botte nazie écrase la gorge de la nation ?

Depuis que Pierre Laval, le 19 avril 1942, est à nouveau au pouvoir, dix-sept mois après avoir été chassé du gouvernement par Pétain, les Allemands ne respectent plus, en fait, la division entre « zone occupée » et « zone libre ».

Pétain a capitulé, ses proches ont été chassés. Certes le Maréchal a proclamé dès le 19 avril :

« Aujourd’hui, dans un moment aussi décisif que celui de juin 1940, je me retrouve avec M. Pierre Laval pour reprendre l’œuvre nationale et d’organisation européenne dont nous avions ensemble jeté les bases… Français, le nouveau gouvernement nous donnera de nouveaux motifs de croire et d’espérer. »

Mais les Français de la zone libre constatent que la police allemande procède à des arrestations dans cette zone.

Que Laval livre à la Gestapo des antinazis allemands internés dans les camps de la zone libre.

Que des milliers de Juifs étrangers sont raflés et expédiés par « trains spéciaux » vers des camps de la zone occupée ainsi qu’à Drancy.

Que des enfants de 2 à 12 ans sont envoyés au camp de Pithiviers où ils sont séparés de leurs parents.

Et des témoins rapportent que, dans ce camp, les enfants hurlent de terreur quand on les embarque de force pour les déporter vers ces camps de Pologne où l’on n’ose imaginer quel sera leur sort.

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