1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
Le Führer donne des ordres. Il veut que l’on déplace vers l’est son quartier général. Qu’on l’installe en Ukraine. La marche vers l’est a commencé, et rien, aucun hiver, ne viendra l’arrêter.
« Les Russes sont finis », lance-t-il.
Il écarte les généraux qui, une fois encore, hésitent. Il faut qu’ils acceptent son pouvoir absolu tel que, dès le 26 avril 1942, il a été défini. Le Reichstag a voté et promulgué la loi qui confère au Führer le droit de vie et de mort sur n’importe quel citoyen allemand.
Dans le conflit actuel, dont l’enjeu est l’existence ou l’anéantissement du peuple allemand, le Führer doit posséder tous les droits qu’il requiert en vue de poursuivre la lutte et de parachever la victoire.
« En conséquence, affranchi de l’observation des lois et des règlements en vigueur jusqu’ici, et en sa qualité de chef unique de la nation, chef du Parti national-socialiste, chef suprême des forces armées, maître du pouvoir exécutif, ministre souverain de la Justice, le Führer est en droit de contraindre, le cas échéant, et par tous les moyens dont il dispose, n’importe quel citoyen allemand, officier ou simple soldat, haut-fonctionnaire ou employé subalterne, juge et magistrat, ouvrier et employé, à l’accomplissement de son devoir.
« En cas de violation de ce devoir, le Führer est habilité, après un consciencieux examen de chaque cas, sans égard à de prétendus droits, à destituer le coupable de son rang, de son poste ou de ses fonctions et à décréter son châtiment sans avoir recours à une procédure préalable. »
Jamais – sinon aux temps barbares – un pouvoir personnel ne fut à ce point discriminatoire. Le Führer l’applique.
L’ingénieur Todt, ministre de l’Armement, disparaît-il dans un accident d’avion, peu après son décollage de l’aérodrome du quartier général du Führer à Rastenburg, que le Führer le remplace aussitôt par « son » architecte, Albert Speer.
Et Goering, qui s’est précipité à Rastenburg pour obtenir le poste, est écarté par le propos catégorique du Führer : « J’ai déjà nommé le successeur de Todt. Le ministre du Reich, Speer, ici présent, vient de reprendre toutes les fonctions du docteur Todt avec effet immédiat. »
Le Führer préfère des « amateurs » dévoués et fidèles à des dignitaires soucieux désormais de jouir des avantages du pouvoir.
Goering est de ceux-ci.
« Il semble avoir pratiquement perdu tout intérêt pour les grands événements militaires. Beaucoup attribuent cela à une dépendance morphinique accentuée, tandis que d’autres y voient les effets de la jouissance croissante et de plus en plus morbide d’une vie de luxe absolu. » Le Reichsmarschall obèse va d’une résidence somptueuse à l’autre, de Carinhall à l’Obersalzberg, de Paris à Rome…
Et c’est Speer, Sauckel – un proche de Himmler – qui réorganisent l’industrie de l’armement en ce printemps 1942. Sauckel puise dans les camps de concentration, dans les pays occupés, la main-d’œuvre dont les usines ont besoin.
En 1942, on comptera près de 5 millions de travailleurs étrangers en Allemagne. Des camps surgissent pour accueillir ces travailleurs forcés, des « volontaires »… raflés, ces prisonniers de guerre contraints au travail.
Tous sont affamés, épuisés avant même d’avoir travaillé, surveillés, battus, exécutés.
Il y a dans les camps près de 3,5 millions de Russes faits prisonniers, mais seulement 5 % d’entre eux sont en état de travailler. Les autres meurent de faim et d’épuisement.
Ceux qui travaillent – et ce sera souvent une agonie – « se procureront leur propre nourriture (chats, chevaux) », écrivait Goering quand il était chargé de l’économie du Reich.
« L’ouvrier allemand est par principe toujours le patron du Russe. » Ce dernier est surveillé par des membres des forces armées, l’ouvrier allemand agissant à titre de police auxiliaire… Éventail des sanctions : de la réduction des rations alimentaires au peloton d’exécution : en général, rien entre les deux.
Les Polonais connaissent un sort aussi barbare.
Tous ces étrangers, des « sous-hommes », battus, humiliés – les femmes violées –, sont voués à la mort.
Tel est le Reich en ce printemps 1942.
Les Allemands y sont entourés d’une foule d’« esclaves », alors que les jeunes Allemands – par le jeu de l’abaissement de l’âge de la conscription – et les adultes âgés – par le relèvement de cet âge – partent pour le front de l’Est. Où chaque mois, en cette année 1942, 60 000 hommes de la Wehrmacht sont mis hors de combat – tués, blessés, prisonniers !
Et dans les villes allemandes, aux périphéries desquelles les travailleurs étrangers s’entassent dans des camps, la population est frappée par les attaques aériennes devenues presque quotidiennes de la Royal Air Force et de l’US Air Force.
Il s’agit pour les Anglais – le chef du Bomber Command, le général Arthur Harris – de frapper les villes allemandes afin de remonter le moral des Britanniques qui, en ce printemps 1942, est mis à mal par les victoires de l’Afrikakorps de Rommel.
Les bombardiers Wellington, Lancaster, Stirling – et bientôt Forteresse volante et Liberator – écrasent sous leurs bombes Hambourg, Lübeck – ville sans aucun intérêt industriel ni stratégique, détruite dans la nuit du 28 au 29 mars 1942 –, Rostock, Berlin, Essen, Nuremberg, Dortmund, Duisburg et toutes les villes de la Ruhr.
La population allemande subit avec fatalisme.
« Nous n’avons plus le contrôle de notre destin, nous sommes forcés de nous laisser emporter par lui et de prendre ce qui vient sans confiance ni espoir », écrit dans son journal une Allemande.
« Nous nous trouvons dans une situation d’infériorité impuissante, confie Goebbels, et il nous faut encaisser les coups des Anglais et des Américains avec rage et opiniâtreté. »
Les raids de représailles sur les villes anglaises voulus par le Führer ont peu d’effet. Et cet insuccès – dans la défense aérienne de l’Allemagne et dans la riposte sur l’Angleterre – affaiblit encore l’autorité de Goering, Reichsmarschall à la tête de la Luftwaffe.
Quand, dans la nuit du 30 au 31 mai 1942, Cologne est écrasé sous les bombes larguées par 1 046 appareils de la RAF, Goering ne peut admettre cette réalité.
Albert Speer, qui est convoqué le matin suivant au château de Veldenstein, en Franconie, où se trouve Goering, raconte.
« Goering est de mauvaise humeur, refusant de croire les rapports sur le bombardement de Cologne : “Impossible, on ne peut pas larguer autant de bombes en une seule nuit”, gronde-t-il en s’adressant à son aide de camp.
« “Passe-moi le Gauleiter de Cologne !”
« Nous avons ensuite été les témoins d’une conversation téléphonique absurde :
« “Le rapport de votre commissaire de police est un foutu mensonge !”
« Le Gauleiter semblait vouloir contredire Goering.
« “Je vous dis moi en tant que Reichsmarschall que les chiffres cités sont trop élevés. Comment osez-vous raconter de telles affabulations au Führer ?” »
Goering craint les réactions du Führer, sa remise en cause. Et c’est ce qui a lieu.
Hitler, à son quartier général de Rastenburg, écoute les rapports des officiers de la Kriegsmarine et de la Wehrmacht sur la situation militaire. Puis il interroge :
« La Luftwaffe ? »
Ce général porte-parole de la Luftwaffe évoque le bombardement de Cologne d’une voix hésitante :
« Nous estimons, dit-il, que deux cents avions ennemis ont pénétré nos défenses. Les dégâts sont importants… »
Hitler l’interrompt, s’emporte, vocifère, hurle :