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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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« La Luftwaffe était probablement endormie la nuit dernière… moi pas ! Je reste éveillé quand une de mes villes est en feu ! »

Il gesticule, s’approche, menaçant, de l’officier de la Luftwaffe.

« Je remercie le Tout-Puissant de pouvoir compter sur mon Gauleiter quand ma Luftwaffe me trompe ! Laissez-moi vous dire ce que m’a rapporté le Gauleiter Grohe. Écoutez, écoutez bien. Il y avait mille avions anglais ou plus ! Vous entendez mille, mille deux cents avions, peut-être plus ! »

Hitler, hors d’haleine, ajoute d’une voix sourde, méprisante, haineuse :

« Évidemment, Herr Goering n’est pas là… évidemment ! »

Le général Bodenschatz, aide de camp du Führer, sort de la pièce, téléphone à Goering sur la ligne privée du Führer :

« Vous devriez venir, ça va mal… »

Goering se met en route et, après plusieurs heures, arrive au QG de Hitler.

« La suite a été lamentable », se souvient le général Bodenschatz. Goering tend la main à Hitler qui l’ignore. Goering est humilié devant des subalternes. Il bégaye, déconcerté, perdu parmi ces officiers du QG où il compte peu d’amis.

Le Führer le rend responsable de n’avoir su empêcher ni briser l’attaque anglaise sur Cologne.

L’aide de camp de Hitler, le général von Below, qui rentre de Libye, note dans son journal :

« Quand j’ai rapporté au Führer mes impressions sur la situation en Afrique du Nord, il a répondu en déplorant amèrement l’attaque de Cologne… C’était la première fois que je l’entendais critiquer Goering. Hitler n’a jamais retrouvé une confiance absolue dans le Reichsmarschall. »

Les jours passent. Hitler peu à peu se calme.

Il s’est installé dans son nouveau quartier général, dans la région ukrainienne de Vinnytsia. Il sera ainsi plus proche du front, de ces offensives qu’il veut décisives.

La forêt dense et sombre entoure les maisons en rondins et les bunkers de béton du QG.

Hitler ne se promène pas sous les grands arbres. Il fait quelques pas, passant d’une maison à l’autre. Le soir, il se fait projeter les films tournés par les opérateurs du ministère de la Propagande.

Goebbels veut garder une « trace » pour l’éducation des générations futures.

On voit dans ces films des Juifs, attablés dans un restaurant du ghetto. Ils se « gavent de poisson, d’oie, et boivent des liqueurs et du vin ».

Il ne s’agit que d’une mise en scène, on filme même le plus beau corbillard de la communauté juive qui s’avance dans les rues du ghetto, entouré des dix chantres de Varsovie.

Hitler semble fasciné. Il félicite Goebbels.

Qui pourra croire, ayant vu ces images d’une vie joyeuse et opulente, d’une mort dans la dignité, de grandes funérailles, qu’en même temps s’achève la construction du deuxième camp d’extermination à Treblinka et que ces images sont un paravent qui masque les fosses ?

La radio et la presse anglaises ont cependant, en mai 1942, fait état d’un rapport, rédigé par des adhérents du parti polonais Bund, signalant le massacre d’un millier de Juifs par jour dans les fourgons à gaz de Chelmno et estimant à 700 000 le nombre de Juifs polonais assassinés.

Mais le New York Times s’est contenté – lui qui fait autorité – de publier un court article évoquant ces chiffres en page 5 du quotidien.

On pouvait donc mettre en œuvre la « solution finale ».

Personne ne viendrait accuser le Reich de l’extermination des Juifs, que le Reich fût victorieux ou défait, ces millions de vies seraient devenues cendres et fumée.

Mais, Hitler en est sûr, le Reich sera victorieux, et chaque jour en ce printemps 1942 voit fleurir de nouvelles victoires.

Les villes de Kharkov, Sébastopol, Voronej, Rostov sont conquises ou encerclées, les Russes sont chassés de Crimée, le Don est atteint, bientôt ce seront la Volga et Stalingrad.

« Le Russe est fini », répète Hitler.

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Hitler méprise trop les Russes, ces Untermenschen, pour connaître et comprendre ces « sous-hommes ».

Dans son nouveau quartier général de Vinnytsia, il va et vient, frottant ses mains, voûté, le regard fixe, modifiant ses plans au gré de ses visions et des victoires qui s’accumulent, des retraites des Russes, des centaines de milliers de prisonniers que ses troupes de la Wehrmacht laissent mourir de faim, s’entredévorer.

Le Führer croit à l’imminence de la chute de la Russie. Elle va se décomposer.

Les armées du Reich sont à 130 kilomètres de Moscou, et Hitler décide de partager ses troupes.

Les unes s’enfonceront dans le Caucase, vers le pétrole.

Qu’elles plantent le drapeau à croix gammée au sommet du mont Elbrouz, à plus de 4 000 mètres d’altitude.

Qu’elles marchent vers la Volga, vers Stalingrad !

Qu’elles occupent les terres du Donbass.

Et que les autres, au nord, prennent Leningrad !

Qu’elles terrorisent aussi !

En entrant dans chaque village, elles brisent les portes des maisons, elles entraînent une dizaine d’hommes, les pendent et laissent leurs corps se balancer dans le vent, durant plusieurs jours.

Elles exigent qu’on leur livre les « communistes », elles désignent des « starostas », des maires, afin qu’ils collaborent, dénoncent. Et s’ils ne le font pas, ils seront eux aussi pendus.

« C’est une guerre terrible, plus terrible qu’on n’en a jamais vu », confie en cet été 1942 un colonel russe à l’envoyé spécial du Sunday Times, Alexander Werth.

« C’est horrible à dire, poursuit l’officier, mais en maltraitant, en affamant, en faisant mourir nos prisonniers de faim, les Allemands nous aident. »

Hitler n’imagine pas la haine que suscitent ces exactions, cette barbarie et la force du patriotisme russe qui jaillit spontanément et que, habilement, Staline entretient et exalte.

La poétesse Anna Akhmatova écrit :

« L’heure du courage a sonné à l’horloge

Et le courage ne nous abandonnera pas.

Il n’est point effrayant de tomber sous les balles ennemies,

Il n’est pas amer d’être sans toit.

Mais nous te préserverons, langue russe.

Notre grand mot : Russie

Nous te porterons jusqu’à la fin, libres et purs

Et nous te transmettrons libres d’entraves à nos petits-enfants

Pour toujours. »

On joue à Moscou – toujours menacé de bombardements aériens – la première de la Symphonie de Leningrad composée par Chostakovitch.

Les écrivains – Ehrenbourg, Simonov, Cholokov, Fadeev, Alexis Tolstoï, Grossman, Surkov – conjuguent, dans la diversité de leurs talents et de leurs sensibilités, Je hais, je tue l’Allemand.

Ehrenbourg écrit :

« On peut tout souffrir, la peste, la faim, la mort. Mais on ne peut pas supporter les Allemands. On ne peut pas supporter que des soudards aux yeux de poisson crachent leur mépris à la face de tout citoyen russe. Les Allemands ne sont pas des hommes. Ne parlons pas. Ne nous indignons pas. Tuons. Si vous ne tuez pas l’Allemand, l’Allemand vous tuera. Il emmènera votre famille et la torturera dans son ignoble Allemagne…

Si vous avez tué un Allemand, tuez-en un autre. Rien n’est plus délicieux qu’un cadavre allemand. »

Les correspondants de guerre exaltent l’héroïsme des combattants, des paysans, de tous ceux qui, de Sébastopol à Leningrad, résistent à la nouvelle offensive allemande, à cette Wehrmacht dont on avait cru que l’hiver 1941-1942 et les contre-attaques russes avaient brisé les os !

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