Un jeu cruel
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11800-1
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Un jeu cruel». Краткое содержание книги:
La porte de la clinique s’invagina à leur approche.
— On va dans ma chambre ou dans la vôtre ? s’enquit Burris.
— Qu’est-ce qu’on fera ?
— On bavardera. On jouera aux cartes.
— Les cartes vous ennuient.
— Est-ce que je vous ai jamais dit ça ?
— Vous êtes trop bien élevé mais je m’en suis rendu compte. Il est visible que vous vous forciez, c’était écrit en toutes lettres sur votre… – sa voix faiblit –… figure.
Voilà que ça recommence, se dit-elle.
— Allons dans ma chambre.
La chambre n’avait guère d’importance. Toutes deux étaient identiques. L’une donnait sur le jardin, l’autre sur la cour. Un lit, une table, tout un arsenal médical. Burris s’installa sur la chaise, Lona s’assit sur le lit. Elle aurait voulu qu’il s’approche d’elle, qu’il la touche, qu’il réchauffe sa chair froide, mais naturellement, elle n’osa pas le lui suggérer.
— Quand quitterez-vous la clinique, Minner ?
— Bientôt. D’ici quelques jours. Et vous, Lona ?
— Je crois que, maintenant, je pourrais partir d’une minute à l’autre. Et que ferez-vous après ?
— Je ne sais pas trop. Je crois que je voyagerai. Pour voir le monde et pour que le monde me voie.
— J’ai toujours eu envie de voyager. – C’était trop cousu de fil blanc ! – En fait, je n’ai jamais été nulle part, pour ainsi dire.
— Où voudriez-vous aller ?
— À Luna Tivoli. Ou sur la Planète de Cristal. Ou… N’importe où. En Chine. Dans l’Antarctique.
— Ce n’est pas difficile. Il suffit d’embarquer à bord d’un transport et en avant !
L’espace d’un instant le visage de Burris se ferma et Lona en demeura toute pantoise. Les lèvres de l’astronaute étaient hermétiquement closes, ses paupières s’étaient obturées avec un déclic. Cela lui fit penser à une tortue. Puis Burris rouvrit les yeux et demanda à la grande stupéfaction de la jeune fille :
— Et si nous allions voir quelques-uns de ces endroits ensemble ?
Enlevez ces éclisses
Chalk, flottant un peu au-dessus de l’atmosphère, regarda son univers et trouva que cela était bon. Les mers étaient d’un vert tirant sur le bleu – ou d’un bleu tirant sur le vert – et il lui semblait pouvoir discerner des icebergs errant à l’aventure. Au nord, les terres qu’enserrait l’étau de l’hiver étaient sombres, mais au-dessous de la ligne équatoriale, régnait le vert de l’été.
Duncan Chalk passait beaucoup de temps dans les couches inférieures de l’espace. C’était le moyen le meilleur et le plus esthétiquement satisfaisant d’échapper à la pesanteur. Cela ne faisait peut-être pas l’affaire de son pilote car il lui interdisait de se servir des gravitrons d’inversion et même de faire fonctionner le système centrifugeur qui donnait une illusion de poids. Mais l’homme était assez grassement payé pour supporter ces inconvénients – si inconvénients il y avait.
Pour Chalk, ne plus avoir de poids était loin d’en être un. Il ne souffrait d’aucun des handicaps de sa masse de brontosaure.
— C’est un de ces cas exceptionnels où l’on peut légitimement avoir quelque chose pour rien, expliqua-t-il à Burris et à la jeune femme. Réfléchissez : quand nous décollons, les gravitrons dissipent la gravité de l’accélération de sorte que les g supplémentaires sont neutralisés et nous nous élevons alors de manière tout à fait confortable. Pour monter jusqu’ici, il n’y a pas d’effort à fournir, pas de taxe de pondérabilité à payer puisque nous ne pesons rien. Et, à l’atterrissage, le problème de la décélération se règle de la même façon. On retrouve son poids normal et l’on n’éprouve aucune sensation d’écrasement.
— Mais est-ce que c’est vraiment gratuit ? interrogea Lona. Parce que, quand même, les gravitrons, ça doit coûter des sommes folles. Si vous faites le bilan global en tenant compte des dépenses de démarrage et d’arrêt, je ne crois pas qu’on puisse dire que vous avez quelque chose pour rien, vous ne trouvez pas ?
Chalk lança un regard amusé à Burris.
— Elle est très intelligente, vous avez remarqué ?
— Oui, je l’ai remarqué.
Lona rougit jusqu’aux oreilles.
— Vous vous moquez de moi.
— Pas du tout, répondit l’astronaute. Sans vous en rendre compte, vous avez parfaitement posé le problème de la conservation de la gravité. Mais vous êtes trop sévère pour notre hôte. Il voit les choses d’un autre point de vue. S’il lui est épargné de souffrir de l’accumulation des g, il n’a littéralement rien à dépenser. Il n’a pas à payer la rançon de la pesanteur. Les gravitrons s’en chargent. C’est comme si vous commettiez un crime, voyez-vous, Lona, et si vous payiez quelqu’un d’autre pour en supporter les conséquences. Évidemment, financièrement, cela vous coûterait gros. Mais vous auriez commis votre crime et ce ne serait pas vous, mais un mercenaire qui se languirait en prison. L’équivalent financier…
— Parlons d’autre chose, interrompit Lona. N’importe comment, on est merveilleusement bien ici.
— Vous appréciez l’apesanteur ? lui demanda Chalk. Vous n’aviez encore jamais fait cette expérience ?
— Pas vraiment, exception faite de quelques brefs voyages.
— Et vous, Burris ? L’absence de gravité vous soulage-t-elle ?
— Un peu, merci. Mes organes ne sont pas tirés à hue et à dia comme ils devraient l’être et je n’ai plus ce terrible étau qui me comprime la poitrine. C’est un bien petit avantage mais je l’apprécie.
Chalk nota que, néanmoins, Burris était toujours immergé dans un véritable bain de souffrance. Un bain qui était peut-être un peu plus tiède mais cela n’allait guère plus loin. Qu’est-ce que cela pouvait donner, l’inconfort physique permanent ? Il en avait une vague idée parce qu’il savait quel effort il devait consentir pour traîner son corps dans les conditions de pesanteur normale. Mais il y avait belle lurette qu’il n’y pensait même plus. Il avait tellement l’habitude de ce lancinement déchirant ! Mais Burris ? Ces clous qu’on lui enfonçait perpétuellement dans la chair… Il ne protestait pas. Sauf que, de temps en temps, sa révolte faisait surface. Il faisait des progrès, il apprenait à s’accommoder de ce qui était pour lui la condition humaine. Cependant, hypersensible comme il l’était, Chalk n’en captait pas moins les effluves de la souffrance. Ce n’était pas seulement une souffrance psychique, mais aussi une douleur physique. Burris avait acquis davantage de sérénité, il était sorti du ténébreux abîme de la dépression où Aoudad l’avait trouvé, mais l’existence était loin d’être pour lui un lit de roses.
La fille était relativement mieux lotie, conclut Chalk. Son mécanisme n’était pas aussi compliqué. Et ils avaient l’air heureux ensemble. Naturellement, le temps aidant, il n’en serait pas toujours ainsi.
— Est-ce que vous voyez Hawaï ? s’exclama l’obèse. Et là-bas, à la limite du globe, c’est la Chine. La Grande Muraille. Nous en avons restauré une bonne partie. Regardez, juste au-dessus de ce golfe, elle s’enfonce dans les terres. Au nord de Pékin, elle monte à l’assaut des montagnes. Toute la section centrale a disparu. C’est le désert des Ordos. Mais il ne faut pas trop regretter, ce n’était jamais qu’un mur de boue. Et là-bas, du côté du Sinkiang, elle réapparaît. Nous avons monté plusieurs parcs d’attractions le long de la Grande Muraille.