Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
Est-ce une simple politique de communication ? Une stratégie perverse pour jouer avec son opposition, parfois l’exciter et d’autres fois l’amadouer, tant il sait que pour elle l’acceptation de l’homosexualité est un problème de fond et une question intime ? A-t-on affaire à un pape velléitaire qui souffle le chaud et le froid par faiblesse intellectuelle et manque de convictions, comme me l’ont dit ses détracteurs ? Toujours est-il que même les vaticanistes les plus avertis s’y perdent un peu. Figure pro-gay ou anti-gay, on ne sait.
« Pourquoi ne pas boire une bière avec un gay ? » avait proposé François. En substance, c’est ce qu’il a fait, à plusieurs reprises, à sa résidence privée de Sainte-Marthe ou durant ses voyages. Par exemple, il reçoit officieusement Diego Neria Lejárraga, un transsexuel, né femme, accompagné de sa girlfriend. À une autre occasion, en 2017, François accueille officiellement au Vatican Xavier Bettel, le Premier ministre du Luxembourg avec son mari, Gauthier Destenay, un architecte belge.
La plupart de ces visites ont été organisées par Fabián Pedacchio, le secrétaire particulier du pape, et Georg Gänswein, préfet de la maison pontificale. Sur les photos, on voit Georg saluer chaleureusement les invités LGBT, ce qui ne manque pas de piquant quand on se souvient des critiques récurrentes de Gänswein à l’égard des homosexuels.
Quant à l’Argentin Pedacchio, qui est moins connu du grand public, il est devenu le plus proche collaborateur du pape depuis 2013 et habite avec lui à Sainte-Marthe, dans l’une des chambres à côté de celle de François, la numéro 201, au deuxième étage (selon un garde suisse que j’ai interviewé). Pedacchio est une figure mystérieuse : ses interviews sont rares ou ont été retirées du web ; il parle peu ; sa biographie officielle est minimale. Lui aussi a fait l’objet d’attaques en dessous de la ceinture de la part de l’aile droite de la curie romaine et de Mgr Viganò dans sa « Testimonianza ».
— C’est un homme dur. Il est un peu le vilain que tout homme bon et généreux doit avoir à ses côtés, me confie Eduardo Valdés, l’ancien ambassadeur d’Argentine auprès du saint-siège.
Dans cette dialectique classique du « bad cop » et du « good cop », Pedacchio est critiqué par ceux qui n’ont pas le courage d’attaquer frontalement le pape. Ainsi, des cardinaux et évêques de curie dénoncent la vie bousculée du prélat et exhument un compte qu’il aurait ouvert sur le réseau social de rencontres Badoo pour « chercher des amis » (cette page a été fermée lorsque son existence a été révélée par la presse italienne, mais elle reste accessible dans la mémoire du web et ce qu’on appelle l’Internet non ou dé-référencé : le « deep web »). Sur ce compte Badoo et dans de rares entretiens, Mgr Pedacchio affirme aimer l’opéra et « adorer » le cinéma de l’espagnol Almodóvar, dont il a vu « tous les films », qui ont, reconnaît-il, « des scènes sexuelles chaudes ». Sa vocation viendrait d’un prêtre « un peu spécial » qui a changé sa vie. Quant à Badoo, Pedacchio a dénoncé une cabale contre lui et a juré qu’il s’agissait d’un faux compte.
Sourd aux critiques adressées à son entourage le plus proche, le pape François a continué sa politique des petits pas. Après le massacre de quarante-neuf personnes dans un club gay d’Orlando, en Floride, le pape affirme, en fermant les yeux en signe de douleur :
— Je pense que l’Église doit présenter ses excuses aux personnes gays qu’elle a offensées [comme elle doit également] présenter ses excuses aux pauvres, aux femmes qui ont été exploitées, aux jeunes privés de travail, et pour avoir donné sa bénédiction à tellement d’armes [de guerre].
Parallèlement à ces paroles miséricordieuses, François s’est montré inflexible sur la « théorie du genre ». À huit reprises entre 2015 et 2017, il s’est exprimé contre une idéologie qu’il qualifie de « démoniaque ». Parfois, il le fait de manière superficielle, sans connaître le sujet, comme en octobre 2016, lorsqu’il dénonce les manuels scolaires français qui propagent « un sournois endoctrinement de la théorie du genre », avant que les éditeurs français et la ministre de l’Éducation nationale ne confirment que « les manuels ne comportent aucune mention ni référence à cette théorie ». La gaffe du pape provient apparemment de véritables « fake news » transmises par des associations catholiques proches de l’extrême droite française et que le souverain pontife a reprises sans qu’elles soient vérifiées.
L’UNE DES PLUMES DE FRANÇOIS est un monsignore discret qui répond chaque semaine à une cinquantaine de lettres du pape, parmi les plus sensibles. Il accepte de me rencontrer, sous couvert d’anonymat.
— Le saint-père ne sait pas que l’une de ses plumes est un prêtre gay ! m’avoue l’intéressé avec fierté.
Le prélat a ses entrées partout au Vatican, étant donné la fonction qu’il occupe auprès du pape, et ces dernières années nous avons pris l’habitude de nous voir régulièrement. Lors d’un de ces repas, au restaurant Coso, Via in Lucina, ma source me livre un secret que personne ne connaît et qui montre une énième facette de François.
Depuis sa phrase mémorable « Qui suis-je pour juger ? », le pape s’est mis à recevoir un grand nombre de lettres d’homosexuels qui le remercient pour ses paroles et lui demandent conseil. Cette correspondance abondante est gérée au Vatican par les services de la secrétairerie d’État, et plus particulièrement par la section de Mgr Cesare Burgazzi, en charge de la correspondance du saint-père. Selon l’entourage de Burgazzi, que j’ai également interrogé, ces lettres sont « souvent désespérées » : elles émanent de séminaristes ou de prêtres qui sont parfois « prêts à se suicider » parce qu’ils n’arrivent pas à articuler leur homosexualité avec leur foi.
— Depuis longtemps, nous répondions à ces lettres avec une grande conscience, et elles partaient à la signature du saint-père, me raconte ma source. Les lettres émanant d’homosexuels ont toujours été traitées avec beaucoup d’égards et de doigté, étant donné le nombre si important de monsignori gays à la secrétairerie d’État.
Un jour pourtant, le pape François a estimé que la gestion de sa correspondance ne le satisfaisait pas et il a fait part de sa volonté que le service soit réorganisé. Ajoutant une consigne troublante, selon sa plume :
— Du jour au lendemain, le pape nous a demandé de ne plus répondre aux personnes homosexuelles. Nous devions les classer sans suite. Cette décision nous a surpris et étonnés.
Et ma source d’ajouter :
— Contrairement à ce que l’on peut penser, ce pape n’est pas gay-friendly. Il est aussi homophobe que ses prédécesseurs. (Deux autres prêtres de la secrétairerie d’État confirment l’existence de cette consigne mais sans être certains qu’elle émane du pape lui-même ; elle peut avoir été impulsée par l’un de ses collaborateurs.)
Selon mes informations, les monsignori de la secrétairerie d’État continuent toutefois « de faire de la résistance », selon l’expression de l’un d’entre eux : lorsque des homosexuels ou des prêtres gays font état de leur intention de se suicider dans leur lettre, les plumes du pape s’arrangent pour mettre à la signature du saint-père une réponse compréhensive, mais en usant de périphrases subtiles. Sans le vouloir, le pape jésuite continue donc à envoyer des lettres miséricordieuses aux homosexuels.