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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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L’autre acquiesça et s’assit en face d’elle dans un fauteuil au moment où elle prit la parole. « Pour commencer, je suis convaincue que vos idées touchant la téléportation chez les Azhiris sont parfaitement justes. On m’a fait faire aujourd’hui la navette dans tout le pays. La plupart du temps, j’ai réussi à ne pas perdre de vue le soleil et j’ai pu ainsi évaluer approximativement la longueur et la direction de nos déplacements ; or cette estimation concorde parfaitement avec le nombre d’“embardées” que j’ai subies — tout à fait comme vous l’aviez prédit. » Si Yoninne n’était qu’une électronicienne passable, elle possédait en revanche d’exceptionnelles qualités de manœuvrière qui faisaient d’elle le meilleur pilote de la colonie novamérikaine. Elle était dotée d’un sens étonnant du rythme d’accélération requis par des systèmes de référence changeants, et c’est de cette capacité qu’elle avait tiré parti pour relever sa position au cours de la journée. Yoninne regrettait parfois de n’avoir pas vécu à l’époque de la Dernière Guerre de l’Interrègne qui s’était déroulée sur Mèreplanète, lorsque les combats aériens firent leur unique apparition dans l’histoire de l’astre. Elle aurait pu en remontrer à ces fameux « as ».

« Bref, le jeune Pelio m’a fait visiter ce parc géant qu’il appelle un palais. » Leg-Wot procéda à la description des différents endroits qu’elle avait vus, sans oublier le flanc de la montagne ceinturé de haies ni la gigantesque cabane dans les branches. Les questions de Bjault suscitaient de sa part une débauche de détails et ils parlèrent pendant des heures — au point qu’elle finit par avoir l’impression que l’archéologue devait finalement s’être fait une idée plus nette que la sienne de ce qu’elle avait eu sous les yeux.

Les torches étaient à peu près consumées lorsqu’il revint à la question qu’il lui avait posée au début de la soirée. Mais vous n’avez pas réussi à obtenir de ce Pelio qu’il vous fasse voir notre équipement.

— Euh, non… et c’est d’ailleurs assez étrange. Je vous ai dit que ce garçon est un solitaire et qu’il est incapable de se téléporter comme les autres. Je crois bien que j’ai fait sa conquête. Nous étions en fait sur le point de pénétrer dans un secteur de haute sécurité, où ont été planquées nos affaires, quand ces deux types sont arrivés. Ils occupent un rang inférieur à celui de Pelio et l’un d’eux est son frère. Je ne sais pas pourquoi, mais il avait l’air gêné de les voir, un peu comme si on l’avait surpris en train de faire une chose interdite. Il a inventé une histoire à mon sujet, mais je n’ai pas tout compris. »

Bjault était enfin à court de questions. Au dehors, la nuit fraîchissait peu à peu. Dans le silence ambiant, la discrète stridulation produite par les minuscules mammifères du lagon s’entendait distinctement. « Vous avez fait du bon travail, Yoninne, lui dit-il. Je ne crois pas que ma réclusion forcée ait compromis notre situation. Si vous pouvez rester dans les bonnes grâces de Pelio suffisamment longtemps pour avoir accès à ce maser, nous finirons par être secourus. » Il s’interrompit et un air espiègle vint adoucir les rides que l’âge et la fatigue dessinaient sur son visage. « Je suis bien content que vous ne parliez pas mieux l’azhiri.

— Hein ? Et pourquoi donc ?

— Parce que vous perdez ainsi l’occasion de collectionner des gros mots. Votre vocabulaire — comme le mien, d’ailleurs — est aussi innocent que celui d’un enfant. Et pour cause, puisque nous ne sommes pratiquement parvenus qu’à écouter les conversations des enfants. »

Leg-Wot réprima une envie de répliquer vertement, car elle préférait ne pas lui laisser voir à quel point ce genre de remarque la rendait furieuse. « Ne vous en faites pas, Bjault. J’apprends. »

Sur ce, le comité bicéphale ajourna son débat. Ils tentèrent vainement de tendre un rideau devant l’entrée et durent en fin de compte se résoudre à engager le plus volumineux des fauteuils dans l’ouverture. Si le siège ne bouchait qu’incomplètement le passage, il opposerait du moins un obstacle à toute créature qui s’aviserait de vouloir entrer. Le bassin de transit était plus difficile à obstruer, car ils ne voyaient pas comment l’assécher. Ils y renoncèrent finalement et Bjault souffla les torches qui coulaient, avant de se séparer pour la nuit. Leg-Wot tira le couvre-lit par-dessus sa tête et ôta tranquillement sa combinaison encore humide.

Elle resta éveillée longtemps après que la respiration du vieil homme fut devenue lourde et régulière. À présent que les torches étaient éteintes, le paysage visible dans l’embrasure à demi barricadée paraissait inondé de lumière. La première lune était toujours suspendue au dessus du rebord incurvé du volcan, mais la seconde, d’un diamètre supérieur, venait de faire son apparition et brillait à plusieurs degrés au-dessus de l’autre. Toutes deux possédaient cette teinte d’un brun grisâtre commune aux satellites basaltiques de milliers de planètes, mais elles se trouvaient à présent si proches l’une de l’autre que Yoninne pouvait distinguer entre elles une subtile différence de couleur. Bien qu’elles eussent atteint leur dernier quartier, leur éclat restait si vif qu’elles projetaient un complexe réseau d’ombres doubles sur les rangées d’arbres à larges feuilles couvrant la pente partant de la cabane. Les frôlements et les bruits d’éclaboussures, qui persistaient avec la même intensité qu’auparavant, engendraient une musique qui, pour être très différente de celle que faisaient naître les reptiles nocturnes de Mèreplanète ou les insectes qu’elle avait entendus sur Novamérika avant de venir ici, n’en était pas pour autant dépourvue de séduction.

Comment agirait-elle le lendemain ? Elle repensa au morceau de tissu vert qu’elle avait jeté. Si l’agrafe n’était pas abîmée, la robe serait encore mettable. Mais elle voulait bien être damnée si elle se ridiculisait une fois de plus ! Cet enfant gâté n’aurait qu’à s’habituer à la voir porter une combinaison de vol. Leg-Wot se surprit à grincer des dents et essaya de se détendre. Elle n’ignorait pas la gravité de l’enjeu ni l’importance du rôle qu’elle allait devoir jouer en face de Pelio. Sans lui, toute protection leur ferait défaut et, qui plus est, ils seraient dans l’impossibilité de récupérer leur matériel. Si la nouvelle n’atteignait pas Novamérika, il faudrait sans doute attendre plus de un siècle avant que la jeune colonie n’engage ses ressources dans une autre tentative d’atterrissage, plus de un siècle avant qu’elle ne découvre le fabuleux secret de cette planète.

Elle jeta un regard sur le paysage baigné par la clarté lunaire. Il n’y avait vraiment pas moyen d’y échapper. Est-ce qu’elle en était morte, après tout, de porter ce chiffon ? Pelio ne l’avait manifestement pas trouvée ridicule, or c’était lui et nul autre qu’elle devait manipuler. Si une journée d’humiliation supplémentaire représentait le prix à payer pour mettre la main sur le maser, eh bien, elle le paierait.

CHAPITRE 9

La fois suivante, tout se passa sans anicroche. Ils retournèrent à l’endroit que Pelio nommait la Haute Salle et y rencontrèrent le serviteur chargé spécialement de les transporter à l’intérieur du Donjon. Quand ils émergèrent du bassin de transit, ils se trouvaient au centre d’un vaste espace faiblement éclairé. Une lumière blafarde irradiait de plaques éparses de couleur verdâtre paraissant flotter au sein de l’obscurité. Il fallut plusieurs secondes à Yoninne pour se rendre compte que ces taches étaient de la même nature que les pousses fongiformes qui gangrenaient les murs de leur cachot à Bodgaru. Mais il ne régnait ici aucune puanteur et le sol sec n’était pas souillé. La salle consistait en une cavité ellipsoïde si longue que les taches luminescentes de la paroi opposée ressemblaient à des étoiles vertes piquetant un ciel nocturne. Le bassin de transit avait été creusé dans une saillie en pente de cinquante mètres de largeur, qui prenait naissance à l’endroit où la paroi de la caverne commençait à s’incurver en direction du plafond. Yoninne s’aperçut brusquement que près de la moitié de ces lueurs verdâtres se réduisaient à des reflets posés à la surface d’un grand lac de forme ovale qui occupait la majeure partie du sol de la grotte. L’eau était si calme que Yoninne eût pu ne jamais en remarquer l’existence sans l’image réfléchie par la coque d’une embarcation amarrée contre la berge la plus proche.

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