Les traquenards de Giri [The Witling - fr]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Nouvelles
- ISBN: 2-7201-0174-5
- Переводчик: Jacques Schmitt
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
Ils se glissèrent dans le bassin et émergèrent quelques secondes plus tard d’un réservoir identique situé à l’intérieur du local que baignait une lumière verte. L’espace était encombré de meubles en bois et de coupes en bronze débordant de ce qui paraissait être des diamants et des métaux précieux, dont l’éclairage sourd atténuait l’éclat et le scintillement. Yoninne promena ses regards sur ce confus amoncellement de richesses. Elle trouva à l’endroit l’aspect d’un grenier mal tenu. À quoi bon posséder toutes ces choses, puisqu’elles restaient cachées ?
Pelio venait de se mettre en marche quand il fit brusquement halte. Les autres se massèrent derrière lui et, baissant les yeux, aperçurent les cadavres. Ceux-ci ne portaient aucune trace de blessure et leurs uniformes n’étaient pas en désordre ; ils gisaient simplement sur le sol, telles des marionnettes sans fils. Un des gardes passa devant Pelio et, s’étant agenouillé auprès des corps, posa la main à l’emplacement de la veine jugulaire.
« Ils ne sont même plus chauds, Votre Altesse. Faut-il donner l’alerte ?
— Oui… Non ! » Le jeune homme fermait et rouvrait les poings alternativement. « Sortez, maintenant. Il faut que je réfléchisse — je veux dire qu’il faut que je vérifie si rien ne manque.
— Mais, seigneur…
— Allez ! » dit-il. Les deux hommes se mirent au garde-à-vous, mais ne quittèrent le local qu’après s’être assurés que personne ne s’y dissimulait.
Après leur départ, Pelio resta un long moment hébété. Yoninne le regarda, avant de tourner les yeux vers les cadavres. « Ont-ils été assassinés ? » demanda-t-elle.
Le prince hocha la tête distraitement. « Keng, je pense », répondit-il et, devant son air ahuri, il ajouta : « Quelqu’un leur a désorganisé les viscères. » Il prononça un autre mot qu’elle ne comprit pas, mais qui devait être un juron. « Je ne vois pas comment une chose pareille a pu arriverici, en plein Donjon. » Il semblait ne plus faire attention à elle.
Samadhom reniflait tristement autour des corps, comme s’il eût cherché à réveiller des dormeurs. Yoninne détourna brusquement les yeux. Les Azhiris n’avaient pas besoin de poignards ni de pistolets, leur Talent suffisait. Ces deux hommes — des serviteurs à en juger par leur aspect — avaient simplement été… soufflés comme une bougie. La mort qu’avait connue Draere était certes horrible mais du moins ne s’agissait-il pas d’un assassinat.
Pauvre idiote sentimentale. Secoue-toi et trouve ce maser ! Cette pensée lui rendit son assurance coutumière. Elle n’avait vraiment pas de chance d’être tombée sur une médiocre intrigue de palais juste au moment où elle touchait au but. Elle se rapprocha de Pelio et lui demanda : « L’équipement ? Où est-il rangé ? »
Pelio leva les yeux et désigna vaguement un placard situé à l’autre extrémité de la pièce. Il paraissait immense et pouvait avoir trois mètres de largeur. Sa porte massive et richement sculptée était entrouverte et Yoninne aperçut dans l’entrebâillement une toile de parachute déposée en tas. Ce spectacle eut également l’air d’affliger Pelio. « Cette porte aurait dû être fermée ! » Il traversa hâtivement la pièce, Leg-Wot sur les talons. Le prince ouvrit la porte en grand et ils s’enfoncèrent jusqu’aux genoux dans le tissu fibrineux de la voilure. La capsule et la masse calcinée du traîneau à moteur avaient été également entreposées dans l’immense placard, où se trouvait aussi un casier à étagères métalliques. Une certitude désagréable et paralysante s’empara de l’esprit de Leg-Wot ; la plus grande partie de leur matériel avait brûlé avec le traîneau, mais le maser et les pistolets mitrailleurs auraient dû être là. Elle se faufila le long du flanc de la capsule afin de regarder par l’écoutille. La faible lumière ambiante lui suffit pour se rendre compte qu’elle était vide. À l’exception des instruments scellés et des filets de protection, il ne restait plus rien. Le maser avait disparu. Disparu !
Elle décrivit à Pelio les objets manquants. « Je les avais fait mettre là », dit-il en indiquant les étagères métalliques. Devant son air accablé, elle devina qu’il ne cherchait pas à jouer au plus fin avec elle. « On n’a donc pas hésité à tuer pour s’approprier ces objets… Mais qui pourrait parvenir à voler quelque chose à l’intérieur du Donjon royal ? » Ses yeux s’agrandirent. « À moins que le voleur ne soit un membre de la Guilde… ou de la famille royale. »
Leg-Wot s’écarta de lui avec colère. À présent, elle et Bjault étaient réellement isolés du reste de l’univers — et menacés par surcroît de perdre la vie.
CHAPITRE 10
Ce matin-là, Ajao Bjault fit semblant de dormir au moment où Leg-Wot se leva et enfila l’étroit kilt vert qu’elle avait porté le soir précédent. Le pilote paraissait exceptionnellement serein, et Bjault se dit que tout compte fait elle préférait qu’il ne se réveillât pas. Après son départ, Bjault se leva à son tour et fit sa toilette dans la salle d’eau rudimentaire du chalet. Quelques minutes plus tard, deux serviteurs, porteurs du petit déjeuner, émergèrent du bassin de transit. Bien que la nourriture n’eût pas un goût désagréable, Bjault avait des haut-le-cœur à la seule pensée des poisons insidieux contenus dans les aliments. Quand il eut achevé son repas, il regarda d’un air morose les serviteurs se glisser dans l’eau et disparaître. Leg-Wot avait bien de la chance de tant plaire à Pelio car, pour sa part, il mourait d’ennui et d’inquiétude.
Il sortit afin de profiter du soleil matinal et descendit l’étroit sentier qui menait à la plage. Le ciel était empli de traînées nuageuses et la chaleur avait perdu le caractère tropical qu’elle possédait la veille. L’endroit était superbe, il fallait le reconnaître, et Bjault commençait à croire qu’il avait toute latitude pour le visiter à sa guise. Hormis un petit groupe allongé sur la plage à quelque distance de lui, il n’y avait en effet personne pour le gêner. Peut-être Yoninne et lui avaient-ils cessé d’être des prisonniers. Seule son inaptitude à se téléporter le retenait en cet endroit : il était parfaitement incapable de pénétrer dans le moindre bâtiment — excepté celui dans lequel une entrée avait été pratiquée à leur intention.
Bjault se promena à la lisière des bois en écoutant le va-et-vient des bêtes vivant à l’ombre des arbres tropicaux aux larges feuilles. Elles paraissaient relativement apprivoisées et il en vit plusieurs traverser d’un bond le sentier. Devant lui, une créature rappelant une souris tendait une toile argentée entre deux troncs. Il y avait de quoi être surpris : Ajao n’avait aperçu aucune vie animale appartenant à une autre classe que celle des mammifères. Certes la plupart des catégories zoologiques habituelles étaient représentées : on rencontrait bien des sortes d’« oiseaux » et, en voyant les monstres à nageoires qui figuraient sur les fresques azhiries, il avait appris l’existence de créatures aquatiques. Mais les oiseaux étaient couverts de fourrure et allaitaient leurs petits, et les monstres marins respiraient visiblement de l’air. On trouvait même sur Giri l’équivalent d’un insecte, encore que, vue de près, cette bestiole ressemblât davantage à une musaraigne microscopique.
Bjault ne voyait à ce mystère qu’une explication possible. Cinquante ou cent millions d’années auparavant, Giri avait dû posséder ses formes reptiliennes et articulées, et les premiers mammifères faisaient leur apparition. Or l’un d’eux se trouvait être un mutant d’une espèce que personne n’avait jamais rencontrée sur aucune des innombrables planètes visitées par l’homme : cet animal était capable de téléporter (les Azhiris employaient le mot « reng ») de la matière. La créature en question n’avait vraisemblablement pas été en mesure de se téléporter elle-même ; au mieux, elle devait pouvoir déplacer de faibles masses sur une distance de quelques centimètres. Mais réfléchissez si la matière téléportée était située à l’intérieur du cerveau ou du cœur d’un ennemi, ledit ennemi avait de fortes chances d’en mourir. Ce qui, par voie de conséquence, faisait de notre mutant si heureusement doté par la nature le maître incontesté de son environnement. Si l’on tient compte du caractère d’extrême rareté de cette mutation, nul ne s’étonnera qu’aucune autre espèce n’ait acquis ce fameux Talent ni appris à s’en protéger. Toute autre faune macroscopique ayant été éliminée, chaque créature actuellement en vie ne devait son existence qu’à cette seule anomalie. Bjault ne put réprimer un frisson.