Les traquenards de Giri [The Witling - fr]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Nouvelles
- ISBN: 2-7201-0174-5
- Переводчик: Jacques Schmitt
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
La race azhirie avait naturellement fait son apparition quelques millions d’années plus tard, tout commel’homo sapiens s’était formé au stade ultime de l’évolution des mammifères. Mais, alors que leurs prédécesseurs de l’espèce animale ne pouvaient téléporter que l’équivalent d’une faible fraction de leur propre masse corporelle, les Azhiris entraînés étaient à même de téléporter une masse de plusieurs tonnes. Du moins la majorité des Azhiris : Pelio était une exception, un infirme. Il paraissait même incapable de se défendre contre les possesseurs de ce Talent.
Bjault avisa un petit bassin de transit à moitié caché entre les arbres croissant à flanc de colline. Sans autre motif que le désœuvrement, il quitta la plage afin de gagner l’endroit. Il lui suffirait de patienter encore une journée ou deux Leg-Wot n’était-elle pas sur le point de récupérer leur matériel ? Il pénétra dans la clairière herbue et s’approcha de la margelle en marbre entourant le bassin. Des feuilles et d’autres débris végétaux flottant à sa surface, il supposa que le bassin ne devait pas souvent servir. Bjault se demanda comment les Azhiris s’y prenaient pour éviter les accidents. Tôt ou tard, un pauvre type finirait par plonger dans un bassin juste au moment où quelqu’un d’autre en émergerait ; et il se retrouverait coupé en deux, la partie inférieure de son corps téléportée à l’endroit d’où était parti le nouveau venu. Mais la seconde vue dont jouissaient les Azhiris — ce qu’ils appelaient « seng » — pouvait être encore plus efficace que Leg-Wot ne le lui avait laissé entendre.
Il comprit tout à coup qu’il existait une autre raison à cette absence d’accidents. La bipartition d’un solide ou d’un liquide réclame une certaine quantité d’énergie, afin de rompre le tissu moléculaire assurant la cohésion de l’ensemble. Puisque, selon toute apparence, les Azhiris ne dépensaient aucune énergie en accomplissant leur tour de passe-passe, il ne pouvait se présenter qu’un seul cas dans lequel leur Talent pût leur servir à diviser un volume : si la matière située de part et d’autre du plan de clivage était chimiquement identique aux points de départ et d’arrivée, l’échange ne nécessitant en effet aucune dépensenette d’énergie. Ils pouvaient de la sorte téléporter deux volumes d’eau équivalents. (Ou bien, pour tuer quelqu’un, il suffisait d’échanger deux volumes égaux de la bande médullaire du cerveau de la victime : en d’autres termes, lui chambouler la matière grise. Les Profanes menaient réellement sur Giri une existence précaire.)
Les yeux de Bjault, perdu dans la contemplation de la clairière, tombèrent sur l’homme au moment précis où il surgit et toucha terre. Assis dans l’herbe haute, Bjault se releva brusquement, mais deux autres hommes avaient eu le temps de se matérialiser.
« Ne bouge pas, Profane », fit le premier d’entre eux. « Le prince réclame ta présence. » Ils portaient tous les trois l’uniforme de la garde royale, mais on sentait dans leur attitude une sorte de tension et de sournoiserie. Ajao avait eu affaire à la gent bureaucratique et militaire pendant plus d’un siècle et, depuis le temps, leurs mensonges ne le trompaient plus. Ce trio se comportait comme des soldats en territoire ennemi. Quand il fit un pas en arrière en direction du sentier conduisant à la plage, l’un des trois hommes disparut pour refaire son apparition un peu plus bas sur le chemin. Au même instant, un coup de vent incroyablement violent frappa Ajao aux chevilles, et il sentit ses jambes se dérober sous lui. Deux des hommes l’assaillirent et lui saisirent les bras. « Nous pourrions te tuer avant que tu aies le temps de pousser un cri. Si tu ne résistes pas, nous te laisserons peut-être la vie sauve. » La peur et la souffrance le faisaient grincer des dents tandis qu’ils le traînaient dans l’herbe jusqu’au bassin de transit. L’enlèvement dont il était victime ne lui semblait pas relever des prérogatives d’un geôlier ; et la distinction n’avait rien d’académique, car il pouvait fort bien ne plus jamais revoir Yoninne ni le maser.
Au moment où ses ravisseurs atteignaient le bassin, l’homme qui fermait la marche poussa un hurlement, et on entendit un brutal claquement semblable à un coup de tonnerre rapproché ; levant les yeux, Ajao vit le corps de l’homme s’écraser contre le tronc d’un arbre, à l’extrémité opposée de la clairière. À l’orée de celle-ci se tenait un quatrième homme, un Azhiri au teint sombre, portant un kilt d’un vert uni. Bien qu’il restât immobile, les ravisseurs d’Ajao paraissaient blêmes de peur. « Un homme de la Guilde », s’écria l’un d’eux et, quand ses yeux se posèrent sur Bjault, celui-ci put y lire une intention homicide.
Un second coup de tonnerre retentit et son meurtrier en puissance se volatilisa littéralement. Le sol vint violemment à la rencontre d’Ajao, qui perdit connaissance.
Derrière la balustrade, la cité s’étendait aussi loin que sa vue pouvait porter. Tous les bâtiments étaient superbes, la pierre et le bois s’y conjuguant avec une grande subtilité. Même les plus grands d’entre eux, hauts de deux ou trois étages, faisaient partie d’un immense parc. Les branches des arbres, comme les plantes grimpantes, avaient été contraintes de croître le long des balcons grillagés et des vérandas au toit en pente afin d’atténuer par leurs tons verts et bruns l’intensité du bleu dont étaient peintes les boiseries extérieures.
Il s’agissait de toute évidence d’une ville, bien qu’aucun bâtiment ne s’élevât à moins de cent mètres du suivant. Seuls des jardins dépourvus d’allées déployaient entre eux leurs arbres, leurs fleurs et leurs minuscules pièces d’eau. Ce dessin rappelait à Ajao les cités au tracé géométrique qu’on commençait à construire sur Mèreplanète au moment où l’expédition novamérikaine avait été lancée, quarante ans plus tôt. L’existence de ces villes avait été rendue possible par la technologie de pointe dont disposait la planète, qui bénéficiait d’un mode de transport héliporté programmé par ordinateur — tandis que les Azhiris obtenaient le même résultat sans recourir à aucun moyen mécanique. Ajao ne put se retenir d’éprouver un sentiment d’envie. Bien que leur cité mesurât trente kilomètres d’est en ouest, les Azhiris pouvaient se transporter d’une extrémité à l’autre grâce à une simple secousse les propulsant à la vitesse de deux mètres à la seconde.
Ajao reposait sur un confortable divan installé sur une terrasse. Abstraction faite de sa combinaison de vol mouillée et de ses membres endoloris, il se sentait parfaitement à son aise. L’endroit ne rappelait en rien une cellule de prison. Le mobilier et les œuvres d’art surpassaient tout ce que Pelio leur avait fourni. À côté du divan était disposée une large table basse, dont le dessus était orné de deux peintures circulaires de plus de un mètre de diamètre qui ressemblaient à des cartes géographiques, le bleu figurant la mer, le vert, le brun et le blanc les terres. Des inscriptions rédigées dans l’écriture syllabique des Azhiris désignaient divers points et de minuscules monstres marins avaient même été peints sur le fond bleu… Le doute n’était plus permis ! Il s’agissait réellement de cartes, obtenues par projection orthographique. L’un des disques représentait l’hémisphère nord, l’autre l’hémisphère sud. Curieuse méthode de projection, qui déformait les continents équatoriaux au point de les rendre presque méconnaissables.