Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Riquet à la houppe - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Riquet à la houppe

Электронная книга - «Riquet à la houppe». Краткое содержание книги:

« L'art a une tendance naturelle à privilégier l'extraordinaire. »
Amélie Nothomb
1 ... 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24
Перейти на страницу:

— Veuillez retourner dans votre loge, monsieur.

— Fichez-moi la paix !

Il finit par apercevoir un martinet qui tournoyait haut dans le ciel. Aucun spectacle ne le délivrait à ce point : à force de le regarder, Déodat devenait l’oiseau en vol. Il se laissa planer le temps qu’il fallut. Quand il sentit que la crise était passée, il quitta le corps du martinet et fila rejoindre sa loge. Voyant que le surveillant était sur ses talons, il le sema et entra dans une cellule qui était la copie conforme de la sienne.

L’irruption d’un personnage qui claqua la porte derrière lui arracha Trémière à sa contemplation méditative. Si ses perceptions n’avaient été aiguisées par l’exercice auquel elle se livrait depuis plus d’une heure, sans doute eût-elle éprouvé du dégoût à la vue de Déodat. Or, la première chose qu’elle sentit fut que cette créature venait de planer dans le ciel :

— Je ne savais pas qu’un paon pouvait voler, dit-elle.

Nausicaa n’eut pas une voix aussi douce pour accueillir Ulysse sur le rivage.

Déodat, qui ne comprenait rien à ce qui se passait, saisit la balle au bond :

— Les paons sont des oiseaux étranges, dit-il. La roue, par exemple. C’est leur numéro de charme et leur parade de guerre. Jusqu’ici, rien d’étonnant. Dans l’espèce humaine aussi, il est régulier que l’atout de séduction coïncide avec le dispositif de défense. Mais même en l’absence de femelle, de rival ou de menace, on peut surprendre le paon à exhiber son éventail sans qu’on puisse en expliquer la raison.

— Peut-être pour le simple plaisir de sa beauté ?

— Sans qu’aucun miroir ne lui en renvoie l’image ?

— Parfois, c’est précisément l’absence de tout reflet qui permet de se sentir belle.

Déodat sut qu’elle parlait d’expérience.

— Comment avez-vous compris que j’étais un paon ?

— Quand vous êtes entré, j’ai d’abord vu que vous étiez un oiseau : vous veniez de voler dans les airs, sans que je puisse vous en dire plus. Et puis, j’ai vu votre propension à l’excès. Pardonnez-moi de vous parler sans détour : c’est comme si vous mettiez votre point d’honneur à déployer toute la laideur du monde. Vous y mettez autant de panache que le paon à déployer ses ocelles. Êtes-vous l’ornithologue ?

Ils se présentèrent l’un à l’autre. Comme plus rien ne s’y opposait, ils versèrent du champagne dans la flûte et y burent à tour de rôle. Ce philtre leur confirma qu’ils étaient irrémédiablement amoureux.

— Je dois vous prévenir que je n’ai pas d’esprit.

— Les mots par lesquels vous m’avez accueilli ne le signalaient pas. Quant à moi, il me semble superflu de vous rappeler ma triste figure.

— Votre voix est très belle. Pour vous, faire la roue consiste à parler.

— Avez-vous lu Riquet à la Houppe ?

— Arrêtez, je vous en prie. Je me sens toute nue.

— Ce n’est pas le seul conte de Perrault que vous m’évoquez. Quel est encore le titre de celui où une jeune fille, pour avoir donné de l’eau à une vieille pauvresse, voit chacune de ses paroles se transformer en pierre précieuse ?

Ils échangèrent des grâces jusqu’à ce que la bouteille de champagne soit vide.

— Voulez-vous que j’aille chercher l’autre bouteille dans ma loge ? demanda Déodat.

— Quelle heure est-il ? fut la singulière réponse de Trémière, dont l’amoureux comprit aussitôt la portée.

— Dix-sept heures. Vous avez raison, on se moque de nous. Partons.

Ils filèrent à l’anglaise. Les gens de la télévision tentèrent de les en dissuader ; ils employèrent l’argument qui leur sembla le plus terrible :

— Si vous partez, on ne vous invitera plus jamais à cette émission.

Trémière et Déodat éclatèrent de rire et galopèrent à toutes jambes jusqu’au premier taxi venu.

Ils résolurent la quadrature du cercle : à l’extase hypnotique des débuts amoureux coïncidait la calme certitude de leur éternité. Cet amour se passa du serment, cadenas verbal des gens de peu de foi.

Bien évidemment, il y eut un scandale. Furieux de ce désistement impardonnable, l’animateur « joua la carte de la transparence », racontant sa version des faits : forts de leur coup de foudre, le mannequin et l’ornithologue avaient prouvé qu’ils manquaient de la plus élémentaire éducation et avaient pris la poudre d’escampette sans un mot d’excuse ni une explication, incapables de réprimer plus longtemps leurs ardeurs.

L’émission fit grand bruit. La presse à sensation s’en empara. Les amoureux n’en surent rien. Le jour de leur rencontre, ils avaient demandé au taxi de les conduire à la première gare (ce fut Montparnasse), où ils sautèrent dans le premier train, qui allait à Nantes. Trémière avait entendu parler, dans cette ville, d’une chapelle gothique désaffectée qui avait été restaurée en hôtel chic. Ils y prirent une chambre dont la fenêtre était un vitrail et s’aimèrent sous les croisées d’ogives. Ils gardèrent leurs téléphones portables éteints pendant une semaine. Chaque soir, ils sortaient pour se promener en ville et pour dîner. Des journalistes du quotidien Ouest-France les repérèrent et, émus que le couple ait choisi Nantes pour théâtre de leurs débuts amoureux, gardèrent le secret.

Une semaine plus tard, ils allumèrent ensemble leurs portables : leurs messageries respectives débordaient d’insultes. Ils conservèrent soigneusement les messages les plus injurieux de l’animateur et les firent écouter à leurs collaborateurs, qui changèrent aussitôt d’attitude. L’attachée de presse de la joaillerie Trébuchet savait qu’elle ne travaillerait plus jamais avec cette émission et fit diffuser un enregistrement des grossièretés du présentateur : l’opinion se retourna contre lui, on félicita les amoureux pour leur défection.

De retour à Paris, ils achetèrent un grand appartement au troisième étage d’un vieil immeuble de la rue des Tournelles. Personne ne comprit ce choix : l’hôtel particulier avait été somptueux mais il était vétuste et la lumière pénétrait à peine dans cette ruelle en coin. Ils avaient eu un coup de cœur pour ce logis romantique, situé non loin de la place des Vosges.

Même les paparazzis avaient été choqués par les propos orduriers de l’animateur du show télévisé. Moyennant quoi, le couple fut laissé tranquille. Quand les jeunes gens se promenaient ensemble, ils donnaient une image de l’amour si convaincante qu’ils inspiraient le respect. On ne les voyait plus en une de la presse à sensation mais en quinzième page de magazine de 30 millions d’amis, avec des titres bêtes et attendrissants du genre : « L’ornithologue a trouvé l’oiselle de ses rêves ».

Bien sûr, on leur chercha des poux. Lors d’un entretien, Trémière avoua sans ambages que c’était elle qui pourvoyait aux besoins du couple. Il y eut des gens pour s’en formaliser. « Le mannequinat rapporte davantage que l’ornithologie », dit la jeune femme en haussant les épaules. Déodat emporta l’adhésion générale en déclarant :

— Mon physique me prédisposait à devenir un homme entretenu.

Trémière, qui ne voyait plus la laideur du jeune homme depuis qu’elle l’aimait, ne comprit pas l’humour du propos.

Les contes ont un statut étrange au sein de la littérature : ils bénéficient d’une estime immodérée. L’ambiguïté du conte provient du fait que sous couleur de s’adresser aux enfants, on parle aussi et peut-être d’abord aux adultes. Quand Cocteau tourne La Belle et la Bête, il sait que son public comportera plus d’adultes que d’enfants.

1 ... 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)